Style de vie

La chute du mur de Berlin, dans le coffre d'une voiture...

Article publié le 8 novembre 2014
Article publié le 8 novembre 2014

La répétition de théâtre devait être annulée ce vendredi-là, pour cause d'évènement historique. Souvenirs d'une jeune berlinoise de 1989.

Le jeudi 9 novembre 1989 était un jour froid et clair. Les jours précédents avaient été gris et pluvieux, mais ce jeudi de novembre, le soleil faisait son apparition. Comme la plupart des écoliers de primaire de Berlin-Ouest, je n'avais que cinq heures de cours et j'étais rentrée peu avant 13h. Je ne me souviens plus de ce que j'ai fait l'après-midi. Il est fort probable que je n'avais pas de rendez-vous, car en ces temps-là, les enfants n'avaient pas de rendez-vous. Le vendredi en revanche, je me rendais toujours aux répétitions de mon groupe de théâtre. Cette semaine, les répétitions n'auraient pas lieu, car un évènement de l'histoire mondiale était en train de se dérouler.

C'est seulement le vendredi que tout le monde a compris. L'information s'est probablement infiltrée dans notre appartement la nuit, pendant que je dormais. Déjà, lors du déjeuner, mes parents étaient dans tous leurs états. À la radio, l'émission de RIAS-Berlin passait en boucle. A l'école, les professeurs nous disaient qu'aujourd'hui était un jour spécial, un jour que nous ne devions pas oublier. La répétition du groupe de théâtre était annulée. On devinait qu'il se passait quelque chose d'important.

En début de soirée, les bastions sont tombés les uns après les autres : Sonnenalle – ouvert. Checkpoint Charlie – ouvert. Glienicker Brücke – ouvert. Kirchhainer Damm – ouvert. Ma grand-mère fit le tour de nos placards et mit toutes les sucreries dans un sac de jute. Munis de ce sac, nous nous sommes dirigées vers la route de sortie de notre quartier, qui était un cul-de-sac depuis des dizaines d'années. Aujourd'hui elle devenait la porte d'entrée vers l'Ouest. Nous nous sommes mises sur le bord de la route et tapotions sur les Trabant. Les Trabant klaxonnaient. Nous avons allumé des bougies et distribué les bonbons. Je vis certains de mes camarades de classe avec leurs parents, tous étaient munis de sacs similaires au nôtre, beaucoup d'adultes avaient les larmes aux yeux.

Le soir, j'étais à la Porte de Brandenbourg. C'est ce qu'affirme du moins la légende familiale. Malheureusement, je ne me souviens de rien. D'après mes parents, j'étais dans le coffre de notre break VW, enroulée dans des couvertures en train de dormir profondément pendant que dehors, se jouait un moment historique. Quand des gens me demandent aujourd'hui où j'étais à ce moment-là, je réponds toujours : j'y étais.

Mais que s'était-il passé au juste ? Il y a beaucoup de réponses différentes à cette question. La journaliste en moi prétendrait qu'un homme d'un certain âge est apparu à une conférence de presse mal préparé, et que son lapsus a créé un tsunami. L'historienne que je suis devenue, de manière un peu plus prudente,  ne répondrait pas à la question et hocherait la tête d'un air grave. Elle se poserait la question inverse : peut-on comprendre les grands évènements historiques quand on les vit si près ? 

Que représente donc un quart de siècle sinon un battement d'aile dans l'histoire du monde ? Un peu de patience Mesdames et Messieurs, nous vous raconterons en temps voulu, comment et pourquoi la Guerre froide s'est terminée et si  la transformation du monde a rempli les espoirs euphoriques du moment ou si elle ne les a pas douchés. Transformation dont nous avons d'ailleurs peut être sentie seulement le 11 septembre 2001 qu'elle entrait dans une nouvelle phase.

L'enfant en moi, celui que j'étais alors, répondrait simplement qu'il y avait quelque chose de froid et de clair dans l'air automnale de ce jour de novembre. Quelque chose de différent de la veille et qui a fait pleurer les adultes. Quelque chose qui nous montre, que tout peut arriver différemment.

Beyond the Curtain : et le rideau sur l'Europe est tombé

Il y a vingt-cinq ans, le rideau de fer tombait. Il y a dix ans, huit États post-communistes devenaient membres de l'Union européenne. Mais que savons-nous de nos voisins ? Contactez-nous à berlin[at]cafebabel.com pour rejoindre notre équipe de journalistes.