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Mondial 2010 : Y-a-t-il une solidarité européenne dans les gradins ?

Article publié le 13 juillet 2010
Article publié le 13 juillet 2010
28 pays éliminés, 4 qualifiés. Dans le dernier quart, seul l’Uruguay s'est opposé aux équipes de la Vieille Europe. Derrière les pronostics qui se déchaînent se joue plus que du simple football : un supporter européen peut-il supporter une autre équipe européenne au Mondial de football, à l'instar des Africains et des Sud-Américains ?

« Ooh, aah, America. Australie, tout en bas ». S'il est une chose que l'on peut dire, c'est que la Coupe du monde est un événement qui permet à des citoyens ordinaires d'être Sud-Américains pour une semaine ou Africains pendant 90 minutes. A quel autre moment l'un d'entre nous a-t-il encouragé collectivement onze Ghanéens à courir autour d'un terrain et promu le rêve africain? Les Africains de l'Ouest ont été les seuls du continent organisateur du tournoi à réussir l’exploit de faire partie des 8 dernières équipes de la Coupe du monde. Tout un symbole qui a enivré les foules jusqu’à Paris. The Guardian , en Angleterre, a laissé entendre que les Européens ne s'uniront probablement jamais autant derrière un européen que ne l'ont fait 2 milliards de fans africains pour le Ghana face à l'Uruguay. Pourtant, il restait bel et bien trois équipes de la vieille Europe en lice dans le dernier quart. Trois équipes à encourager. Enfin… si quelqu'un est toujours intéressé.

La coupe du monde de l'Europe

Suite au naufrage des équipes européennes classiques telles que l'Italie, tenante du titre, la France et l'Angleterre, coiffées au poteau, ou encore les équipes éliminées de Slovaquie, Slovénie et du Danemark, leurs supporters vont-ils pouvoir oublier la désillusion et soutenir « Les Trois Mousquetaires européens » pour la fin de la compétition? Pourquoi pas ? Après tout, il y a eu une telle rafale médiatique au sujet d’une possible « Coupe sud-américaine » lorsque les favoris brésilien et argentin étaient toujours dans la course. L’engouement suscité avait même attisé des commentaires enflammés, associant la vive énergie déployée par les citoyens sud-américains à du « pur patriotisme ». Alors pourquoi les Européens ne s’abandonneraient-t-ils pas à l’enthousiasme populaire ? Au demeurant, les médias français acclament d’ores et déjà le retour de la « nouvelle Europe » tandis que l'agence de presse allemande Deutsche Presse Agentur parle d' « Empire de l'Europe ».

Europe - Amérique du Sud : 9 à 9

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James Whyte, commentateur de football privilégié des babéliens, replace le concept d’identité dans son contexte historique général :« Pour le dire brièvement, les Européens se haïssent entre eux d'un point de vue footballistique en raison des guerres et des conflits qu'ils ont partagés. Le foot donne le droit de se vanter. A contrario, les Africains, qui ont plutôt connus des guerres civiles, sont prêts à s'unir. Les Sud-Américains constituent eux un mélange entre ces deux extrêmes ».

Une certaine ardeur européenne existe bel et bien. Beaucoup encouragent ou éprouvent de la sympathie envers plus d'une équipe en compétition. C'est ainsi que les Bosniaques, les Turcs et les Polonais pourraient être susceptibles de soutenir l'Allemagne, trois fois championne du monde et meilleure attaque de la compétition, en raison de la composition multi-ethnique de la Mannschaft. Interrogés au hasard, les babéliens désignent majoritairement l'Uruguay comme leur équipe favorite du Mondial. En effet, l'identité n’est pas une science exacte. L' « outsider » non-Européen bénéficie aussi d’un solide groupe de supporter en Europe. Cependant, un site italien fait remarquer que sur les 18 Coupes du monde qui ont eu lieu jusqu'à présent, l'Europe en a gagné neuf…Tout comme l'Amérique du Sud, si bien qu'à prendre les équipes par continent, il n'y avait pas d'outsider.

Europe - Amérique du Sud : 10 à 9 !

Soutenus ou pas par les autres Européens, les Espagnols victorieux viennent sans le savoir de permettre à l'Europe de passer devant l'Amérique du Sud au nombre de victoires en Coupe du Monde : 10 contre 9. De quoi redorer l'estime écornée des Européens en ces temps politiquement incertains.

Photo: Une:  Célébration familiale espagnole, Canada, 2008  par ©austinhk/ Austin H. Kapfumvuti;