Style de vie

Meet My Hood : Macrolotto Zero à Prato

Article publié le 7 octobre 2015
Article publié le 7 octobre 2015

Lorsque les premiers chinois arrivèrent à Prato, la ville n’était pas encore une province. Depuis leur arrivée en 1990, 25 années se sont écoulées. L’intégration ? Encore un lointain mirage. Bienvenue dans le Chinatown toscan.

On a rebaptisé « Macrolotto zero » cette zone de Prato, faisant à une époque partie de la province de Florence, qui s’est développée tout autour de la via Pistoiese[1]. À travers les années, plusieurs macrolotti ont vu le jour : d’abord le « Macrolotto numéro un » puis le « Macrolotto numéro deux », qui a été le triste théâtre de l'incendie de 2013.

Dans les rues de ce Chinatown pratais, on n’entend pas seulement l’accent toscan : on y parle surtout le mandarin, ou mieux, le dialecte du Wenzhou, la ville-préfecture chinoise dont provient la majeure partie des migrants arrivés à Prato. Dans les rues du quartier, les annonces en idéogrammes placardées par des employeurs – ou beaucoup plus souvent par d’affectueuses « accompagnatrices » - qui tapissent chaque mur ou chaque lampion, ont laissé une petite place à un mur rouge orné de gigantesques rameaux fleuris. Rouge Ferrari ou rouge Chine, tout dépend de l’œil qui regarde.

À cet endroit, dans un parking sur lequel donnent un petit restaurant, une banque et un supermarché, est née la première Place de l’Imaginaire. Une place reliée à un autre parking identique par le fameux (du moins pour les Pratais) passage souterrain : quelques mètres de ciment et quelques bancs entourés de restaurants, d’agences de voyages et de petites épiceries orientales. En deux mots, le coeur de la ville.

[1] Il s’agit de l’une des artères les plus longues de Florence, traversant certaines villes de la banlieue

En arrivant de la banlieue, le fait de traverser le Chinatown et marcher le long de la via Pistoiese signifie se retrouver devant la porte éponyme au sein des vieux murs ville, et qui donne son nom à l’entrée ouest du centre historique. Dans ce Chinatown toscan né à deux pas de là, face à l’enceinte médiévale, les enseignes se couvrent soudainement d’idéogrammes mandarins et l’air s’imprègne d’odeurs de poisson et de rouleaux de printemps.

Il y a quelques années, un touriste australien avait été le premier à noter le quartier sur TripAdvisor. Son avis ? Impitoyable, et invitant à faire attention à la date de péremption des produits vendus dans les magasins d’alimentation asiatiques.

Le mot des voisins

La cohabitation entre Chinois et « autochtones » n’a jamais été facile. Ceux qui habitent dans le Macrolotto zero depuis des dizaines d’années se plaignent de l’état dans lequel se trouvent les rues du quartier. D’autre part, les Chinois qui sont arrivés ici sans connaître un seul mot d’italien, ont du mal à tisser des liens avec d’autres personnes que leurs compatriotes.

Elena[2], jeune femme d’origine chinoise préférant ne pas se faire filmer ni photographier, est claire : « Soyez gentils avec nous et nous le serons avec vous ». Mais dans le quartier tout n’est pas rose, et là-dessus Elena est catégorique : « Tout allait à la dérive. Puis le travail qui a été fait avec la place de l’Imaginaire a permis de montrer à tous qu’un autre quartier est possible ».

[2] Le nom a été changé

Combien ça coûte?

Le maxi best-of : la seconde place de l'Imaginaire

Jusqu’à récemment, le parking situé entre la via Giordano et la via Pistoiese, appartenant au supermarché qui se trouve de l’autre côté de la rue, était laissé à l’abandon. Aujourd’hui ce vieux parking sur lequel donnent quelques maisons s’est transformé en une seconde place de l’Imaginaire, prête à devenir le point de rencontre des habitants du quartier. Le goudron a d'ores et déjà été déposé, puis les bancs pourront être installés. Cet été, et pour la première fois, la place a vécu « fête de la pastèque », qui a été célébrée en même temps que celle qui se tient traditionnellement tous les 15 août dans le centre historique de Prato. Parmi les promoteurs de ce projet, lancé par Dryphoto, on compte aussi l'associazione culturale [chì-na], créée par un groupe de quatre jeunes pratais qui ont choisi comme siège, un hangar désaffecté à quelques pas de la première place de l’Imaginaire. 

La place abrite aujourd’hui les photographies et les installations d’artistes internationaux. Ainsi, une identité a finalement été attribuée à ce « non lieu ». Une fonction aussi : celle d’améliorer un quartier franchement pauvre en espaces verts et en lieux de rencontres. Et qui sait si avec le temps ces rues ne réussiront pas à devenir une attraction touristique. À ce moment-là, il ne nous resterait plus qu’à appeler l’Australien qui en 2013 avait publié une critique sur le quartier, pour l’inviter à revenir sur son opinion.

Les gens

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Cet article fait partie d'un nouveau projet de cafébabel, Meet My Hood, qui a pour objectif de faire découvrir les quartiers des principales villes européennes, en chantant.