Style de vie

Simone de Beauvoir vintage : les t-shirts engagés

Article publié le 24 septembre 2015
Article publié le 24 septembre 2015

Le mois dernier, un groupe de féministes a recouvert les noms des rues de Paris avec ceux de femmes remarquables dont on ne parle pas assez à leur goût. Le projet « Des Simones » de Julia, Esther et Elsa ferait rentrer le féminisme dans le monde de la mode ? Pas tout à fait. Rencontre à Paris, avec celles qui veillent sur les Simones.

L’idée est née à Noël dernier quand Julia en a eu assez d’acheter des cadeaux : « Un cadeau a bien plus de valeur à mes yeux s’il est fait-maison. C’est ainsi que j’ai décidé l’an dernier de prendre de vieux t-shirts, de les personnaliser et de les offrir à Noël. » Le nom « Des Simones » se réfère à son admiration pour deux brillantes « Simones » : la femme politique française Simone Veil, à l’origine de la première loi officielle sur l’avortement en France, ainsi que la philosophe et féministe Simone de Beauvoir.

Les trois jeunes femmes ont déjà « produit » 80 t-shirts – entre guillemets car elles impriment leurs wonderwomen sur des t-shirts de seconde main uniquement. Pour le moment, il ne s’agit que de vêtements récoltés via des dons privés. Un partenariat avec un projet social devrait cependant leur permettre de recevoir un bien plus grand nombre de vieux vêtements.

En ce qui concerne la nouvelle collection, les artistes se sont décidées pour de « nouveaux » visages dont celui de l’activiste pakistanaise et prix nobel de la paix Malala, qui se bat pour les droits des filles et des femmes, ainsi que celui de la chanteuse de jazz et de blues américaine Nina Simone. « Nous avons choisi ces femmes pour leur renommée en matière d’art et de droits de l’homme. On ne voit pourtant leurs visages que très rarement car elles ne répondent pas aux critères de l’idéal de beauté occidental : blanche, mince, grande, jeune », explique Julia.

Du féminisme durable

Le projet « Des Simones » ne se revendique pas exclusivement féministe mais compte un grand nombre d'autres objectifs. Cela peut paraître légèrement confus quand Esther et Julia soulignent le but principal de leur projet, à savoir « d'attirer l'attention sur les conditions liées à l'industrie textile ». Un projet de mode écolo et féministe durable - quelqu'un y pige-t-il encore quelque chose ? D'après Esther, « la conception, l'environnement et la représentation des femmes » joueraient un rôle. « Nous citons ces différentes thématiques car elles nous apparaissent comme importantes. Et quand on s'intéresse à ce qui se passe dans l'industrie textile, on ne peut plus faire abstraction de nombreux problèmes comme celui de la protection des animaux par exemple. Nous essayons de nous concentrer sur ce qui nous est le plus accessible. »

Jusqu'à présent, deux événements promotionnels ont eu lieu dans des villes où vivent de nombreux mannequins : Amsterdam et Paris. Début septembre, Madrid s'ajoutera à la liste. Par ailleurs, « Des Simones » contactent des organisations à la poursuite des mêmes objectifs comme l'ONG Clean Clothes Campaign, qui s'engage pour des conditions de travail plus justes dans le secteur texile ou l'association française similaire Éthique sur l'étiquette. 

Après le deuxième événement organisé à La REcyclerie, à Paris, le futur du projet toutefois reste encore flou. Le profit économique n'est pas l'intérêt premier du collectif comme le précise Esther : « Ce serait formidable évidemment, à condition que le projet ait aussi du succès. Mais ce que nous visons avant tout, c'est d'éveiller l'attention des gens. Bien sûr, nous aimerions que cela ait un impact sur la société ».

Malgré sa dimension internationale, il est difficile d'affirmer queles trois jeunes femmes arriveront à passionner les foules avec leur projet. Une orientation plus spécifique serait certainement nécessaire. Tant que l'objectif est d'attirer l'attention du public sur des thèmes de société et non de concurrencer les ventes de Primark ou H&M, nos trois protagonistes et leur public semblent satisfaits. Mais qui sait, peut-être que les hipsters des métropoles européennes finiront par se ruer sur ces imprimés colorés.

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