Style de vie

Se souvenir de Srebrenica

Article publié le 17 juillet 2006
Article publié le 17 juillet 2006
Le 14 juillet débutait le plus grand procès commun intenté par un tribunal international depuis Nuremberg. Sept Serbes de Bosnie sont jugés pour leur implication dans le massacre de Srebrenica. Mais la réconciliation est encore loin.

Le 11 juillet 2006, le massacre d’environ 8 000 hommes bosniaques en 1995 à Srebrenica, dans une des zones de sécurité de l’ONU à Srebrenica à fait l’objet d’une cérémonie de commémoration angoissante. Comme chaque année, des milliers de personnes ont convergé vers le mémorial de Potocari. Comme chaque année, les Bosniaques serbes des villages voisins ne sont pas venus partager la douleur des survivants.

Parallèlement, les familles des 505 victimes identifiées cette année ont enfin pu enterrer leurs morts. Mais ceux-là qui ont pu recouvrer les restes d’un proche sont le plus chanceux. Le processus d’identification est entravé par l’armée des Serbes de Bosnie, qui tente de cacher les corps en les transférant dans des fosses communes. A Srebrenica, le deuil sera long.

In memoriam

Selon les accusations du tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), des soldats ont assassiné environ 8 000 hommes de Srebrenica, de manière organisée et systématique. Le massacre a duré une semaine, sous le commandement du général serbe Ratko Mladic.

Jusqu’à présent, le TPIY a condamné six anciens membres de l’armée serbe pour leur rôle dans le génocide de Srebrenica. Mais les deux personnes considérées comme ayant le plus de responsabilité dans le massacre – l’ex-leader des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et son pendant militaire Ratko Mladic – sont encore en fuite.

Malgré ces absences, le procès qui a débuté le 14 juillet voit sept membres de l’armée serbe de Bosnie accusés d’avoir participé à une association criminelle en vue d’ «assassiner les hommes musulmans valides». Le colonel Ljubisa Beara, ancien chef de la sécurité des Serbes de Bosnie et Ljubomir Borovcanin, ex-commandant adjoint de la brigade de police spéciale de la Republika Srpska, l’entité Serbe de la Fédération Bosniaque, sont eux accusés de génocide.

Peu affectés

Le procès ne bouleversera probablement pas l’opinion publique en Serbie. Natasa, une femme au foyer de Belgrade résume un état d’esprit largement répandu parmi les Serbes. «Je me moque des procès de la Haye. Ce tribunal ne juge que les Serbes» explique-t-elle. «Pensez seulement à la libération de Oric» rajoute-t-elle, furieuse.

Naser Oric était le commandant de l’armée des Musulman de Bosnie à Srebrenica. Les Serbes lui imputent la mort de nombreux Bosniaques serbes dans les villages voisins. Le 30 juin 2006, le TPIY l’a jugé coupable de n’avoir rien fait pour empêcher les meurtres et les mauvais traitements de détenus serbes dans les prisons de la ville en 1992 et 1993. Il a été condamné à deux ans de prison, mais a été relâché aussitôt, puisqu’il avait déjà passé trois ans en détention provisoire. Alors que le procureur réclamait une peine de 18 ans, Oric a été acquitté de toutes les autres accusations. A Belgrade, les membres serbes du gouvernement ont été outrés par la décision de justice. « Le verdict met en doute la crédibilité du tribunal » indique Aleksandar Simic, conseiller du premier ministre serbe Vojislav Kostunica.

Alors que Natasa estime que la décision concernant Oric est «une autre raison de ne pas extrader Mladic» certains ne partagent pas son avis. «Je ne vois aucun futur pour une Serbie qui nie les crimes commis en son nom» avance Dragan Popovic de l’ONG Youth Initiative, qui travaille sur les crimes de guerre de Serbie.

Cette année, le jour suivant les commémorations de Srebrenica, les Serbes bosniaques de la ville voisine de Kravica ont honoré leurs propres morts – environ 3 000 civils -, victimes selon eux de l’armée musulmane lors du conflit. Le front est encore là, même dans le travail de mémoire.