Style de vie

Meet My Hood : le canal de l'Ourcq

Article publié le 30 septembre 2015
Article publié le 30 septembre 2015

Les maîtres-mots de ce quartier de Paris sont diversité et mélange culturel. Nous avons exploré le canal de l’Ourcq, dans le 19ème arrondissement de Paris, à la recherche d’endroits et de curiosités liés à ce miroir d’eau urbain en voie de gentrification.

Ces 15 dernières années, de l’eau a coulé sous le pont de Crimée depuis le réaménagement de ce quartier du 19ème arrondissement de Paris. Et il en est passé depuis les années 1930, époque à laquelle le canal de l’Ourcq était utilisé à des fins industrielles et dont les eaux avaient servi de décor à la scène du filmL'Atalante.

Autrefois porte d’accès navigable à la capitale, le quartier situé entre la Rotonde de Stalingrad et le Parc de la Villette a toujours été un quartier en mutation. Sur ses quais - aujourd’hui réaffectés à l’usage des Parisiens - le canal réussit à unir une communauté très bigarrée : un ventriloque qui habite le quartier et qui se porte bénévole pour aider ceux qui en ont besoin peut très bien rencontrer un hipster à la forte trempe artistique.

Le bassin de la Villette est la partie la plus « citadine » du cours d’eau. Un peu après la place de Stalingrad, on arrive au canal Saint-Martin, plus proche du centre de la ville, dont le quartier est déjà amplement « gentrifié ». À l’autre extrémité, le canal de l’Ourcq prend le relais, de moins en moins bobo à mesure que l’on s’éloigne de ses berges ou que l’on se rapproche de la banlieue. 

 

Le long du canal, pendant la belle saison, impossible de ne pas croiser des dizaines de personnes qui boivent des verres, tranquillement assises au bord des berges, les pieds suspendus au-dessus de l’eau ou qui jouent à la pétanque ou au mölkky (jeu d’adresse d’origine finlandaise, nda). Pour trouver une table, mieux vaut se rapprocher du Quai de la Seine : deux brasseries, l’une bleue et l’autre rouge se font face. Sur la berge opposée, l’ancienne maison de l’éclusier vit une deuxième jeunesse : le Pavillon des canaux abrite aujourd’hui un café resto et un coffice. 

L’Ourcq est l’une des trois âmes du 19e arrondissement. Au-delà des quartiers résidentiels au sud, à côté de la mairie et du Parc des Buttes-Chaumont, traversez les rues autour des berges, habitées par des immigrés, chinois, français d’origine maghrébine ou de confession juive, et vous arriverez au canal. Une charnière entre gentrification et logements sociaux, résidents du quartier et « étrangers » au quartier. Le canal, résolument fluide, prend des formes différentes. 

Le mot des voisins

Les interviews ont été réalisées au cours de l’été 2015.

Combien ça coûte ? 

Best-of : la péniche Grande Fantaisie

Depuis un an, la péniche Grande fantaisie s’est installée sur le canal. Cette embarcation est non seulement un bistrot sur l’eau, mais aussi un projet social. L’association culturelle qui le gère propose « un regard sur l’art et sur la création artistique, avec des ateliers pour les résidents », raconte Nourdine, créateur associé. La couleur est annoncée sur le flanc du bateau, dans une fresque de Modules de ZeeR du street artist Mehdi.

 

La principale activité de la péniche est le bistrot, nécessaire pour faire vivre cette entreprise sociale, avec une « politique de prix abordables pour tout le monde ». Mais le lieu se veut avant tout un point de repère pour d’autres initiatives. Il accueille des artistes des arts graphiques ou des arts du spectacle, et « l’après-midi,  [ils ont] une convention avec une école primaire pour les activités de danse ».

De grands investissements ont été faits et de nouveaux habitants arrivent dans les immeubles construits à la place d’anciens bâtiments. « J’ai choisi ce lieu parce qu’il est encore un peu vierge. » Tôt ou tard le canal de l’Ourcq ressemblera au canal Saint-Martin ? « C’est inéluctable », conclut Nourdine.

Les gens

 Lakhdar a quitté l’Algérie pour la France à l’âge de 13 ans. « J’aime surtout le quai de la Seine et le Belushi’s, un bar international et "jeune"», juste à côté d’une auberge de jeunesse moderne dans le même immeuble. Dans le quartier, il se porte aussi bénévole au sein de l’association Une chorba pour tous (la chorba est une soupe traditionnelle du Maghreb, ndlr) qui aide les personnes en difficulté et sans domicile fixe. 

« Ce qui ne me plaît pas ? Voir les militaires armés dans la rue », dit Nando à propos de ce quartier où se trouvent une synagogue et une école juive. En même temps, ici les différences culturelles réussissent à trouver « un accord parfait entre la nature populaire du quartier, celle des épiceries chinoises, des boulangeries casher et du marché "arabe". Et l’esprit jeune des magasins à la mode et des parties de pétanque ».

 

Ila est d’origine brésilienne, elle est tombée amoureuse de la capitale française où elle vit aujourd’hui depuis de nombreuses années. Elle aussi trouve le 19ème arrondissement fascinant pour sa composition bigarrée, mais aussi pour la vue sur Paris qu’elle a de sa fenêtre, bien sûr. 

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[BONUS] Adresses cachées dans le reportage :

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Point Ephémère, 200 quai de Valmy (bar, restaurant et centre culturel, ancienne usine)

Brasserie Le Bellerive, 71 quai de la Seine (la "bleue")

Brasserie Le Bastringue, 67 quai de la Seine (la "rouge")

BarOurcq, 68 quai de la Loire (qui met à disposition des boules de pétanque)

Pavillon des canaux, 39 quai de la Loire

Belushi's bar, 159 rue de Crimée

Peniche Grande fantaisie, 9 quai de l'Oise

Marché Joinville, à l’angle de la rue Joinville et de la rue Jomard, jeu. 7:00-14:30, dim. 7:00-15:00

Parc de la Villette, Porte de Pantin (métro 5), Porte de la Villette (métro 7)

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Cet article fait partie d'un nouveau projet de cafébabel, Meet My Hood, qui a pour objectif de faire découvrir les quartiers des principales villes européennes, en chantant.