Style de vie

Les Recettes de la Faim : livre destiné aux Grecs affamés

Article publié le 16 mars 2012
Article publié le 16 mars 2012
Les Recettes de la Faim, le récent ouvrage de l'historienne Eleni Nikolaidou, ne devait en fait pas être un livre de cuisine. Mais en ces temps de crise, les recettes historiques datant de l'occupation allemande en Grèce semblent avoir l'étoffe d'un futur bestseller.

Elle a rédigé des livres sur le poète Sophocle et sur la bataille de Salamine. Elle a rendu hommage au mathématicien Archimède et elle a ranimé l'histoire des Jeux Olympiques de la Grèce antique. Mais l'ouvrage le plus récent de l’historienne grecque Eleni Nikolaidou semble avoir l'étoffe d'un bestseller. Pour Les Recettes de la Faim, de plus en plus de Grecs payent volontiers 12,90 euros, probablement pas dans l'espoir d'épargner de l'argent avec la lecture. Parce que les Grecs touchés par la récession et le chômage doivent lever le pied sur les dépenses, notamment celles des denrées alimentaires. L'ouvrage explique comment on peut manger à sa faim même à partir de peu de choses.

Mais Eleni Nikolaidou n'a pas vraiment écrit de livre de cuisine. Elle a trié dans les archives pendant 18 mois plusieurs milliers de journaux grecs datant de 1941 à 1944. Il s'agissait de l'ère de l'occupation allemande durant la Seconde guerre mondiale. « L'idée m'est venue lorsque je suis tombée par hasard sur cette Une d'un journal de l'époque : ‘Comment récupérer les miettes de pain ?’ », raconte Nikolaidou. « Cela a éveillé ma curiosité. »

Soupe aux haricots sans haricots

Dans les journaux des années de guerre, Nikolaidou a rapidement découvert une multitude de recettes grâce auxquelles, même dans d’extrêmes conditions, on peut nourrir tant bien que mal toute une famille. À l'époque il était pratiquement impossible de se procurer de la viande. Par conséquent les Grecs préparaient des « petites boules de viande » à partir de blé concassé. Raisins, olives, herbes sauvages, chou et quelques céréales étaient les denrées alimentaires de base à partir desquelles les ménagères devaient mitonner un repas aussi nourrissant que possible.

Nikolaidou a également découvert dans les journaux de l'époque le conseil suivant : « Mâchez votre nourriture le plus longuement possible, vous aurez plus longtemps l'impression d'un estomac bien rempli. » À l'époque on ne jetait rien. Même à partir des épluchures de pommes de terre et des restes de légumes, les ménagères concoctaient un bouillon.La période dont sont issues ces recettes de la faim était particulièrement sombre pour les Grecs. Durant l'hiver 1941-42, 300 000 personnes sont mortes de faim et de froid en raison du manque de combustible et d'aliments réquisitionnés par l'occupant allemand. « Toutes les nuits j'entendais des gens gémir à cause de la faim et tous les matins, le nettoyage des rues passait avec une charrette pour récupérer les morts. », se souvient l'ancien Premier ministre grec Kostas Mitsotakis, aujourd'hui âgé de 93 ans.

La situation du pays n'est naturellement pas aussi désespérée que lors de la guerre. Mais il y a quand-même de nombreux Grecs qui ont faim : l'église orthodoxe à elle seule nourrit 250 000 personnes chaque jour dans le pays. À Athènes les queues devant les soupes populaires s’allongent. Les professeurs enseignent à des écoliers qui viennent en cours sous-alimentés et affamés. D'après les statistiques d'Eurostat, déjà près de 28% des Grecs vivent sous le seuil de pauvreté. Cela représente plus de trois millions de personnes.

L'auteur de cet article, Gerd Höhler, est le correspondant du réseau d'Europe de l'Est n-ost.

Photos : une (cc)außerirdische sind gesund/Ralph Aichinger; Patate (cc)ian boyd/ianmarkboyd on Youtube/flickr