Style de vie

Tunisie : Parkour, toujours

Article publié le 10 mars 2014
Article publié le 10 mars 2014

Au coeur de Tunis ou en périphérie de la ville, l'espace urbain est devenu depuis peu le terrain de jeu des jeunes qui pratiquent l'art du déplacement : le Parkour. cafébabel a suivi pendant 5 jours Hichem Naami, parrain de la discipline et fondateur de l'association Tunisian Freemove. Reportage-photo sur ces Tunisiens qui dansent avec les obstacles.  

Hi­chem Naami, lea­der du groupe, s'exerce ré­gu­liè­re­ment à quelques pas de chez lui. Comme ici sur le toit du châ­teau d'eau de la nou­velle Mé­dina. As­cen­sion à mains nues et sans aucun moyen de se rat­tra­per en cas de chute, Hi­chem ex­plique cette prise de risque par une idée simple : «  je dé­sire par des­sus tout être libre dans mes mou­ve­ments, libre de corps et d’es­prit ».  

À quelques mi­nutes du centre-ville de Tunis, des im­meubles désaf­fec­tés servent de ter­rain de jeu aux jeunes adeptes du Par­kour. Shàr­lèz Màr­win, membre de l’école na­tio­nale des arts et du cirque de Tunis, n’hé­site pas un ins­tant quand il s’agit de se lan­cer, n’im­porte où. « Il faut consi­dé­rer l'obs­tacle comme un sup­port utile, qui aide le dé­pla­ce­ment et ne gène ja­mais l'ac­tion. »

Le Par­kour c'est «  dan­ser avec l'obs­tacle pour créer une re­la­tion pure entre la per­sonne et l'en­vi­ron­ne­ment sans dé­truire ce qui nous en­toure ni être blessé ». El Men­zah, au nord de Tunis. Im­pos­sible de se rendre d’un spot à un autre sans que chaque mo­ment et chaque par­celle de rue soient mis à pro­fit pour s’exer­cer. 

Membres de l'as­so­cia­tion Tu­ni­sian Free­move en ré­pé­ti­tion à Mu­tuel­le­ville, dans le quar­tier d’El Men­zah. « Pour beau­coup de jeunes en­clins à ver­ser dans une cer­taine forme de dé­viance, le fait de re­joindre l’as­so­cia­tion leur pro­cure une autre source de plai­sir et de sa­tis­fac­tion. Ça les re­cadre. Les évè­ne­ments or­ga­ni­sés pas l'as­so­cia­tion jouent un rôle im­por­tant, ils donnent le sen­ti­ment d'ap­par­te­nir à une com­mu­nauté. »

Shàr­lém Màr­win ap­pri­voise les étroites rues de la Mé­dina, le coeur his­to­rique de Tunis. « Cer­tains jeunes pra­tiquent le par­kour pour le plai­sir, pour éva­cuer un trop-plein d'éner­gie. Par­fois on trouve des tra­çeurs (les adeptes du par­kour, ndlr) dans une sta­tion de bus qui font des mou­ve­ments acro­ba­tiques ou des 'flow' sur des obs­tacles pour pas­ser le temps. Ça se trans­forme sou­vent en spec­tacle pour les pas­sants. C'est mieux qu’une at­tente im­mo­bile. »

À quelques mi­nutes de la place du 14 jan­vier, des ter­rains vagues s'étendent le long du lac de Tunis. 

Il ar­rive que les jeunes adeptes du par­kour et des sans do­mi­ciles fixes co­ha­bitent le temps d'une jour­née. 

Mé­dina de Tunis. « Le par­kour per­met aussi de dé­ve­lop­per une cer­taine sta­bi­lité entre le corps hu­main et la pen­sée. De per­fec­tion­ner son oreille in­terne, qui est la base de l'équi­libre du corps. Mais ce type de re­cherche est dif­fi­cile, et de­mande quelques an­nées d'ex­pé­rience avant de vé­ri­ta­ble­ment trou­ver une har­mo­nie gé­né­rale. »

Im­meuble désaf­fecté bor­dant la route 22, aux alen­tours de Tunis. 

Nou­velle Mé­dina, aux alen­tours du ter­rain de foot où les jeunes du quar­tier aiment se re­trou­ver après les cours. 

Un SDF re­garde les jeunes s’en­traî­ner. Au­tre­fois ca­chés par le gou­ver­ne­ment de Ben Ali, de nom­breux SDF vivent dé­sor­mais en plein cœur de la ca­pi­tale tu­ni­sienne, dans une mi­sère hu­maine dé­rou­tante. 

Les alen­tours du Stade olym­pique de Radès, à une di­zaine de ki­lo­mètres du centre de Tunis, offrent un es­pace idéal pour les en­traî­ne­ments. «  Le par­kour ? Ce n’est pas juste un sport, c’est un style de vie », conclut Hi­chem. 

Cet ar­ticle fait par­tie d'une édi­tion spé­ciale consa­crée à tunis et réa­li­sée dans le cadre du pro­jet « eu­ro­med re­por­ter » ini­tiée par ca­fé­ba­bel en par­te­na­riat avec iwatch et la fon­da­tion anna Lindh. Re­trou­vez bien­tôt tous les ar­ticles à la une du ma­ga­zine.