Style de vie

L’Euro 2012 en Pologne et en Ukraine : une vraie pagaille

Article publié le 10 octobre 2008
Article publié le 10 octobre 2008
Impossible d'affirmer avec certitude que l’Euro de foot se déroulera en Pologne et en Ukraine en 2012. Connections routières, construction de stade et hooliganisme : les problèmes s’empilent pour deux partenaires très peu solidaires.

Debout au milieu d'une prairie située en périphérie de Lviv, Ostap Protsyk se montre optimiste sur le financement du futur stade européen : « C’est sur ce terrain que s’affronteront dans quatre ans, les plus grandes équipes européennes », affirme le chef de cabinet du maire de Lviv. En Ukraine occidentale, tous les regards sont tournés vers la banque de crédit pour la reconstruction, dans l'espoir qu’elle débloque rapidement le capital nécessaire à la construction du stade, soit quelques cent millions d’euros. Au dessus de la tête d’Ostap Protsyk, un avion de la compagnie aérienne à bas prix hongroise Wizzair, traverse le ciel.

P.J.S./flickrCe sont des avions similaires qui devraient bientôt résoudre les problèmes de trafic colossaux auxquels doit faire face l’Ukraine. Du moins, c'est ce qu'espère Oleksandr Sahrewa. Le directeur de l'aéroport, les deux pieds campés sur la piste d’atterrissage bétonnée, évoque le projet d’allongement de la piste et de construction d’un nouveau terminal. Le tout pour un montant de plus de 200 millions d’euros : « Lors de leurs visites en Ukraine, les inspecteurs de l’UEFA ont aussi examiné nos aéroports et nos plans d’agrandissement. Ils semblent répondre à leurs attentes », se réjouit Oleksandr Sahrewa.

Point noir : le hooliganisme

Depuis quelque temps, Michel Platini, le président de l'Union des associations européennes de football, émet des doutes par rapport au degré de préparation des deux pays organisateurs. La fin de l’Euro 2008 à peine sifflée, il s’est envolé vers Kiev et Varsovie pour faire l’état des lieux en Pologne et en Ukraine. Fin du mois de septembre, le comité exécutif de l'UEFA s'est réuni à Bordeaux, afin de discuter, entres autres, du championnat d'Europe de 2012. Outre les stades et le trafic, ce qui préoccupe l'Union, ce sont les problèmes de corruption et de sécurité. Dans les deux pays, le hooliganisme fait des ravages. Il y a un mois, à Varsovie, après un derby local entre Polonia et Legia, la police a arrêté pas moins de 741 casseurs présumés qui s’étaient livrés à une bataille rangée dans la vieille ville. Presque tous ont aujourd’hui retrouvé la liberté.

(Slawek's/flickr)Il n’existe aucune banque de données centralisant les informations concernant les hooligans les plus violents, comme on en trouve en Europe occidentale. Dans le hall d’entrée de la fédération polonaise de football (PZPN) située rue Miodowa, les murs prennent la poussière. Un coup de peinture ne ferait pas de mal, mais ce que son président, Michal Listkiewicz, voudrait vraiment, c’est davantage de temps. « Si l’on parlait du championnat d'Europe 2016, nous serions prêts sans aucun problème », affirme-t-il. Tout comme son homologue ukrainien Grigorij Surkis, Listkiewicz a soutenu la candidature de Michel Platini à la présidence de l’UEFA en janvier 2007. Trois mois plus tard tombait la décision en faveur de l'organisation du championnat d'Europe par la Pologne et l'Ukraine en 2012. Lorsqu’il a appris la nouvelle à Cardiff, au Pays de Galle, Litzkiewicz a virevolté de joie dans toute la salle de banquet, serrant dans ses bras l’ancien ministre des sports polonais Tomasz Lipiec. Depuis, ce dernier a été arrêté pour faits de corruption.

Ce n’est pas nous, c’est les autres

Listkiewicz cherche à savoir qui est responsable des difficultés que connaît l’organisation du championnat européen de 2012, mais de préférence du côté de son partenaire polonais. « À Danzig, la construction du stade a posé problème à cause des jardins ouvriers », déplore-t-il. Dans le quartier de Letnica, les jardiniers amateurs réclament des indemnités. Parmi eux, Witold Baginski. Lorsqu’il évoque les week-ends passés dans sa datcha, les larmes lui montent aux yeux. Depuis l’arrivée des pelleteuses, sa vie a changé. Le championnat d’Europe 2012, cela ne l’intéresse pas, pas plus que la Baltic Arena, qui devrait être érigée sur le sol de son jardinet. Tout ce qu’il veut, c’est être dédommagé. Mais Pawel Adamowicz, le maire de Danzig, n’en a pas les moyens pour l’instant. En effet, les investisseurs privés n'ont pas encore apporté leur soutien au stade de Danzig. « Avant de poser la première pierre du stade, nous devons encore rembourser quelques emprunts. Ou demander l'ouverture d'un crédit. » En tout, le projet Baltic Arena devrait coûter 230 millions d’euros.

Pas d’autoroute vers l’Ukraine

kadbucketcreations091/Flickr

« Notre talon d’Achille, c’est le trafic », poursuit Listkiewicz, le président de la fédération. Et de se plaindre : « Le trajet de Danzig à Donezk est quand même long de 1 500 kilomètres ! Ce n’est pas comme en Suisse et en Autriche où l’on rejoignait les différents stades d'un saut de puce. » Depuis la visite de contrôle de Michel Platini, Listkiewicz a cessé de démentir les problèmes. Au contraire, il a pris le parti de les reconnaître. « Il faut être réaliste : nous ne pourrons pas rendre nos axes routiers parfaits d’ici 2012 », avoue-t-il. Il y a quelques jours à peine, le ministère des transports polonais a annoncé que le projet d’allongement de l’autoroute A4 en direction de l’Ukraine n'aboutirait pas. En Ukraine, on ne parle même pas d'autoroutes. Le réseau des routes interurbaines est saturé. Pour rallier Lviv à la capitale Kiev, il faut une journée entière, alors que seulement 500 kilomètres séparent les deux villes.

(BiLK_Thorn/flickr)La crise qui touche le gouvernement ukrainien depuis des mois entrave le bon fonctionnement de l’administration. L’intellectuel ukrainien Andrij Pavlyshyn, réputé pour ses analyses différenciées, ne voit qu’une manière de régler le problème et elle passe par le soutien absolu des oligarques. Il estime que l'Etat n'est pas en mesure d'agir. Ce contexte accroît les doutes de Michal Listkiewicz, le président de la fédération polonaise de football, par rapport à son coorganisateur. « L’Ukraine et la Pologne forment une famille », conclut-il, en parlant du choix de son partenaire. « Mais si les choses ne se passent pas comme prévu et que l’UEFA envisage de faire appel à un autre partenaire, nous n'y verrons aucun inconvénient. »