Style de vie

Le football polonais se remet en piste

Article publié le 5 novembre 2008
Article publié le 5 novembre 2008
En prévision de l’Euro 2012, le gouvernement en place à Varsovie espère lutter contre la corruption qui gangrène à grande échelle le petit monde du football polonais. Et place quelques espoirs dans le nouveau président de la ligue polonaise : Grezgorz Lato, emblème nationale du ballon rond.

Pour mémoire : Grezgorz Lato, vieux briscard du ballon rond national, trônant depuis 1974 dans le cœur des Polonais comme le roi des gardiens de but, et Zbigniew Boniek, lui aussi ancien joueur de carrure internationale, très aimé sur les bords de la Vistule, aujourd’hui partenaire du président de l’UEFA Michel Platini, étaient appelés à reprendre en mains avec succès les destinées du football polonais. C’est finalement Grezgorz Lato qui remplace Michal Listkiewicz, le président sortant de la ligue polonaise de foot (PZPN). En espérant qu’il fasse mieux niveau lutte contre la corruption… Mais dans tout le pays, on a fini par se lasser des annonces récurrentes promettant d’en finir avec la corruption sans que personne n’en voit jamais la couleur.

Trafic d’influence et scandales en cascade

(Slawek's/flickr)Depuis deux ans, la police a procédé à 116 arrestations parmi les joueurs, les entraîneurs et les fonctionnaires inculpés tour à tour de manipulations ou de matchs truqués. Pour tenter de faire la lumière sur le vaste réseau de corruption et de trafic d’influence que constitue ce scandale, le Tribunal de Wroclaw (Breslau) qui s’est saisi de cette affaire a demandé une audition générale de toutes les personnes concernées. Malgré cette exigence, Michal Listkiewicz s’est décommandé la semaine dernière en prétextant qu’il devait d’être présent à une commission de l’UEFA dans le cadre d’une affaire d’arbitrage. Depuis, la fièvre corruptrice qui ravage le football polonais est montée d’un degré. C’est au tour de Janusz Wójcik, un ancien joueur très influent de passer sous les fourches caudines de la magistrature qui le reconnait coupable d’avoir manipulé 11 joueurs. D’autre part, le fisc l’accuse d’avoir détourné environ 10 millions de zlotys des caisses de la ligue de football polonaise afin de pouvoir payer des droits de retransmission télévisée.

En octobre, à l’occasion d’un congrès sur les liens entre la politique et le football qui se tenait au château de Neuhardenberg à la frontière germano-polonaise, Marek Prawda (l’ambassadeur de Pologne en Allemagne) a été contraint d’admettre que l’affaire avait fait malheureusement grand bruit. Les mœurs en politique et dans les affaires ont changé beaucoup plus rapidement que dans le milieu sportif, a-t-il déclaré. A vrai-dire, à entendre ce haut fonctionnaire, il s’agissait plus d’un questionnement que d’un constat.

Euro 2012 en péril

Dans le cas de la PZPN, la réponse semble évidente : il est à craindre que la ligue nationale soit bel et bien le dernier bastion d’un syndrome persistant de corruption si caractéristique durant la période postcommuniste. Or, pour la Pologne qui souhaite ardemment voir se dérouler en 2012, sur son sol, l’Euro de football conjointement avec l’Ukraine, la situation paraît pour le moins compromise. Ce n’est pas une petite blague ! Le projet représente des investissements considérables.

(bartheq/flickr)Le percement de voies nouvelles, la construction d’édifices, de stades et d’hôtels s’élèvent à plusieurs centaines de millions d’euros et l’Union européenne tient en majeure partie les cordons de la bourse dans cette histoire. Par la force des choses, le scandale de corruption est donc devenu en Pologne un thème de débat majeur. Et, pour cette raison, l’organisation de l’Euromondial reste l’une des préoccupations les plus importantes du gouvernement libéral-conservateur de Donald TUSK. L’introduction de l’euro à la place du zloty pourrait être aussi intimement liée à ce problème.

Bien qu’il lui soit reconnu une compétence certaine dans les questions footballistiques, le Premier ministre reste réservé sur la question de l’Euromondial. Tant qu’il n’y aura pas de nouveaux candidats élus à la présidence de la ligue, l’administration de Donald Tusk sera éclaboussée par ce scandale. En attendant, la Pologne se désole des problèmes frontaliers que cela pose avec ses voisins ukrainiens. En effet, la paralysie politique rend impossible le développement des infrastructures communes. Et le conflit qui oppose le gouvernement polonais et la ligue nationale de football (PZPN) ne se résoudra seulement qu’après le départ de cette figure emblématique qu’incarne toujours Michal Listkiewicz.

Pragmatique Ukraine

(ser.ddima/flickr)De nouvelles élections politiques vont également avoir lieu à la mi-décembre. Nombreux sont ceux qui en Pologne regardent du côté de l’Ukraine avec inquiétude et incompréhension. Personne ne peut savoir encore qui risque de gagner. Pour Elmar Brok, le ministre des affaires extérieures et président du Parti Populaire européen, qui regroupe notamment tous les partis d’obédience chrétienne-démocrate des Etats-membres de l’Union, l’Ukraine a fait preuve depuis trois ans d’un grand pragmatisme politique. On peut donc peut-être s’attendre à la même transformation dans la société polonaise d’ici à 2012. 

Selon Martin Herra, il est fort probable que plus de villes soient attribuées à la Pologne pour le déroulement du championnat. Jusqu’à présent, il était question de quatre sites par pays organisateurs. Mais le président de l’organisation Pologne 2012 reconnait lucidement que le nombre ne peut pas être le même dans chaque pays. Seule, la Pologne peut offrir six villes d’importance pour le bon déroulement des épreuves.