Style de vie

Manger dans les poubelles ou quand la faim justifie les moyens

Article publié le 23 juillet 2010
Article publié le 23 juillet 2010
Dans la plupart des pays, fourrer ses mains dans une poubelle est synonyme, selon les mœurs, de pauvreté ou de déchéance. Pas en Pologne où une bande de jeunes cultive la pratique comme une coutume. Là bas, ce qu'on appelle « le déchétarisme », style de vie d'une minorité de la population mondiale, est avant tout une attitude anti-consumériste qui appelle à la modération.
Il exprime sans fard l'opposition aux grandes sociétés simplement animées par le profit. Et propose une alternative originale au gaspillage. Un « déchétarien » témoigne...

Les « déchétariens » demandent à ce que nos besoins soient satisfaits via le recyclage, la réparation de produits qui semblent inutiles au premier coup d'œil, et par l'échange mutuel. Le squat est un bon exemple du « déchétarisme », par lequel des sites abandonnés, principalement des immeubles, sont aménagés de telle sorte qu'ils puissent servir de résidence, ou de lieux d'usage public. Tout réside dans cet adage des temps modernes : le logement est un droit et non un privilège. Mais ce que les gens trouvent le plus choquant chez les « déchétariens », c'est qu'ils n'achètent même pas de nourriture.

Une bonne soupe de légumes des poubelles

Les grandes surfaces jettent en masse des produits parfaitement bons, scellés, voire complètement emballés et dont la date de péremption vient à peine d'être dépassée. De fait, des kilos de fruits et légumes seulement un peu avariés finissent à la poubelle. Les « déchétariens » ne fouillent pas les poubelles à la recherche de nourriture parce que la situation les force à faire de la sorte. Ils essayent simplement de démontrer que trop de nourriture en parfait état de consommation termine au vide-ordures. Des jeunes l'ont prouvé en une seule nuit. Ils ont récolté 30kg de légumes en bon état qui végétaient dans les déchets de Varsovie. Le jour suivant, ils ont cuisiné de la soupe avec les aliments glanés. Et l'ont donnée aux sans-abris.

« Nous ne pouvons pas encore complètement nous affranchir des supermarchés, même si nous allons régulièrement faire les poubelles dans les environs de Wroclaw (et pas seulement à Wroclaw). Il n’empêche que nous en tirons toujours un repas exquis. Notre endroit favori, ce sont les poubelles de la chaîne de supermarchés Biedronka. Biedronka jette de grosses quantités de nourriture en parfait état de consommation et nous n'avons généralement pas assez de place dans nos sacs à dos pour ramener autant de choses que nous le voudrions. Dernièrement, j'ai rapporté chez moi quelques kilos de melons que nous avons utilisés pour préparer de délicieux cocktails. Lorsque nous étions à Gdynia, sur la côté Baltique, il nous suffisait de 15 minutes pour rassembler assez de vivres servant à nourrir sept bouches pendant deux jours.

Les gens sont en général horrifiés par le fait que nous fouillons dans les ordures. Mais lorsqu'ils mangent un repas que nous avons préparé, et qu'ils ne sont pas au courant de la provenance des aliments, ils en font l'éloge. Cela s'est en fait produit une fois: la mère de ma fiancée faisait ses courses à Biedronka pendant que nous inspections les poubelles à l'arrière du magasin. Nous avons ensuite préparé un succulent déjeuner avec des brocolis ainsi qu'un cocktail avec les ananas provenant des déchets. La mère de ma fiancée et le reste de la famille ont dégusté le repas et ont seulement découvert, quelques semaines plus tard, d'où la nourriture venait. Cela dit, ils ont plutôt bien réagi.

Cependant, les fast-food, restaurants et cafés, c'est une autre histoire. Ma fiancée a travaillé pendant longtemps dans un petit salon très connu en Pologne qui vendait des crèmes glacées. De la nourriture en parfait état était jetée quotidiennement pour la simple raison qu'elle n'était plus convenable en vitrine. Les travailleurs n'étaient pas autorisés à reprendre ces aliments chez eux. Ils devaient tout bonnement les jeter à la poubelle. C’'est une idée que nous ne pouvions pas supporter. Nous avons parfois ramené cette nourriture en cachette. Elle était un peu avariée ou tout simplement impropre à la décoration. Nous en faisions des cocktails, des desserts, ou nous la mangions tout simplement comme elle était. Selon un rapport de 2007 du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), environ la moitié de toute la nourriture produite est gaspillée tandis que 824 millions d'individus souffrent de faim chronique.

Sur les traces des végétariens

« Toute la nourriture  produite est gaspillée tandis que 824 millions d'individus souffrent de faim chronique »

Les sociétés emploient des spécialistes en marketing qui visent à utiliser une publicité persuasive, basée sur les émotions humaines. Résoudre des problèmes mondiaux n'est pas chose simple. Et le monde devrait peut être commencer par changer la façon dont il agit dans ce domaine. Les végétariens ont déjà prouvé que cela était possible. Leur nombre représente aujourd'hui 3 à 6 % de la population mondiale, selon de récentes sources. Ce qui réduit la demande en viande provenant d'animaux morts de 3 à 6%. Les « déchétariens », même s'ils ne sont pas aussi nombreux que les végétariens, agissent somme toute selon une conviction tout aussi puissante: celle qui veut que leur attitude peut changer le monde.

Photos: © narnua; © Zane Selvans