Style de vie

Les Chinois, sportivement compétitifs

Article publié le 6 août 2008
Article publié le 6 août 2008
Les Jeux olympiques de Pékin sont l’occasion où jamais de se plonger dans le monde du sport en Chine. Car dans le secteur marchand comme dans la course aux médailles, le modèle chinois se libéralise et les athlètes tiennent tête dans de nombreuses disciplines. Grâce à un savoir ancestral.

Démontrer l'habileté physique est un aspect fondamental de la culture chinoise. Car comme dans le modèle cinématographique du wixapian, genre épique chinois, le corps permet de se représenter l'idée d'un monde, sa logique et son propre besoin d'ordre et d'union. Les Olympiades en Chine sont donc l’occasion de voyager dans le monde sportif du pays au soleil levant. De nombreux commentateurs soutiennent d’ailleurs que le choix de la date de cet événement n'a pas été laissé au hasard. Les compétitions débutent le 8 août 2008 à huit heures du soir (8/8/8/8). 

wikipediaCe chiffre est le numéro de la chance que représente le serpent, le cycle infini dans la Kundalinî (une philosophie indienne qu’on peut relier au Yoga, largement diffusée en Chine). Sur de nombreux blogs et sites d'information populaires, la superstition sur cette suite de 8 est largement commentée. On fait références à plusieurs événements : les affrontements au Tibet se sont déclarés le 14 mars (1 + 4 + 3 font justement 8), le tremblement de terre dans le Sichuan le 12 mai (1+ 2 +5, même résultat). Numérologie et rites à part, la Chine s'apprête à vivre cet événement avec intensité. Le sport est un aspect central de la culture du pays asiatique depuis environ 4 000 ans. De la dynastie Zhou (1066-771 av J-C) à aujourd'hui des formes archaïques de culturisme, tir à l'arc, jiaodi (sorte de lutte libre), jujitsu, polo et football se sont succédé.

Le sport et la communauté

L'histoire chinoise est liée à une conception différente du sport. Principale célébration du physique dans la culture occidentale depuis Athènes, en Orient le sport permet d'achever l'être humain dans son union avec le cosmos. Dans la Chine communiste, le substrat philosophico-religieux devient une éthique politique : l'individu n'excelle pas pour lui-même mais en tant qu’une part de la communauté entière. Un élément qui forme l'ensemble.

Depuis 1995, le gouvernement a promu un programme national pour la diffusion et la pratique des activités physiques : on compte 620 000 sportifs entre stades et piscines. L'espérance de vie a augmenté de 3,25 ans et des sports jusqu'alors peu pratiqués comme le bungee jumping, l'équitation, le bowling, le skateboard, la boxe féminine ou encore le taekwondo se sont répandus parmi les jeunes.

Maggie Rauch, directrice du site américain China Sports Today, considère qu'une grande attention est depuis toujours portée au sport : « Les Jeux Olympiques ont seulement accéléré une tendance de fond. » Aux traditionnelles écoles de ping-pong (Deng Yaping reste le plus grand joueur de tous les temps), taijiquan (ou shadow boxing), xiangqi (les échecs chinois), weiqi (l'antique Go) et de badminton, se mêlent désormais des centres à l'avant-garde qui se sont désormais affirmés dans des disciplines dans lesquelles les Européens et les Américains sont depuis toujours favoris.

Des Chinois à la NBA

(Photograffiti Shangai/flickr)Ce n'est qu'à partir de 1994, sauf pour le football, que les financements étatiques ont été substitués par des investissements privés. Les télévisions commerciales acquièrent les droits de retransmission des grands événements et le professionnalisme s'est peu à peu développé. Ainsi, Yao Ming est le premier basketteur chinois à entrer dans la NBA, suscitant l’engouement de millions de garçons pour le basket, souvent les fils de ceux qui avait été fascinés par le jeu spectaculaire de Maike Qiaodan, ou plutôt Mickaël Jordan !

Le foot cherche une légitimité internationale en s'enrichissant de l'expérience de techniques étrangères : l'entrainement de l'équipe nationale est désormais confié au serbe Vladimir Petrović. Alors que la popularité du rugby s'accroît de jour en jour au point d'en faire le sport officiel de l'armée (Zhang Zhiqiang est même le premier asiatique à jouer dans une équipe anglaise, en l’occurrence, les Leicester Tigers), l'exploit de Zheng Jie au dernier tournois de Wimbledon a donné envie à de nombreuses filles de se lancer dans le tennis. Par ailleurs, Ding Junhui est un des dix meilleurs joueurs de billard au monde. 

Le baseball et le golf restent des points noirs, ce dernier étant carrément déconseillé par le gouvernement qui pense que les terrains de jeu sont un inutile gaspillage de fonds et de domaines publics. En revanche, la médaille d'or est en bonne voir dans le monde de la natation et du plongeon, dans lesquels les champions Guo Jingjing et Tian Liang. Deux stars qui servent désormais de support publicitaire pour des campagnes internationales.

(pfcdayelise/flickr)

Trop de bureaucratie

Cette commercialisation progressive du sport rapproche toujours plus la République populaire des modèles capitalistes libéraux de l'occident. Maggie Rauch soutient que « le sport en Chine suit les changements du modèle économique du pays, qui tend à imiter le marché. » Un modèle rigide et bureaucratique empêche évidemment aussi aux équipes d'être vraiment compétitives et la Chine « s'est rendue compte que pour connaître des succès, elle se doit d'adopter un modèle plus ouvert y compris au niveau sportif. » Et les résultats des Olympiades ? « Je ne saurai vous dire discipline par discipline, mais je suis prête à parier de nombreux yuan que le Chine occupera de nombreuses places sur les podiums et même qu'elle récoltera beaucoup de médailles d'or. »

Pour ceux qui veulent en savoir plus (et qui lisent couramment l'italien), un livre vient de sortir : Il podio celeste, histoire de l'éducation civique et du sport en Chine, de Pietro Angelini et Germana Mamone qui ont enquêté justement sur la diffusion des sports au sein de ce pays immense.