Style de vie

L'Inde, un paradis pour les végétariens ?

Article publié le 23 juillet 2013
Article publié le 23 juillet 2013

« T’es végétarienne ? Haha ! Sérieusement ? ». Mukesh se montre sceptique, et l’emmener au restaurant le plus proche pour commander un riz biryani (riz frit) aux légumes ne suffit pas à le convaincre. La plupart du temps, les Indiens se refusent tout bonnement à croire que les Européens puissent se priver de manger de la viande, de la volaille ou du poisson. 

Mais ça les amuse toujours de voir que certains puissent, bizarrement, se contraindre à un tel régime végétarien. Tout cela de notre plein gré, et pas sous l’impulsion d’une quelconque loi ou religion ! Toutefois, les végétariens occidentaux ont parfois tendance à mettre mal à l’aise les Indiens, en les mettant face à leur vice.

Des études internationales montrent certes que 42% de la population indienne est shakahari ou végétarienne, mais une telle règle n’existe que sur le papier. Beaucoup de jeunes hindous, pour qui le seul fait de penser à de la viande est proscrit, avouent qu’il leur arrive occasionnellement d’ingurgiter du poulet ou de l’agneau en douce. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’ils arrêtent de se considérer comme végétariens pour autant, ou que cela remette en cause leur régime alimentaire. Après tout, ils ne peuvent pas si souvent s’octroyer le droit de manger un poulet korma. Parce que c’est trop cher, et parce que cela tuerait leur grand-mère si elle savait.

Une règle générale veut que plus on est vieux et pauvre et plus on tend à rester un fervent végétarien. La géographie entre aussi en jeu, puisque, plus on s’enfonce dans le Sud du sous-continent Indien et plus la nourriture tend à être de nature végétarienne.

snack_knife.jpgDans les États du nord, on trouve davantage de plats à base de viande, dans la mesure où les musulmans Indiens et les Sikhs vivent aux alentours du Pendjab, du Rajasthan et de l’Uttar Pradesh. Leurs religions n’interdisent pas de mettre de la viande au menu et de fait, la volaille et l’agneau sont des ingrédients récurrents dans les restaurants et dans les dhabar (snacks). Toutefois, la plupart des fidèles de chacune de ces confessions refusent de toucher au porc et au bœuf. Les végétariens occidentaux qui s’aventurent dans les quartiers musulmans d’une ville indienne devront se montrer prudents s’ils commandent un riz biryani, car le chef, musulman, pourrait très bien servir ce plat, normalement végétarien, avec une viande de chèvre généralement peu goûteuse. Dans un pays où 99% des plats sur le menu sont végétariens, c’est certes rare, mais pas impossible. À l’opposé, on peut trouver un type de régime végétarien pur, tout particulièrement strict, dont les membres ne se contentent pas de fuir la viande mais évitent aussi les œufs, les oignons et l’ail. La logique de ce choix peut sembler obscure aux yeux d’un Européen, dans la mesure où ni l’oignon ni l’ail n’est issu d’un animal. Cependant, puisque chacun de ces bulbes peut provoquer des indigestions et des odeurs corporelles, les plus hautes castes des Hindous et des Jains considèrent qu’elles sont « impures » et préfèrent les exclure de leur alimentation.

Alors que les végétariens occidentaux seront de toute évidence félicités en Inde, comme s’ils venaient de toucher le jackpot de la cuisine sans viande, les végétaliens se heurteront toujours à l’incompréhension. 

curry_red.jpgL’idée d’interdire totalement le lait et le ghee (beurre clarifié) et par conséquent de bannir de son alimentation les produits premiers  issus de la vache sacrée peut sembler absurde pour les Indiens. Quoi qu’il en soit, il est plutôt difficile de parler en Inde d’un choix individuel de régime, qui ne serait soumis à aucun diktat religieux, dans la mesure où, pour la plupart des gens entre l’Himalaya et l’extrémité Sud du sous-continent, le fait que des Européens, apparemment si riches et si biens nourris, puissent devenir si difficiles est incompréhensible. Quelque soit le pays ou la culture, les préférences culinaires sont difficiles à expliquer. Déterminée à raisonner éternellement selon une logique rationnelle, j’invite Mukesh, un hindou, et Sahil, un musulman, à discuter de leur position concernant la viande. « Tu as déjà essayé le bœuf ?! Oh mon dieu, maintenant je ne peux plus être ton ami ! ». Mukesh a l’air terrifié mais, quand il avoue que le porc a en réalité bon goût, Sahil le regarde comme s’il était sur le point de vomir. « T’es dingue ! Tu peux pas manger des cochons, ils sont sales ! ». Alors qu’ils étaient sur le point de mettre fin à leur longue amitié, je me suis retrouvée piégée au milieu, dans ma position de végétarienne, en train d’essayer de mettre fin à leur dispute de manière coupable. Ce que nous mangeons ne devrait-il pas être insignifiant, tant que tout le monde peut avoir la nourriture qui lui cause le moins d’indigestion possible ? Au final, nous avons choisi de partager un riz biryani végétarien, au moins un plat que tout le monde peut consommer, peu importe sa religion.