Style de vie

Russes et Européens : si loin et pourtant si proches

Article publié le 4 décembre 2014
Article publié le 4 décembre 2014

Si l’on cherche des exemples montrant combien la Russie est différente des autres pays européens, on en trouve sans difficulté. Mais nous devrions aujourd'hui souligner nos ressemblances plutôt que nos particularités nationales. « Les Russes sont-ils vraiment différents des Européens ? » C’est la question que je me suis posée et que j’ai posée à plusieurs Européens vivants à Moscou.

Je suis Russe. J’ai un visage typiquement russe et, pourtant, j’ai un prénom ukrainien, un amoureux lituanien, un ami italien et une carte d’étudiant suisse. Plusieurs personnes m’ont dit que j’avais changé leur opinion sur les Russes. Cela me rend fière. Mais, lorsque je demande à ces mêmes personnes combien de Russes ils connaissent aujourd’hui, généralement la réponse est : aucun.

Dans le même temps, les médias de masse et Internet diffusent des généralités sur la Russie, qu’il s’agisse d’accidents liés à l’abus d’alcool en Sibérie, de films avec des criminels russes, ou d’articles sur le Net intitulés « Dix choses bizarres à propos de la Russie ». La Russie est un pays énorme et, effectivement, certains de ces stéréotypes peuvent s’avérer exacts. Mais, en se focalisant sur les aspects négatifs, on va les retrouver partout et, pourtant, ils ne reflètent pas la réalité. Il faut parfois changer l’angle de la conversation et s’intéresser à ce qui est positif : nos ressemblances. 

La culture rassemble

L’une des similitudes les plus évidentes entre les Russes et les Européens, c’est la culture. «  Les Russes et les Européens partagent une longue histoire d’échanges culturels intenses dans le domaine de l’art : la musique, la peinture et plus particulièrement la littérature », nous dit l’Italienne Eleonora Milazzo. « À l’amour que les Russes portent à la littérature française et italienne répond la passion des Européens pour les classiques russes tels que Dostoïevski et Tolstoï ». Cet héritage culturel commun nous aide à nous rapprocher.

Ces paroles sont, aujourd’hui, encore plus vraies qu’à l’époque de Dostoïevski : la majorité des lecteurs russes sont familiers des livres de Ian Mc Ewan, Alessandro Baricco, Michel Houellebecq parmi tant d’autres écrivains européens. Mais, est-ce que les Russes aiment lire ? Oui, et d’après Élodie Testa, qui est Française, c’est une chose que les Français et les Russes ont en commun : «  je pense que les Russes et les Français sont des gens cultivés, surtout dans les domaines de l’art – la littérature, la musique, etc. En Russie, tout comme en France, la passion pour les livres et l’art ne dépend pas de votre profession, un médecin et un avocat peuvent discuter d’un livre de George Orwell avec la même passion que le feraient des étudiants en littérature. » 

Esprit russe et autres particularités 

On pourrait allonger la liste des objets culturels que les deux nations se partagent avec des musiques, des films, des séries télévisées, des danses (qui veut danser le Tango ou la Salsa à Moscou?) mais on arriverait toujours à la même conclusion : les jeunes russes et européens ont des codes culturels très similaires. Bien qu’étant ouverts sur le monde extérieur, il y a aussi une très grande fierté culturelle aussi bien en Russie que dans les pays européens comme la France. « Les Russes tout comme les Français sont très attachés à l’histoire, à la culture et au prestige de leurs pays. Nous sommes fiers d’être différents – et, de ce point de vue là, nous sommes pareils », explique Élodie. « Je pense que nous partageons les mêmes valeurs traditionnelles – la famille, le mariage… Je n’ai jamais senti de fossé culturel entre mes amis russes et moi, sauf en ce qui concerne la langue. »

La majorité des étrangers ont des difficultés à apprendre le russe, qu’ils trouvent incroyablement compliqué et différent. Mais est-ce vrai ?  Cela  dépend bien entendu du pays d’origine de l’apprenant, explique Alexandar Bliznashki originaire de Bulgarie. « Le russe et le Bulgare sont des langues qui peuvent parfois être très similaires, et c’est fascinant de voir comment un concept exprimé dans une langue se reflète dans l’autre. Je parle le russe couramment, et c’est une très belle langue ». Même les Français peuvent trouver des ressemblances entre le russe et leur langue. « En français, nous n’avons pas ces horribles déclinaisons, mais je trouve que la logique et la structure des phrases sont assez similaires », dit Élodie, « on a aussi presque les mêmes expressions idiomatiques ».

