Style de vie

Les polyamoureux : toi, toi, mon toi

Article publié le 31 octobre 2014
Article publié le 31 octobre 2014

Soyons honnêtes, nous sommes tous à la recherche du grand amour. Mais est-ce que ça veut forcément dire qu’on ne le trouve que chez un seul partenaire? Ou la quantité est-elle un atout en amour et plus j’ai de partenaires, plus je suis heureux ? En ce qui concerne les polyamoureux, oui. Ces personnes qui n’aiment pas juste une personne mais plusieurs à la fois.

Louisa Leontiades, qui vit en Suède, vit le polyamour. À côté du père de ses deux fils, elle a encore un petit ami. Tous se connaissent et acceptent les autres partenaires. Même ses quatre beaux-parents connaissent chacun ses deux partenaires. Pour elle, se forme un réseau de personnes qu’elle aime. Amour, sexe et tendresse. À première vue, ça ressemble à l’amour libre et à une relation ouverte. Ça ressemble à une chose faite pour les gens qui ne veulent pas avoir d’obligations et qui veulent changer de partenaire sexuel comme de chemise. Alors, amour, sexe et tendresse pour tout un chacun ? Oui et non. C’est un petit peu différent. Le polyamour n’est pas automatiquement une relation libre. Il n’en va pas que de sexe, mais aussi d’amour. Il en va de grands sentiments et de vraies relations. À chacun de choisir si ces relations sont libres ou non. « En quoi cela diffère-t-il de l’infidélité ? », pourrait-on se demander. Tous sont au courant et l’acceptent, voilà la différence. Et ce n’est pas toujours chose facile. Surtout quand la jalousie entre en jeu. Pour Louisa, la jalousie est toujours un sentiment qui tire ses racines dans d’autres sentiments négatifs. Être honnête envers soi-même et les autres serait le plus important en polyamour. C’est ce que pense aussi Christopher Gottwald, chargé de presse du réseau de polyamoureux d’Allemagne. Il vit lui même en polyamour et souligne que le plus important est avant tout de parler honnêtement et intensivement de tous les sentiments. Il définit chaque relation comme un « voyage d’exploration vers soi-même ». 

Christopher Gottwald pense que vivre en polyamour serait tout simplement aussi plus adapté à notre époque. Il faut voir la chose de façon réaliste à une époque où la fidélité n’est plus quelque chose de cool. Ainsi, d’après une étude de l’Ifop, plus de 50 % des hommes interrogés en Espagne, en Belgique, en France et en Italie reconnaissent avoir déjà été infidèle une fois. Ils étaient légèrement moins en Allemagne et en Angleterre. Peut-être que les polyamoureux sont simplement plus honnêtes envers eux-mêmes et les autres. 

Le débat autour du polyamour se présente de manière différente au sein de l’Europe. Dans le groupe Facebook des polyamoureux de Grèce, Lisa Aphrodite commentait par exemple : « Le polyamour est malheureusement un concept très nouveau pour la Grèce et on ne lui porte que très peu d’attention. Les médias n’en parlent presque jamais et quand ils le font, c’est de façon péjorative. » Dans d’autres pays, le sujet est déjà plus présent dans la société. D’après les médias, le nombre de polyamoureux en Allemagne serait de 600. Les polyamoureux s’estiment eux-mêmes à 10 000, en se basant sur le nombre de membres dans les associations et de participants lors de rencontres organisées. Cela montre clairement à quel point le public prend le polyamour peu au sérieux. Cette forme de relations est si peu considérée, qu’aucune étude n’a encore été menée sur le sujet et les chiffres officiels manquent.

Au niveau national, la polygamie n’est autorisée dans aucun pays européen, bien que les lois à ce sujet deviennent plus souples, en particulier pour les citoyens musulmans, comme l’a montré le cas d’un mariage polygame il y a peu aux Pays-Bas. D’après Christopher Gottwald, il s’agit d’une limitation évidente du droit à l’épanouissement. De la même manière que la vie en couple de personnes de même sexe  devrait être reconnue légalement, les relations et les mariages polyamoureux devraient eux aussi être possibles. Après tout il ne s’agit pas seulement d’amour libre et de « tout le monde peut avec tout le monde », mais le fait est aussi que par exemple, le droit de succession et le régime fiscal ne sont pas adaptés aux relations polyamoureuses. Ainsi, si l’on regarde les choses en face, les polyamoureux sont clairement discriminés en Europe. À côté de cela, le polyamour et la polygamie ne sont pas des phénomènes nouveaux. Le néologisme « polyamour » (du grec poly : plusieurs et du latin amor : amour, nda) n’est certes utilisé que depuis les années 90, mais le concept de polyamour existe toutefois depuis l’antiquité, comme l’estime l’éducateur social Thomas Schroedter de l’Université de Paderborn.

Pourquoi alors en faire toute une histoire ?

Pourquoi nous accrochons-nous si fort aux anciennes valeurs que sont la relation  monogame et le mariage avec un seul partenaire ? Il n’y a pas d’explication biologique à la relation à deux. D’après Schroedter, l’église était la principale défenseuse du concept de monogamie. Dans un premier temps, la monogamie aurait été un concept sociétal qui avait pour but de maintenir les conditions d’héritage. Dans le patriarcat, c’est avant tout la femme qui devait vivre en monogamie afin de garder les liens de parenté au clair. Avec les années, la monogamie a résisté au temps et est aujourd’hui une convention sociétale, comme le fait de porter des vêtements en public.

Polyamour pour tous ?

« Si tu n’es pas prêt à affronter la complexité qu’entraîne chaque relation, ce n’est probablement pas fait pour toi. Car le temps que les autres consacrent à leurs passe-temps, je l’investi dans mes relations, bien que je ne définirait jamais le polyamour comme un passe-temps. C’est plus que ça », affirme Louisa Leontiades. La question du temps pourrait, d’après Thomas Schroedter, contribuer au fait que le polyamour devienne un bien de luxe pour l’élite cultivée. Car le citoyen cultivé a tendance à avoir plus de temps et d’énergie à donner à ses relations qu’un ouvrier de chantier. Le polyamour deviendra-t-il bientôt la forme de relation des êtres riches et intelligents ?

Nous n’allons probablement pas voir éclater la grande révolution de l’amour. La monogamie est le standard et elle le restera certainement encore longtemps. Et ce n’est pas un problème si c’est comme ça. Les polys ne luttent en effet pas contre la monogamie, mais pour la « liberté de pouvoir faire son propre choix », comme le décrivent pertinemment Leontiades et Gottwald. Voilà ce qui est important : de la tolérance et de l’acceptation pour tous les types de relations. Qu’elles soient monogames ou polyamoureuses, ouvertes ou strictement fidèles. Un petit peu d’ouverture d’esprit n’a jamais fait de mal à personne.