Style de vie

L'alternative au mondial : canaux empoisonnés

Article publié le 3 juillet 2014
Article publié le 3 juillet 2014

Les foo­teux trouvent leur compte ce mois-ci de­vant leur poste de té­lé­vi­sion. Mais qu'en est-il des autres té­lé­spec­ta­teurs qui re­gardent leur écran à la même heure ? Eh bien ils ne sont pas gâtés, la preuve en est avec ce tour d'Eu­rope des pro­grammes TV.

Même si les au­diences TV sont au très beau fixe pour les chaînes qui dif­fusent le mon­dial, cer­tains zap­peurs ne sont pas bran­chés foot­ball. Quelle al­ter­na­tive pour ces té­lé­spec­ta­teurs qui voient leur chaîne pré­fé­rée en­va­hie par 90 mi­nutes de bal­lon rond et plus au moins le double de com­men­taires ? Un petit tour d'Eu­rope des pro­grammes télés anti-mon­dial s'im­pose. 

En France, plu­sieurs matchs ont été dif­fu­sés le soir, quand l'au­dience TV est à son maxi­mum. Pre­nons le soir du pre­mier match de l'équipe de France contre le Hon­du­ras, dif­fusé à 21h sur TF1. Très sin­cè­re­ment, il y a de quoi s'of­fus­quer los­qu'on est un pu­blic fé­mi­nin et que la deuxième chaîne fran­çaise qui fait le plus d'au­dience, France 2, dif­fuse le film le plus niais de l'his­toire du ci­néma amé­ri­cain, Bride Wars (« la guerre des ma­riées » ). Oui, le titre est aussi ri­di­cule que le film. Un clin d'oeil fait aux femmes ? Plu­tôt une in­sulte. On voit d'ici les pro­gram­ma­teurs de France 2 es­sayant de don­ner une al­ter­na­tive « girly » au foot­ball, en pen­sant que les femmes al­laient se réunir comme les hommes de­vant un match pour re­gar­der deux fu­tures ma­riées se faire la guerre. Le comble : la pre­mière chaîne du ser­vice pu­blic ne per­met pas d'avoir la ver­sion ori­gi­nale sous-ti­trée de ce chef-d'oeuvre, les té­les­pec­ta­teurs ( té­les­pec­ta­trices du coup ? ) étaient donc condam­nées.  

Bride Wars - Bande-an­nonce

C'est la chaîne Te­le­cinco du groupe Mé­dia­set ( prin­ci­pal ac­tion­naire : Sil­vio Ber­lus­coni ) qui a eu les droits de dif­fu­sion du mon­dial de foot en Es­pagne. Une belle op­por­tu­nité pour la chaîne qui a vu ses au­diences mon­ter consi­dé­ra­ble­ment en juin. Pour preuve, le match Es­pagne - Chili du mer­credi 18 juin a ras­sem­blé 13,2 mil­lions de té­les­pec­ta­teurs. Mais que pro­po­sait la prin­ci­pale chaîne ri­vale, An­tena 3 à la même heure ? Elle a joué la carte de l'émis­sion po­pu­laire, et de son ani­ma­teur star, le co­mique Ar­thuro Valls. L'émis­sion s'ap­pelle « Me re­sbala », l'équi­valent de « Ven­dredi, tout est per­mis » sur TF1 avec Ar­thur. Le prin­cipe : des people à qui on lance des défis qui donnent lieu à des si­tua­tions co­miques (un cer­tain sens de l'hu­mour est tout de même re­quis). 

Un ex­trait de « Me re­sbala »

L'Al­le­magne, quant à elle, ne semble pas ver­ser dans l'al­ter­na­tive « grand pu­blic ». Lors du match de la Na­tio­nal­mann­schaft contre l'Al­gé­rie le 30 juin à 22h, la pre­mière des deux grandes chaînes pu­bliques al­le­mandes, la ARD, a pris le parti de dif­fu­ser un do­cu­men­taire sur la mé­tam­phé­ta­mine, avec un zoom sur les douanes à la fron­tière ger­mano-tchèque. Le titre, néan­moins, est aussi ex­pli­cite que cat­chy : « Hor­ror­droge Crys­tal Meth » (« Crys­tal meth, la drogue de l'hor­reur »). Pas éton­nant que la ZDF, l'autre chaîne pu­blique, qui dif­fu­sait le match, ait ob­tenu un re­cord his­to­rique de 85,1 % de part d'au­dience, le meilleur score jus­qu'à pré­sent outre-rhin. 

En Ita­lie, les matchs étaient tous dif­fu­sés à 18h. Pas une heure de grande au­dience donc, et pas de mo­di­fi­ca­tion réelle du pro­gramme pour deux des prin­ci­pales chaînes concur­rentes de la RAI1 , la RAI2 et la 7. Deux sé­ries po­li­cières étaient pro­gram­mées : « Il com­mis­sa­rio Rex » (« Rex, chien flic ») soit les amours entre un ins­pec­teur et son ber­ger al­le­mand, et « L'is­pet­tore Bar­naby » («Ins­pec­teur Bar­naby»), une série po­li­cière bri­tan­nique. Men­tion spé­ciale pour une des chaînes de Ber­lus­coni, Ca­nale 5, qui a dé­cidé de ne pas dif­fu­ser les épi­sodes tant at­ten­dus de la série « Il Se­greto » (« Le se­cret »), de peur que les fans de cette série à l'eau de rose ne pré­fèrent sou­te­nir leur équipe na­tio­nale. A la place, ils dif­fu­se­ront une émis­sion spé­ciale sur la série in­ti­tu­lée «  As­pet­tando il sì » (« En at­ten­dant les voeux »), un genre de best-of - ré­sumé des épi­sodes pré­cé­dents en vue du ma­riage entre Pepa et Tris­tan, les deux per­son­nages prin­ci­paux. 

George Clar­ke's Ama­zing Spaces- Intro

Last but not least, l'An­gle­terre a joué un match à une heure de grande au­dience, celui contre l'Uru­guay le 19 juin à 20h sur ITV. Et l'al­ter­na­tive était construc­tive. Sur Chan­nel 4 et BBC 4, deux pro­grammes en rap­port avec l'ar­chi­tec­ture. Un Va­lé­rie Da­mi­dot an­glais sur Chan­nel 4, George Clarke (un tan­ti­net plus classe), trans­forme des pe­tits es­paces en lieux de vies tout confort, gra­tui­te­ment. Il ren­dait vi­site ce soir là à Ollie, un biker qui sou­hai­tait trans­for­mer un bus à deux étages en un hôtel mo­vible. Mais il était aussi pos­sible de s'im­pré­gner de la somp­tuo­sité du grand HMS Hood de la ville de Glas­gow, un cui­rassé de la Royal Navy dans le der­nier épi­sode de la série de do­cu­men­taire « The Ships That Made the Com­mon­wealth ». 

La conclu­sion va de soi : on ne peut dé­cem­ment pas pas­ser à côté du mon­dial, ce qui ra­vira les ama­teurs de la FIFA. Pour les autres, il va fal­loir com­men­cer à aimer le foot.