Les Européens de Moscou mettent aussi en avant la ressemblance de caractère entre les Russes et les Européens.  « Je vis en Russie depuis un an et demi. Avant, je pensais que les Russes étaient très différents des autres citoyens européens », explique Adam Lesak originaire de Slovaquie. « On imagine souvent que les Russes sont très froids, mais en fait, ils font de très bons amis et leur famille compte beaucoup pour eux, tout comme en Slovaquie. Il n’y a aucune froideur, quelle qu’elle soit ! Vous pouvez clairement voir combien ils aiment et se soucient des autres ». 

Laura Parilla qui vient d’Espagne partage ce point de vue. « J’ai travaillé en Russie pendant quelque temps, et c’était très amusant de voir que les Russes, et particulièrement ceux du Sud, sont en fait très émotifs et se comportent un peu comme les Espagnols ou les Italiens. Lorsqu’un Russe vous connaît – et cela prend parfois seulement cinq minutes –, il ou elle va faire comme si vous aviez toujours été son/sa meilleur(e) ami(e), et vous aidera toujours. »

Les jeunes en Russie et Europe partagent un quotidien assez semblable. « Je pense que les Russes aiment autant que les Européens voyager, apprendre des langues étrangères, et s’intéresser à l’histoire et la culture des autres pays », dit Aleksandar Bliznashki. « Je pense aussi qu’une caractéristique commune des jeunes russes et européens est qu’ils ne veulent pas vivre pour travailler comme la génération précédente. Aujourd’hui, ils voudraient travailler pour vivre – même si cela implique de gagner moins d’argent, ils veulent profiter de la vie. J’aime le fait que les gens ne veuillent pas devenir esclaves du travail. »

Aleksandar voit des signes positifs : « Les jeunes, en Russie et en Europe, ont tendance à devenir plus tolérants entre eux. Le fait que l’élite politique est sans cesse en désaccord ne signifie pas que les gens ordinaires partagent leur opinion – nous voulons tous vivre en paix et en harmonie. De plus, les jeunes ne veulent pas participer à la destruction de la planète, alors ils se préoccupent plus des problèmes globaux. Cette opinion se traduit par le nombre de jeunes volontaires qui voyagent à travers le monde essayant de venir en aide aux plus démunis. » 

Plus proche qu'on ne le pense 

Lorsque j’ai demandé à mes amis européens si les Russes étaient très différents d’eux, je ne fus pas surprise de les entendre répondre : « Non ». Par contre, l’enthousiasme avec lequel ils ont décrit les similitudes entre la vie à Moscou et la vie dans leur pays d’origine m’a étonnée : « Ce n’est peut-être que ma perception, mais je me sens proche de la culture et de la mentalité russe, dit Élodie. Certains aspects de la Russie me rappellent des souvenirs de mon enfance. Cela peut sembler ridicule, mais je me sens à la maison en Russie ».  

Bien que tous les étrangers à Moscou ne partagent pas le point de vue de mes interlocuteurs, les réponses que j’ai obtenues expriment bien la ressemblance fondamentale : l’Europe et la Russie sont très diverses, et se ressemblent en cela. L’Union européenne rassemble 28 pays avec plus de 87 groupes ethniques. La Fédération de Russie compte 85 sujets (dont 21 républiques nationales et certaines régions autonomes) et plus de 185 groupes ethniques, dont 40 environ représentés par une population de plus de 100 000 personnes.

Aujourd’hui, lorsque les politiciens et les journalistes mettent les Russes et Européens dos à dos, nous devons regarder plus loin. Il n’y a pas de nation où tout le monde est bon ou mauvais, et il n’y a pas de pays qui soit seulement bon ou mauvais. Si nous nous attardons sur les différences entre nous, nous ne verrons jamais combien nous sommes proches. C’est seulement « avec » et non « contre » tous, que nous pouvons changer la réalité. Nos nations sont sœurs et pas ennemies.