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L’UE continue d’administrer une Bosnie meurtrie par les tensions ethniques

Article publié le 24 novembre 2008
Article publié le 24 novembre 2008
Le conseil de sécurité de l’Onu a décidé les 19 et 20 novembre que la Force européenne de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (Eufor) serait encore en charge de la Bosnie pour une année.

L’accord de Dayton a stoppé les massacres du nettoyage ethnique perpétrés durant la guerre des Balkans (1992-1995). Mais cet accord international a aussi involontairement généré des entraves au bon fonctionnement d’un état multiethnique. Cela a gelé le conflit en créant deux entités largement autonomes : la Fédération croato-bosniaque et la République serbe ont chacune leur président, leur parlement, leur gouvernement, leurs police et pouvoir judiciaire. Cependant la constitution prévoit que chacun des trois groupes ethniques (Serbes, Bosniaques musulmans et Croates) a le droit de bloquer les décisions politiques si elles nuisent à l’intérêt vital du groupe.

« La communauté internationale a le devoir d’effacer les effets du génocide en Bosnie »

Certains analystes préoccupés par les droits des groupes ethniques plutôt que par ceux des citoyens, pensent que la constitution de Dayton a enfermé la Bosnie dans un cycle interminable de querelles nationalistes, comme ce fut encore le cas aux élections municipales du 5 octobre dernier. En favorisant une rhétorique raciste et le droit de véto plutôt que les problèmes locaux, les nationalistes ont rendu le fonctionnement de la Bosnie pratiquement impossible. Les principaux partis bosniaques se sont pliés aux exigences européennes de changer la constitution début novembre. Il est probable cependant que les tensions ethniques ne cessent d’augmenter.

Les visions ethniques de la Bosnie-Herzégovine

(Photo: Halbkreis/ Republic of Srpska government/ Wikipedia)Pour les Bosniaques, la République serbe est le résultat du nettoyage ethnique commis pendant la guerre. Ils l’ont acceptée sous la contrainte à Dayton. Le président de la Bosnie, Haris Silajdzic, a fréquemment appelé à la suppression de l’entité serbe. Quand Radovan Karadzic, chef de guerre et leader serbe a été arrêté et extradé pour comparaître devant le tribunal international de La Haye le 22 juillet dernier, Silajdzic a laissé entendre que cet événement provoquerait la fin de la République serbe.

« Karadzic a été arrêté mais son projet est toujours vivant et reste une menace. La communauté internationale a le devoir d’effacer les effets du génocide en Bosnie », a-t-il affirmé dans une interview pour la BBC. Il n’est donc pas surprenant que pour les Bosniaques, le renforcement central des institutions exigé par l’UE constitue une opportunité en or d’aller vers une Bosnie centralisée. Silajdzic ne cédera pas à des changements superficiels. En 2006, il a bloqué un ensemble de réformes constitutionnelles connues sous le nom d’« accords d’avril » parce que celles-ci n’allaient pas dans le sens qu’il souhaitait.

Les Serbes quant à eux, terrorisés à l’idée d’une domination musulmane, ont utilisé leur droit de veto toutes les fois qu’il y avait un signe de renforcement de la centralisation. Le premier ministre de la République serbe, Milorad Dodik, qui ne mâche pas ses mots, a menacé à plusieurs reprises d’une sécession de la Bosnie. Dans une interview télévisée, il a déclaré qu’il était prêt à « se battre » pour mener son peuple « vers l’indépendance ». Les spécialistes pensent qu’une tentative d’indépendance mettrait le feu aux poudres et provoquerait un nouveau conflit.

(wodnerduck/flickr)

Le rôle de la communauté internationale

Les Serbes s’opposent à toute nouvelle intervention. « Les étrangers ont transformé notre pays en un laboratoire international pour expérimenter des projets qui n’ont rien à voir avec la Bosnie-Herzégovine », a déclaré le serbe Nikola Spiric, premier ministre de la Bosnie, à un journal de centre-droit local le 13 septembre. Dodik a souligné que les modifications apportées à la constitution n’étaient « pas du ressort des étrangers ». Mais les politiciens comptent sur la communauté internationale. « Les Etats-Unis et l’Union européenne devraient continuer de travailler sur ce qui a déjà été fait », a affirmé pour sa part le président du Parti de l’Action Démocratique, Sulejman Tihic, dans un journal local populaire parmi les Croates du pays, le 31 août dernier.

La communauté internationale ne souhaite pas modifier la situation actuelle. « La République serbe n’a pas le droit de se séparer de la Bosnie-herzégovine. De toute façon, personne ne peut de manière arbitraire abolir la République serbe », a déclaré le député Miroslav Lajcak le 30 janvier 2008. « La Bosnie-Herzégovine est un Etat internationalement reconnu ; son intégrité territoriale est garantie par les accords de paix de Dayton et son existence ne peut être remise en cause. » Aujourd’hui, c’est la communauté internationale qui a le dernier mot en Bosnie. Le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé jeudi la prorogation pour un an du mandat de la Force européenne de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (Eufor). A la fin de cette échéance, l’Onu qui soutient la Bosnie assurera sûrement l’intérim.

Analystes et diplomates pensent que la Bosnie ne peut pas se passer de la communauté internationale pour l’instant. Au sein du pays, c’est toujours le statu quo. Cependant, la communauté internationale doit modifier son processus de réconciliation des différents groupes ethniques. Les Bosniaques doivent accepter l’existence de la République de Serbie sans la ramener constamment aux crimes perpétués dans le passé. De leur côté, les Serbes doivent arrêter de se sentir menacés par le moindre changement. Le devoir de la communauté internationale est de créer un climat de confiance entre les différents groupes afin que puissent émerger des hommes politiques modérés.