Style de vie

La fête est finie : coupure pubs à Varsovie 

Article publié le 22 juillet 2013
Article publié le 22 juillet 2013

L’ambiance glaciale des locaux vides provoquée par la fermeture des cafés donnent la chair de poule. Certains parlent d’un mauvais sort jeté à la vie nocturne, beaucoup évoquent un juste retour des choses. Quelles réponses vont apporter les éternelles négociations entre les propriétaires de pubs et la mairie ? Les résidents du quartier vont-ils enfin comprendre que la ville ne dort pas la nuit ?

R.I.P « Chlodna 25 »

En octobre 2011, « Obiekt  Znaleziony » [Objet trouvé], un célèbre club situé dans les souterrains de Zacheta,  a disparu pour des raisons inconnues. Le prochain sur la liste à avoir été liquidé a été le café « Po Drugiej Stronie Lustra » [De l’autre côté du miroir] dans le quartier Praga. Les clients ont du lui faire leurs adieux en janvier 2012 pour faire place à des appartements en construction. 

En juin de cette même année, le légendaire « Kamieniolomy » [La Carrière] a fermé ses portes. Juste un mois plus tard, dans une atmosphère tendue, ça a été le tour du café culturel et engagé « Nowy Wspanialy Swiat » [Le Formidable Nouveau Monde]. Peu importe les  raisons de ces multiples fermetures, c’est le même mécontentement qui animent les habitants de Varsovie. Les Varsoviens finissent par dire : « même si nous voulions avoir un café préféré où l’on pourra toujours revenir, que ce soit dans trois ou cinq ans, ça ne serait pas possible vu que les cafés apparaissent et disparaissent ici comme des arcs-en-ciel ». Lorsqu’à l’été 2012, des rumeurs ont commencé à circuler au sujet de la fermeture du club « Warszawa Powisle » (la police municipale voulait interdire la licence de débit d’alcool en raison de plaintes de voisins), des artistes et des intellectuels ont pris la défense de l’endroit. Dans un court-métrage « Jesli Warszawa to Powisle » [« S’il y a Varsovie alors Powisle aussi »] diffusé sur le web, Andrzej Chyra, Radzimir Debski et Michal Pirog ont défendu cette adresse. « Powisle » a pu être sauvé. D’autres endroits n’ont pas eu la même chance.

A la liste amère des bonnes adresses qui disparaissent du plan de Varsovie by night, il faut dorénavant ajouter la fermeture définitive, au printemps 2013, du café et centre culturel « Chlodna 25 ». La raison officielle : l’expiration de la licence de vente d’alcool. La raison officieuse : le groupement de résidents de l’appartement – au rez-de-chaussée duquel se trouvait le café – n’a pas autorisé la nouvelle licence. Les voisins se sont plaints du bruit incessant sous les fenêtres, de la saleté et de l’impolitesse des clients du « Chlodna 25 ». Une lutte s’est organisée avec notamment une « Lettre des amis du Chlodna 25 » qui invitait au dialogue. Le café-club a finalement changé de nom pour s’appeler « Klub Komediowy Chlodna 25 » [Club comique Chlodna 25] dont les activités tendaient plus vers le cabaret. A chaque fois qu’une soirée s’organisait, le propriétaire des lieux se procurait une licence de débit d’alcool occasionnelle. Une meilleure attention a été accordée aux règles de nuisance sonore à l’extérieur du local. Mais tous ces efforts se sont avérés vains : après de nombreuses négociations, les voisins ont recommencé à taper du pied et à s’opposer à l’endroit. Grzegorz Lewandowski, propriétaire du « Chlodna 25 » et animateur culturel, a fini par se dire qu’il n’y aurait jamais aucun dialogue possible avec les voisins du n°25 de la rue Chlodna et a déménagé son club-café à une autre adresse.

Maintenant nous allons faire en sorte que vous puissiez dormir

Selon de récentes nouvelles révélées par la presse de Téhéran (en Iran, ndlr), les autorités municipales ont décidé de fermer là-bas des dizaines de cafés et restaurants au nom de la moralité des habitants. Est-ce que les autorités publiques et les gentils voisins veulent, eux aussi, s’assurer qu’on se tienne bien et qu’on n’aille pas se coucher trop tard à Varsovie ? Comme l'a justement souligné Grzegorz Lewandowski, dans une interview accordée sur le site Gazeta.pl : « Quand une personne dira que le café est un repère pour des jeunes gauchistes qui boivent, fument, parlent mal et consomment de la drogue, une autre dira que le Musée national est un immense et hideux bâtiment de pierre où vous devez porter des pantoufles. Nous sommes différents et nous devrions savoir l'apprécier pour  ne pas gaspiller le potentiel de Varsovie ».

« La ville doit vivre »

La bonne nouvelle vient du fait que les propriétaires des cafés autour de la ligne de métro Ratusz animent le dialogue. Dans une interview accordée à la radio Tok FM, la maire de Varsovie, Hanna Gronkiewicz-Waltz, ne doute pas que la ville doit vivre. « Ce n’est pas un problème propre à la ligne de transport en commun centre-cafés », a-t-elle déclaré sur la nécessité de concilier les intérêts des cafés et du voisinage dans les quartiers résidentiels. « Je n’ai aucune réticence [ndrl, à l’existence des cafés]. De notre temps, sous le socialisme, il n’y avait pas ce type d’attraction. Alors je comprends les jeunes qui y vont. » Des changements iraient même dans ce sens au sein de la mairie. Dans la presse, on commence à citer le nom de Grzegorz Lewandowski pour assurer la direction d’un Office de la Culture. Dans l’esprit de beaucoup de monde, ces mots sonnent comme une formule magique qui promet d’améliorer la situation.  Si tout cela se confirme, le sort d’un grand nombre de cafés de la capitale va changer. 

Le roi est mort, vive le roi ?

De nombreux Varsoviens surveillent avec inquiétude les changements sur la carte culturelle de leur ville. Ils craignent un scénario noir où, au lieu de sortir avec des amis dans des cafés au brouhaha sympathique, ils vont devoir passer des heures autistes au Starbucks, où l’on boit son café léthargique devant un PC. De l’avis de Maciej Wladyslaw Hofman, 27 ans, il n’y a pas de raison de s’inquiéter : cette vision d’horreur ne se réalisera jamais. Maciej a étudié au Collège de l’Europe, il travaille aujourd’hui au département de la coopération internationale du Ministère de la Culture et du Patrimoine national. Il habite à Varsovie depuis toujours et lui a toujours connu une vie nocturne. « Le roi est mort, vive le roi ! » dit-il, ajoutant qu’à l’instant même où un café ferme ses portes trois autres se créent en remplacement. Mais est ce que ces nouveaux lieux remplacent efficacement le vide laissé par leurs prédécesseurs ? Est-ce qu’il ne s’agit pas de buissons maussades qui poussent dans des trous laissés par de grands chênes déchirés ? Répondez donc vous-même à cette question.  J’ose seulement espérer que la mairie saura apprécier le potentiel culturel et intellectuel des cafés varsoviens et qu’à mon retour de Paris je ne trouverais pas à la place du café « Pardon ToTu »  un supermarché « Zabka » [Grenouille, une célèbre chaine de supermarché polonais] calme et sûr pour les voisins, fermant ses portes à 22h00.