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Martha Roque : « L'UE nie l’existence d’une opposition au régime castriste à Cuba »

Article publié le 23 décembre 2008
Article publié le 23 décembre 2008
Elle attend toujours la visite d’un représentant européen et celle du ministre des affaires étrangères espagnole. La dissidente cubaine critique ouvertement la position de l'Union européenne et met l’accent sur les Droits de l’homme, toujours bafoués sur son île. Interview.

Martha Beatriz Roque (62 ans), économiste, habite à la Havane. Elle a pris la tête de la dissidence politique à Cuba. Elle fait partie du secrétariat de Pro Tempore, l'Agenda pour la transition qui est une coalition dénonçant les atteintes à la liberté d'expression et aux Droits de l'homme dans l'île et lutte pour l'avènement de la démocratie. La dissidente a été emprisonnée à deux reprises par le régime castriste. La dernière fois, elle a été condamnée à 20 ans de prison, puis libérée à la suite de fortes pressions internationales. Roque répond à cafebabel.com au sujet de la politique de l'Union européenne envers Cuba.

L'Union européenne a retiré ses sanctions contre Cuba, une mesure qui n'est pas du tout appréciée par les Etats-Unis. Que pensez-vous de cette décision ?

Dans l'Agenda pour la Transition, nous avons réalisé un document dans lequel nous envisagions les conséquences qu'entraînerait la levée de ces sanctions. Et il est en train de se produire ce que nous prévoyions, à savoir une augmentation considérable de la répression à l'intérieur du pays, et ceci est la conséquence de l'attitude conciliante à l'égard du gouvernement cubain. De plus, à deux reprises le ministre des affaires étrangères de Cuba a dit du mal de l'opposition en présence de Miguel Ángel Moratinos (le ministre des affaires étrangères espagnol). Une fois, il a déclaré que nous étions des mercenaires et ce dernier n'a pas protesté. Une autre fois il a dit qu'il n'y avait pas de prisonniers politiques et il n'a pas non plus protesté. Par conséquent, de quels prisonniers politiques peuvent-ils parler dans les conversations entre l'Union européenne et Cuba si le ministre des affaires étrangères cubain affirme qu'ils n'existent pas et que son homologue espagnol ne conteste pas ses affirmations ?

Vous critiquez durement la politique du gouvernement espagnol dans les relations avec Cuba...

Oui, le gouvernement espagnol cherche à montrer qu'il dialogue avec l'opposition et avec le gouvernement, mais ceci est faux. Le gouvernement espagnol défend les intérêts des entreprises espagnoles à Cuba qui hélas ne sont pas aussi importants que les intérêts du peuple cubain : absence de libertés, violation de la Déclaration universelle des droits de l'homme, harcèlement et répression du gouvernement cubain. Mais cela n'intéresse pas le gouvernement de l'Espagne, pays dont la constitution est fondée justement sur les principes fondamentaux de cette Déclaration universelle. Ils préfèrent défendre leurs intérêts économiques que défendre la démocratie.

Quelles mesures doit prendre l'Union européenne pour encourager le processus démocratique à Cuba ?

Ils ont dit que si cela continuait, ils viendraient à Cuba et parleraient avec l'opposition et ceci n'est pas arrivé. Je peux vous affirmer que le ministre des affaires étrangères chypriote, membre de l'Union européenne, est venu à Cuba, et n'a jamais rencontré l'opposition. Cela a commencé avec Moratinos lui-même, qui est venu à plusieurs reprises et n'est jamais venu vers nous. Cela signifie que l'Union européenne nie l'existence de l'opposition cubaine.

Obama a promis de supprimer les restrictions sur les voyages vers l'île des Cubains résidants aux Etats-Unis et leur envoi d’argent. Malgré cela, pensez-vous que l'élection du candidat démocrate puisse être bénéfique pour les relations entre les Etats-Unis et Cuba ?

En ce moment, il y a tant de problèmes sur l'île à cause du passage de trois ouragans, que les considérations sur la politique extérieure des Etats-Unis ne sont vraiment pas importantes, face aux besoins immédiats du pays. Tout ce qui peut nous venir en aide depuis l'étranger est bienvenu, mais il est bien difficile de se prononcer sur cette politique en ce moment.