Style de vie

Le vin chaud original «made in» Allemagne

Article publié le 10 décembre 2009
Article publié le 10 décembre 2009
Punch suédois, grog et « Feuerzangenbowle »… ou comment les Européens se réchauffent en buvant un petit coup pour affronter le froid de l’Avent. Hip !

Les Européens du Sud crieraient sûrement au scandale si leurs vins de terroir passaient à la casserole chaque hiver pour réchauffer les gosiers frigorifiés. Heureusement, la tradition du vin rouge chauffé et sucré, aromatisé aux délicates saveurs de Noël, l’original « Glühwein » allemand, ne fait vraiment recette qu’en Europe du Nord, dans des régions où l’on va délibérément se cailler sur les marchés de Noël, en plein courant d’air et les doigts congelés mais vite engourdis au contact d’un bon verre dégageant le doux parfum de l’Avent…

En matière de vin chaud pourtant, le derby Europe du Sud et Europe du Nord disparait très vite : il suffit de remonter le fil de l’Histoire et d’atterrir chez les Romains qui n’ont jamais caché leur fascination pour ce cher Bacchus et leur goût prononcé pour le vin aromatisé au miel, au poivre et au laurier - boisson qu’ils prénommaient « Conditium Paradoxum ». Mais le « Glühwein », le vrai, obéit à une recette traditionnelle qui ne laisse pas de place à l’improvisation. Les ingrédients utilisés sont les suivants : zestes d’orange, bâtonnets de cannelle, gousses de vanille et clous de girofle.

Mais ce ne serait pas vraiment l’Europe s’il n’y avait pas une recette par pays ! En Pologne par exemple, on prépare le « grazniec » plutôt selon la recette romaine, c’est-à-dire avec du miel ; tandis qu’en Scandinavie, le « glögg » (comme on l’appelle au Danemark et en Suède – « le glogg » en Norvège ; et le « glögi » en Finlande) est un mélange de vin et d’alcool de céréales ou de vodka. Cette boisson est également surnommée « punch suédois » en Allemagne. Il trouve ses origines dans l’Inde colonisée par les Anglais : la compagnie des Indes britanniques est un jour du 17e siècle revenu en Europe avec dans ses cales, ce mélange hindou concocté à base d’Arrak (du schnaps de canne à sucre), de sucre, de citron, de thé, d’épices et d’un peu d’eau… qui est vite devenu un breuvage très tendance chez les Tories. Même Mozart la connaissait ! « Le ‘punch’ et la pipe à tabac, voilà la panoplie anglaise », écrit-il à son ami Hageanauer. Si un seul ingrédient indien manquait sur un navire britannique, on s’arrangeait avec la recette pour se faire un bon « grog » (« le rhum est nécessaire, le sucre est un plus et l’eau peut tout gâcher », dit-on aussi en Allemagne pour obtenir sa ration Royal Navy ).

Un film devenu culte est regardé tous les ans par les étudiants allemands...

Le « Feuerzangenbowle » rafle la mise en Allemagne. Pour préparer ce « cocktail explosif» de Noël, il faut s’armer d’une pince (fabriquée spécialement par la marque FZbowle), d’un pain de sucre (de forme conique…) et d’une grosse marmite. A cause de leur apparence liquoreuse et de leur couleur semblable, le « Krambambuli », une liqueur de genévriers fabriquée dans une usine de Danzig, et le « Feuerzangenbowle » ont chacun marqué les années étudiantes au 19e siècle. Et la tradition s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui, notamment, grâce au film culte Die Feuerzangenbowle (1944) avec l’acteur Heinz Rühmann, une adaptation du roman de Hans Spoerl. Encore aujourd’hui, ce film est projeté dans les amphis à la fac, où les étudiants se réunissent en masse pour fêter l’événement à la bougie et trinquer avec des éprouvettes en guise de verres.

La véritable recette du Feuerzangenbowle 

(Pour 4 personnes)

Une orange non traitéeUn citron non traité 2 litres de vin rouge (du vin de table, non corsé) 150 ml de jus d’orange Du rhum selon l’envie Un bâton de cannelle 6 clous de girofle 1 pain de sucre 1 pince pour cheminée Le DVD du film « Feuerzangenbowle »

Tranchez la moitié de l’orange puis découpez la peau de citron en spirale. Pressez les fruits restants. Faites réchauffer le vin dans une casserole et y ajouter le jus des fruits tout juste obtenu. Incorporez les zestes et les épices dans la casserole et faites bouillir le tout. Posez la pince sur la casserole et déposez-y le pain de sucre… Versez dessus la dose de rhum qui vous convient, et craquez une allumette ! En flambant, le sucre fond dans le vin chaud… C’est bientôt prêt ! Vous pouvez vous assoir sur le canapé et appuyer sur « play » ! Joyeux Noël !

Crédits photos : Le Big Z/flickr; devlyn/flickr; AndiH/flickr