Style de vie

La logistique, une discipline olympique

Article publié le 6 août 2008
Article publié le 6 août 2008
Le 9 août prochain, lorsque les bateaux de l'équipe allemande d'aviron seront mis à l'eau pour la première course olympique, ils auront déjà parcouru près de 8 000 kilomètres. A l'instar des chevaux de compétition, crosses de hockey et de tout l'attirail nécessaire aux 25 autres disciplines sportives.

Les Jeux olympiques sont un véritable cauchemar logistique. Pour lancer le compte à rebours de « l'expédition Olympiades », un gigantesque entrepôt aéroportuaire a même été ouvert à Francfort. Depuis le 7 juillet, environ 100 tonnes de fret ont été expédiées depuis cette plateforme. Dans les cartons, tout y est : de la pharmacie de 500 kilos aux fournitures de bureau et aux six tonnes de brochures publicitaires, en passant par les vêtements de compétition, l'eau minérale et les bancs de massage. On compte aussi quelques caisses de bière. En tout, 90 % des équipements sont acheminés à Pékin par voie aérienne via Francfort.

Colis fragiles : des bateaux d’aviron

Parmi des tonnes d’objets, les bateaux d'aviron demandent beaucoup d’attention et une manipulation spécifique. Un quatre de couple (où quatre rameurs utilisent chacun deux avirons, par opposition à l'aviron unique dit de pointe, ndlt) peut mesurer entre dix et vingt mètres de long. Pour les transporter en Chine, ils nécessitent un avion spécial. Les embarcations sont d'abord remorquées vers Francfort depuis Rostock, Potsdam ou d’autres points de relais. 

(Lono Kollars/Wikipedia)

Dépourvu de soute à bagages, l'appareil transporte les bateaux directement dans son fuselage. La possibilité de relever le cockpit permet de charger la cargaison par le nez de l'avion. Les très longues embarcations posent des problèmes épineux car si une grue soulève les extrémités, le bateau risque de se briser en son milieu, si au contraire un chariot élévateur le soulève par son milieu, ce sont les extrémités qui risquent de flancher.

Plus de 300 000 euros de logistique

Le coût total des Jeux pour la Fédération allemande de sport olympique (DOSB) et ses sponsors ne sera connu qu'a posteriori. Achim Bueble, le responsable logistique, estime que la Fédération ne devrait pas dépenser plus de 300 000 euros. Il ne s'avance pas sur le pourcentage du coût global des JO que cette somme représente. Peut-être la moitié ou un tiers. En effet, rares sont les postes de dépenses qui sont maîtrisés. Un kilo de fret aérien entre Francfort et Pékin revient par exemple à trois euros, le trajet retour à cinq euros. L'option maritime est moins onéreuse mais le temps de transit est de six semaines. Les postes les plus gourmands demeurent les services, dont les prestations des entreprises de transport. Mais Achim Bueble n’en dévoile pas plus.

(David Ian Roberts/flickr)

A leur arrivée à Pékin, les embarcations doivent franchir un nouvel obstacle, à savoir la bureaucratie chinoise. Le directeur sportif, qui a voyagé avec le fret, doit livrer les bateaux le plus vite possible sur le bassin de course. « A vrai dire, nous voulions garder la main sur l'organisation, mais une fois à Pékin, les Chinois ont pris le relais, nous n'avons pu que suivre », raconte Dan Danzglock, membre du comité directeur de la fédération allemande d'aviron. Les responsables techniques reprennent les commandes à la base olympique, vérifient l'angle d'attaque des avirons (différence d'angle selon laquelle un aviron est réglé, par rapport à un axe perpendiculaire à l'eau, ndlt), les avirons de couple et de pointe et les dames de nage (fourchette métallique servant de support à l'aviron, ndlt) : ils rendent les bateaux opérationnels.

Le marathon logistique entre l'Allemagne et la Chine est alors quasiment achevé. Un espace de stockage composé d'un garage souterrain et de deux conteneurs de 40 pieds a été loué au village olympique, où doivent aussi être entreposés les effets personnels des quelque 450 sportifs et 300 accompagnateurs. Achim Bueble considère ces opérations comme le début de la préparation physique. « Quand le matériel arrive au village olympique, tout le monde met la main à la pâte pour le déchargement, de l'athlète jusqu'à l'officiel. » Ce bel esprit d'équipe est une récompense après les longues journées de 16 à 18 heures de travail, un taux d'adrénaline dangereusement élevé et le manque de sommeil, qui constituent son quotidien depuis trois mois.