Style de vie

Les révélations d'une stagiaire à la Fashion Week de Milan

Article publié le 9 octobre 2015
Article publié le 9 octobre 2015

Voici les coulisses de la Fashion week milanaise racontées par une étudiante de 25 ans fraîchement diplômée, confrontée à son premier stage dans une revue de mode. Elle nous fait part de son expérience entre l’hystérie des rédacteurs en chef qui veulent du Dr Pepper Zero à tout prix, une salade césar et toutes sort d'improbables choses.

Déjeuner au centre, derrière le quadrilatère de la mode. Les ordres arrivent. Le serveur m’amène mon panini rosbif, poivrons grillés et chèvre, et apporte à Elisa une salade césar où même l’huile et le vinaigre semblent être des graisses saturées en trop. Rien que par le menu, on perçoit déjà une certaine différence.

Elisa a 25 ans, elle est fraîchement diplômée de l’université de Milan, et vient d’être embauchée en tant que stagiaire dans une revue de mode américaine : la raison pour laquelle elle parle en anglais avec sa responsable, alors qu’elles sont toutes les deux Italiennes. Son premier jour à la rédaction coïncidait avec le début de la Fashion Week. Six jours interminables : « le réveil sonnait à 5h 30, je commençais mes journées à 7h et je n’ai jamais quitté le bureau avant 2h du matin ».

New YorkLondresMilan, Paris  sont les étapes du grand mois de la mode… Pour ceux du secteur, c’est un second nouvel an. La période idéale pour les bonnes résolutions. La première ? Arrêter de porter le tartan.

« Je n'ai pas la fantaisie d'y aller »

Pendant le déjeuner, Elisa raconte les coulisses de la Fashion week de Milan. Elle finit parfois elle aussi au premier rang : « Cette semaine, à la rédaction, nous avions aussi les rédacteurs en chef de New York Londres et Paris. Si l’un d’eux n’avait pas envie de participer à un évènement, il m’y envoyait à sa place. Il est aussi arrivée que l’une d’elle n’ait pas été mise au premier rang et ait refusé d’aller au défilé ». Elisa a ainsi pu voir le show de Dsquared2, suivre le lancement d’une ligne de cosmétique ainsi que l’ouverture du nouveau magasin de Krizia. De petites choses, si l’on considère que rien que le premier jour prévoyait 20 défilés.

Mais comment ça se passe alors ? « Les jours précédents il est d’usage que les stylistes envoient toute sorte d’objets pour t’inviter, ou plutôt pour te donner envie de venir. » Chaque invitation se lit comme une avant-première de l’évènement. Plus elles sont élaborées, plus elles suscitent la curiosité. En revanche, font très vite passer l’envie : « la rédactrice de New York a pris en main une carte marron et or, peut-être de Trussardi, et a dit qu’"elle n’avait plus la fantaisie d’y aller" ». L’invitation la plus étrange ? « Celle de Moschino. Jaune et noire, comme la signalitique des travaux sur la route, avec des housses en forme de spray pour les vitres. Quand les gens l’ont vue tout le monde avait envie d’aller voir le spectacle. » Et le show valait la peine d’être vu. Panneaux de signalisation, goudron, des rouleaux pour laver les voitures et des couleurs criardes plein la vue. Moschino au meilleur de sa forme.

La dure vie de stylistes

Est-il possible de dire du mal du travail d’un styliste ? « Pas vraiment. S’ils ont des contrats avec les marques, c’est-à-dire s’ils t’achètent des pages publicitaires, et que la collaboration dure depuis des années, le défilé sera difficilement critiqué. » Le politiquement correct impose une légère critique, sophistiquée, qui vous invite tout juste à faire mieux pour la collection d'hiver. Et quand n’y a pas de rapport avec la marque ? « Dans ce cas c’est la liberté totale. »

Les querelles internes sont différentes. « Certains magazines n’ont pas été invités par Dolce&Gabbana ». Il serait plus correct de dire qu’ils ont été chassés. « Parce que l’année dernière, ils ont préférés se rallier du côté d’Elthon John, lorsqu’il a appelé à boycotter la marque à cause de ses déclarations sur la famille homosexuelle ». (Domenico Dolce, l’un des deux stylistes et fondateurs de la marque dans une interview à l’hebdomadaire italien Panorama paru le 11 mars 2015, s’était exprimé en faveur de la « famille traditionnelle » Ce qui, dans son esprit, revient à s’élever contre toute forme de procréation assistée. Quatre jours plus tard, sur Instagram, Elton John, père de deux enfants nés d’une mère porteuse, interpelle le styliste et crée le hashtag #BoycottDolceGabbana, ndlr).

Légendes et Dr Pepper

Les bruits de couloir et autres complots disent-ils vrais ? Sont-ils d’actualité ? « Seulement ceux qui concernent le système de la mode. » Lorsque je pense aux revues de mode, je m’imagine « Runway » de Miranda Priestly dans Le Diable s'habille en Prada. « Au début moi aussi je ne pensais pas pouvoir survivre dans un monde pareil. Il existe vraiment des gens qui ne peuvent pas vivre sans telle paire de chaussure ou qui deviennent fous pour un sac. Personne ne t’aide, toute le monde te met des bâtons dans les roues. Si tu ne fais pas ce qu’on te demande, tu es renvoyé. » Et ce n’est pas une exagération. « La rédactrice de Londres s’est énervée parce qu’elle voulait une canette de Dr Pepper Zero pour la chronique : c’est introuvable à Milan, et elle m’a dit que si je ne lui apportais pas, je pouvais lui faire mes adieux. »

Et concernant les garde-robes de rêve au bureau ? « C’est malheureusement une légende. Même si un soir je devais aller à une fête d’Armani. C’est-à-dire que j’étais la représentante de la rédactrice de Paris. Et je n’avais rien à me mettre. Armani avait avec lui tous les restes des défilés et m’a dit de choisir une robe. » L’armoire du Diable s’habille en Prada n’existe pas. Et s’ils t’envoient des vêtements, des accessoires pour un shooting ou un défilé, tu peux les garder ? Non. « Juste un dossier recouvert de fourrure de lapin. Et une paire de gourde ». Recouvertes de fourrure ? « Vaut mieux pas que je te le dise »

Pour préserver l’anonymat de la protagoniste, le prénom de la jeune femme et certains détails de l'histoire ont été changés.

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Article rédigé par la rédaction de cafébabel Milano. Toute appellation d'origine contrôlée.