Style de vie

Trouver un logement à Paris : un cas appart

Article publié le 29 octobre 2014
Article publié le 29 octobre 2014

Si Paris est une ville de rêve, trouver un logement dans la Ville Lumière tient plus du véritable cauchemar. Et pour les étudiants étrangers, la tâche est encore plus difficile. Les mésaventures d’une étudiante Erasmus prouvent cependant qu’avec du temps et de la patience, on vient à bout de tout.

Les attentes

Jeune étudiante Erasmus de 21 ans, quand je suis arrivée à Paris, une chanson d’Edith Piaf en tête, tout n’était pour moi que robes à pois et poèmes de Verlaine, j’étais comme Jenny Mellor, pleine d’illusions, et je réalisais son rêve de toujours : vivre dans la capitale française et aller à la fac. Parmi mes fantasmes d’avant-départ, outre le vin français qui coule à flots et les promenades le long du Canal Saint-Martin, j'imaginais un studio dans un immeuble haussmannien, avec fenêtres sur les toits et une lucarne depuis laquelle j’apercevrais la Tour Eiffel. Je n'imaginais pas à l’époque combien mes fantaisies, empreintes d’un certain romantisme, étaient éloignées de la réalité et n'avais aucune idée de l’enfer que représentent les locations parisiennes !

Les recherches commencent : plongée dans la quatrième dimension

Ce n’est qu’après quelques jours dans une auberge de jeunesse que ma compagne de mésaventure et moi-même avons réellement commencé nos recherches. Dès le départ, elle s’est avérée plus ardue que prévue. Nos documents sous le bras et connectées en permanence sur se loger.com et appartager.com (deux des sites les plus utiles dans la recherche de logements), nous étions convaincues de pouvoir trouver LE studio idéal. Habituées aux démarches ultras simples et à la rapidité du marché immobilier étudiant italien, le système parisien nous a paru tout droit sorti de la quatrième dimension. Oui, parce que pour pouvoir louer quoi que ce soit à Paris, il vous faut un dossier très complet, détaillant toutes vos informations personnelles, avec les photocopies de votre pièce d’identité, de votre carte de séjour, vos références bancaires et vos bulletins de paie. Si votre salaire est trop bas, ou si vous êtes étudiant, il vous absoulement avoir un garant de nationalité française, qui certifie noir sur blanc qu’il prendra en charge votre loyer si vous n’êtes pas en mesure de le faire. Partant du principe qu’il doit gagner au moins trois fois le montant de votre loyer et qu’un studio de 30 mètres carrés peut coûter plus de 1000 euros, les chances de trouver un garant adéquat sont très proches de zéro.

Le grand oral

Fatiguées par la montagne de documents requis, mais pas pour autant découragés, nous avons réussi à obtenir quelques rendez-vous pour visiter des appartements. Nous avons alors découvert qu’au lieu de visites, il s’agissait plutôt d’ « auditions » : ce n’est pas vous qui choisissez l’appartement, c’est le propriétaire qui vous choisit. Mais nous n'étions pas les seules à participer à cette sélection, il y avait en fait des dizaines d’autres personnes, qui étaient parfois toutes reçues dans la même journée, voire à la même heure. À la fin c’est celui qui avait le meilleur dossier (comprendre : portefeuille) qui remportait l’appartement. Et la concurrence est féroce ! Tellement qu’à un moment donné, ma camarade et moi avons décidé de jouer sur la pitié, en suppliant une vieille dame, propriétaire d’une vingtaine d’appartements dans la capitale, de nous en louer un situé Rue de l’Arbalète. Malheureusement, nos adversaires étaient trop forts pour nous : Madame nous a communiqué qu’elle ne pouvait nous louer, car une dizaine d’étudiants, chinois ou américains, étaient prêts à lui payer presque douze mois de loyer en avance. Elle a mis fin à nos espoirs avec un laconique « Je peux pas ! », nous étions hors-compétition.

Les maisons de l'horreur

Les demandes absurdes (et souvent illégales) des propriétaires parisiens, dont des cautions exorbitantes ou l’absence de contrat, sont des pratiques courantes, auxquelles on est bien souvent obligés de se plier afin d’obtenir le logement tant convoité. Pourtant, les prétentions des locataires passent au second plan quand on regarde de plus près les « logements » que certains ont l’audace de louer. La condamnation d’un ancien peintre a fait beaucoup de bruit en début d’année : pendant quinze ans, il avait loué un appartement d’1,5 mètres carré au tarif de 330€, alors même que la loi française interdit de louer un logement de moins de 9m2. Voilà des situations à la limite de la légalité (le propriétaire a été condamné à verser plus de 10 000 € d’indemnités) qui ne surprennent malheureusement plus personne à Paris. Personne ne s’étonne que les toilettes de certains logements se trouvent sur le palier et que le locataire doive les partager avec son voisin d’en face. Inutile de dire qu’après avoir visité des dizaines d’appartements douteux, plus rien ne nous étonne nous non plus. Nous n’avons même pas réagi quand la propriétaire d’un appartement de l’Avenue Parmentier, nous a présenté tout le plus naturellement du monde deux réchauds de camping en lieu et place de la cuisine, nonchalamment posés à côté des toilettes et d’un petit lavabo.

Tout est bien qui finit bien

Après un mois et demi de recherches acharnées, de maisons vides, d’appartements au septième étage sans ascenseur, de nuits passées chez des amis ou en auberge de jeunesse, la chasse au logement a connu un dénouement heureux amplement mérité. L’appartement que nous désirions tant mon amie et moi nous a accueillies pendant six mois inoubliables, faits de fêtes, d’alcool, d’amis et de joies. Mais nous avons dû cohabiter avec de drôles de colocataires : dans un trou caché derrière la table de la cuisine vivaient au moins trois souris qui sortaient furtivement à l’heure du dîner et pillaient notre poubelle. Et si au début, nous nous barricadions dans nos chambres, avec le temps, nous avons appris à tolérer ces voisins inattendus : « Des Souris? Bah oui, c'est normal ! »

La morale de l’histoire

La recherche d’un logement à Paris, bien qu’éprouvante et épuisante, se termine presque toujours bien, ce qui vient récompenser les peines, les coups de blues et les découragements connus tout au long du parcours. La persévérance semble être le seul mot d’ordre si on veut trouver son petit coin à soi dans la fascinate Ville Lumière. Comme on le dit souvent,  « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » ?