Style de vie

Pêche au thon : Greepeace voit rouge

Article publié le 7 septembre 2006
Article publié le 7 septembre 2006
Le thon rouge, une des espèces les plus prisées en Méditerranée est aujourd'hui en danger pour cause de surexploitation régionale. Le plaidoyer de Greenpeace France.

Le 21 août dernier, le ‘Rainbow Warrior II’ a tenté de faire escale dans le Vieux Port de Marseille pour sensibiliser le grand public à la disparition du thon rouge en Méditerranée. C’était sans compter sur la réaction des thoniers locaux : ceux-ci ont empêché l’accostage du bateau, affirmant que leur pêche était réglementée et que, s’il y avait un problème quant à l’exploitation du thon rouge, il venait des pêcheurs illégaux comme les Asiatiques ou les Turcs.

Greenpeace a alors décidé d’enquêter au large des côtes turques, en répertoriant les activités de plusieurs flottes de pêche. Verdict : les quotas de 6 000 tonnes imposés par la CICTA, l’organisme des Nations unies en charge de la réglementation de la pêche des thonidés de l'Atlantique, ne sont pas respectés par les thoniers. 9 000 tonnes de thons ont ainsi été pêchées en 2006.

Ce taux de surpêche non autorisée en Turquie, que l’on peut qualifier d’illégal, est du même acabit que les taux pratiqués globalement à l’échelle de la Méditerranée. Près de 50 000 tonnes de thon rouge ont été pêchées cette année alors que la CICTA n’autorise que 32 000 tonnes et que les scientifiques préconisent le chiffre de 28 000 tonnes pour préserver l’envrionnement.

Aujourd’hui, l'état des stocks dans la région est catastrophique et les experts tirent la sonnette d’alarme : le thon rouge est en voie d’extinction pour cause de sur-exploitation. En juin dernier, après la publication d’un rapport de Greenpeace sur le problème, certains pêcheurs ont admis que les quotas n'étaient pas respectés et qu'il n'existait aucun contrôle sur les pêcheries.

Ecologie contre économie

Alors que faire pour sauver cette espèce victime depuis près d’une décennie de sur pêche par des sociétés peu scrupuleuses ? La réaction du Ministère français de l’Agriculture et de la Pêche est pour le moins surprenante. Elle se limite à soutenir les thoniers en maintenant que, face à la demande de thon rouge au Japon –et notamment la consommation de sushi et de sashimi- qui absorbe 80% de cette pêche, les thoniers doivent continuer leurs pratiques sans se poser de question. Rien qu'aux Etats-Unis, la demande annuelle s'établit autour de 24 000 tonnes, soit presque une année entière de captures en Méditerranée.

Greenpeace n’entend pourtant pas laisser la survie de cette espèce en suspens car c’est une porte ouverte à l’extinction de nombreux autres écosystèmes. Greenpeace, associé au Fonds Mondial pour la Nature (WWF), demandent un moratoire sur l’exploitation du thon rouge tant qu’il n’y aura pas la certitude que les stocks sont renouvelés et que des moyens sont attribués à la CICTA pour faire cesser la sur-pêche et la pêche illégale.

Tout se jouera en novembre prochain à Dubrovnik en Croatie lors de la prochaine réunion de la CICTA qui décidera des quotas des 4 prochaines années. L’Europe, avec à sa tête la France, l’Italie et l’Espagne qui représentent plus de la moitié des quotas attribués, doit jouer un rôle de premier plan. En attendant, Greenpeace continue sa campagne en Espagne pour la mise en protection de 40% des océans et la création de 23 réserves marines en Méditerranée pour assurer la survie de cet extraordinaire réservoir de biodiversité.