Style de vie

Ma vie à deux balles : l'univers de la débrouille en France

Article publié le 14 novembre 2013
Article publié le 14 novembre 2013

Etudiant, chômeur ou jeune travailleur, ils vivent grâce aux bons plans et aux petites combines. Ils ont érigé tout un système bien rôdé : le système D. Un web-documentaire, qui sort aujourd'hui, propose une plongée dans l'univers de la « débrouille » chez les jeunes. Instructif et pratique.

Le regard sur les jeunes adultes change-t-il avec la crise ? On entend de moins en moins les discours évoquant des « jeunes trop gâtés » par une enfance « royale », qui « veulent tout, tout de suite ». Le web-documentaire, Ma vie a deux balles, dessine à l'inverse de ces clichés le portrait de 6 jeunes aux désirs de vies modestes : l'envie de partage de quatre copines en coloc' dans une grande maison, celui de nature et de simplicité d'un couple qui vit dans une yourte, la nécessité d'aider les autres, de vivre de sa passion, de fonder une famille...

Du beurre dans les épinards

Certains ont été à la fac d'autres n'ont même pas fait le lycée. Jeanne, Morgan, Jeoffrey, Thibaut et les autres cherchent leur place dans la société, mais ils sont confrontés à la précarité et à des difficultés pour se loger, manger et se soigner. « On n'a pas de ressources financières, mais des ressources pourtant on en a plein ! », ironise Jeanne. Avec ses colocs, l'étudiante de Clermont-Ferrand cultive un petit jardin et fait les poubelles, où elle trouve facilement de quoi mettre du beurre dans les épinards.

Pour éclairer les témoignages, Ma vie à deux balles, proposent aussi l'avis d'experts. Diouldé Chartier dirige un cabinet d'études qui a créé un « observatoire du système D » grâce auquel elle a pu observer qu'aujourd'hui « les jeunes démarrent dans la vie en ne se pensant pas tout seul, mais comme faisant partie de petites unités de partage dans lesquelles ils vont faire circuler ce qu'ils ont, ce à quoi ils ont accès. » On connait depuis longtemps la colocation, mais le covoiturage se développe et les friperies ne sont plus réservées qu'aux plus démunis.

élever des poules

Dans la débrouille, il y a plusieurs tendances. Il y a ceux qui cherchent à réduire leurs coûts, comme Jeoffrey qui vit dans un foyer de jeunes travailleurs et Morgan qui habite dans une yourte pour avoir le moins de loyer à payer. Julien s'habille dans une friperie. Thibaut se restaure dans un café associatif. Et il y a ceux qui « maximisent » tout ce qui est disponible, en prenant à contre-pied la société de consommation, comme Jeanne qui récupère les invendus de supermarchés ou Noémie qui passe son temps à scruter les bonnes affaires sur les sites de petites annonces.

Dans cette esprit de partage de bonnes idées, la réalisatrice Sophie Brändström a imaginé le site comme une plateforme où les internautes pourraient poster leurs meilleures trouvailles. Par exemple, le Repair café propose de s'entraider pour réparer des objets du quotidien et leur donner une seconde vie. « Le Do it Yourself c'est comme avec les enfants, c'est l'éducation par l'exemple, il faut montrer que ça marche » s'exclame l'un des fondateurs.

Compter sur ses propres ressources

Ce « comptoir de la débrouille » est la vraie valeur ajoutée de ce web-documentaire qui manque un peu de mise en perspective, avec les témoignages d'un côté et les expertises de l'autre. La débrouille n'est pas générationnelle, elle n'est pas née avec la crise, car les gens aux revenus modestes qui essaient de s'en sortir ont toujours existé. Cécile van de Velde, sociologue de la jeunesse, souligne que ce qui a (vraiment) changé, c'est l'apparition d' « une faible confiance des jeunes Français dans la société » qui les « poussent à compter de plus en plus sur leurs ressources personnelles, leurs réseaux, leur capacité de débrouille, voire leur capacité de mobilié, en quittant la France ».

Les mentalités changent et il n'est plus mal vu de faire du recyclage, d'élever des poules ou de s'habiller avec des fringues de seconde-main. Aussi parce que les jeunes s'y retrouvent à travers les valeurs de développement durable, de solidariré et de partage qui y sont associés. Mais la débrouille pour Diouldé Chartier « c'est bien, mais il faut à un moment des formes plus stables, car une débrouille qui couvre toutes les choses de la vie, ça empêche de se poser »... et de regarder vers l'avenir, à long terme.

Regardez le teaser :