Style de vie

« Voll nice ! » : apprenez le berlinois branché 

Article publié le 29 juillet 2014
Article publié le 29 juillet 2014

Vous venez de débarquer dans la capitale allemande ? Vous allez vite apprendre à choisir soigneusement vos mots. Car à Berlin, outre le berlinois et pléthore de langues étrangères, on parle un jargon branché qu’il va rapidement falloir maîtriser. Mais pas de panique : ce petit lexique vous aidera à vous y retrouver sans trop de difficultés.

Si vous voulez passer pour un habitué de la scène berlinoise, certains petits mots en apparence insignifiants peuvent faire toute la différence. L’adjectif « cool », par exemple, y est aujourd’hui complètement démodé. À la place, on dit « nice » pour qualifier quelque chose de curieux, nouveau ou sympa. On pourrait croire que cette tendance vient du nombre croissant d’anglophones qui s’installent à Berlin sans faire l’effort d’abandonner l’anglais dans les rues de Kreuzkölln et de Friedrichshain. C’est pourtant peu probable, étant donné qu’en anglais, ce récent regain d’intérêt pour le mot « nice » n’existe pas. Ce sont les jeunes Allemands qui l’utilisent tout le temps, fatigués d’entendre « cool » qu'on utilise à toutes les sauces.

Ber­lin… ÇA CLAQUE OU QUOI ?

A Berlin, si les habitants sont en général moins pressés que dans d’autres métropoles comme Londres, New York ou Pékin, leur façon de parler, en revanche, va droit au but. Il n’y a que les touristes et les non-initiés qui parleront de la « Schlesisches Tor », du « Görlitzer Park » ou de la « Kottbusser Tor ». Un Berlinois branché dira « Schlesi », « Görli », « Kotti ». Il en est de même pour d’autres mots du langage courant, que les Berlinois aiment simplifier : un « Späti » désigne ainsi un « Spätkauf » (en soi déjà une drôle d’expression !), une épicerie de nuit. Les moyens de transport publics, en allemand « öffentliche Verkehrsmittel », deviennent les « Öffis ». Quant à la Sternburger, célèbre bière bon marché, les Berlinois l’appellent la « Sterni ». Si vous voulez paraître bien intégré, ces abréviations sont incontournables, mais attention : gardez-vous de trop les utiliser.

Berlinois(e) d’adoption, une fois ce dialecte « tendance » maîtrisé, il restera à vous familiariser avec le véritable jargon de la capitale, joyeusement impertinent, qu’on appelle en Allemagne le « Berliner Schnauze » (la « gouaille berlinoise »). Certains d’entre vous le savent peut-être déjà : un petit pain, « Brötchen » en allemand, se dit « Schrippe » à Berlin. Hé bien, il faudra aussi vous habituer aux nombreuses variations de consonantes finales, comme le « ich » (je) qui devient « icke », le « was » (quoi) qui devient « wat » et le « das » (ça) qui se transforme en « dit ». Un son G en début de mot soudain changé en J, des verbes entièrement transformés… Bref, il vous faudra sûrement quelques semaines pour vous y retrouver : « Kiek doch, wo de hinjehst! » (Regarde où tu vas !)

PAS DE QUARTIER

Un autre mot qu’on entend sans cesse à Berlin, c’est « Kiez ». Dans toute l’Allemagne du Nord, et en particulier dans la capitale, il remplace « Stadtviertel » pour désigner un coin de la ville. Mon « Kiez », c’est mon quartier. Auparavant, l'expression concernait seulement quelques quartiers. Aujourd’hui, un « Kiez » désigne n’importe quel pâté de maisons à partir du moment où on y trouve une épicerie et un bar. Si vous êtes arrivé depuis peu dans la capitale allemande, n’utilisez pas ce terme les premiers jours, au risque de passer pour quelqu’un qui cherche un peu trop à s’intégrer.

Les mauvaises langues vous diront que le véritable degré de coolitude ne se mesure pas au vocabulaire utilisé. C’est sans doute vrai, mais dans les soirées berlinoises, on se fait vite cataloguer comme un touriste ou un nouvel arrivant en utilisant un mot à la place d’un autre. Dernières précisions : si une personne vous dit « Komm rum ! » (« Passe dans le coin »), elle ne vous invite pas au coin de la rue, mais plutôt chez elle ou à une soirée branchée. Quelqu’un commande une « Pfeffi » avant d’aller en boîte ? Elle veut parler d’une Pfefferminz, une liqueur verte fluo à base de menthe.  Ne dites pas non plus que vous allez en « disco », mais plutôt en « club », ça passera beaucoup mieux. À Berlin, on ne fait pas la fête, on « célèbre » (« feiern »). Parce qu’en fin de compte, l’essentiel c’est avant tout de s’éclater entre amis. Et c’est précisément pour cette raison que Berlin, avec ou sans barrière linguistique, reste toujours « voll nice » !