Style de vie

La banque de temps de Séville : l'utopie en cash

Article publié le 24 mars 2014
Article publié le 24 mars 2014

Le quartier Triana de Séville est soi-disant le berceau du flamenco. Mais ici, les gens s’enflamment surtout pour un nouvelle opération, née de la déferlante du mouvement des Indignés : la banque de temps. Ou comment échanger une heure de guitare contre une coupe de cheveux.

Chaque jeudi soir, une ren­contre de la banco del tiempo est or­ga­ni­sée au Cen­tro Cívico de Tri­ana (l'un des onze dis­tricts de la ville de Sé­ville, ndlr). Ce lieu de ren­dez-vous est nou­veau et c'est peut-être la rai­son pour la­quelle, le jour de ma vi­site, l'en­droit est plu­tôt calme et vide. Dans la salle où a lieu la ren­contre en tout cas. Car dans celle d'à côté, on en­tend de la mu­sique as­so­ciée à des pié­ti­ne­ments et des cla­que­ments de mains. Un cours de Se­vil­la­nas pour adultes est en train de s'y dé­rou­ler.

La banque des in­di­gnés

Eva Ma­rino, l'une des ini­tia­trices du pro­jet, ra­conte la créa­tion et les dé­buts de la banco del tiempo. Des gens se sont ras­sem­blés au mo­ment du Mov­imi­en­to 15M, le mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion qui a vu naître les In­di­gnés. Après le dé­fer­le­ment po­pu­laire, de pe­tites com­mis­sions pen­dant les­quelles on pen­sait et dis­cu­tait d'al­ter­na­tives éco­no­miques se sont consti­tuées. C'est de là fi­na­le­ment qu'est venue l'idée de créer la banque du temps. L'en­vie ? Mettre en place quelque chose de concret, au­tre­ment dit quelque chose qui ai­de­rait vrai­ment les gens.

Le prin­cipe est simple : un ser­vice en l'échange d'un autre. À tra­vers cette opé­ra­tion, il s'agit sur­tout d'aug­men­ter la so­li­da­rité en­vers les uns et les autres, pas de sa­tis­faire un simple be­soin éco­no­mique. Sont donc échan­gés : for­ma­tions, ate­liers, cours, com­pé­tences lin­guis­tiques, aide mé­na­gère, aide aux per­sonnes dé­mu­nies, tra­vaux de tra­duc­tion, de cou­ture, de coif­fure, et bien plus.

Les ci­toyens peuvent s'in­for­mer et s'ins­crire via un site in­ter­net. Ac­tuel­le­ment, à peu près 160 per­sonnes sont ins­crites à la banco del tiempo. Au dé­part, elles étaient 70. Soit une cen­taine de gens qui, à côté du ser­vice et du contre-ser­vice ren­dus, pensent qu'un pa­reil échange est aussi por­teur d'es­poir et peut même s'avé­rer être une sorte de thé­ra­pie. De­puis quelques temps, l'échange se fait aussi entre groupes. Un cours de gui­tare d'une heure a lieu chaque se­maine ici et chaque élève paie avec une heure de son propre ser­vice.

Sur les cendres du fla­menco

Une co­opé­ra­tion avec d'autres banques du temps n'existe pas en­core, à l'ex­cep­tion d'un seul par­te­na­riat. Ici, on rêve d'un en­semble de ré­seau, sorte de maillage de banques de ser­vices à tra­vers l'Es­pagne. Mais pour l'ins­tant, les ins­ti­ga­teurs pré­fèrent se concen­trer sur Sé­ville. Le tra­vail avec des éta­blis­se­ments so­ciaux est ins­crit dans la durée et obéit au même prin­cipe. L'en­ca­dre­ment des per­sonnes âgées est très de­mandé par exemple, de même que le sou­tien sco­laire. Mal­gré son fort po­ten­tiel so­cial, l'ini­tia­tive des banco del tiempo ne re­çoit pour l'ins­tant au­cune aide de la ville. Pour­tant, Eva Ma­rino sou­tient que Tri­ana est le lieu idoine pour éta­blir la banque du temps. Ce quar­tier n'est pas seule­ment le ber­ceau du fla­menco, c'est aussi un lieu où vivent les gens qui s'in­té­ressent aux al­ter­na­tives, aux échanges, aux autres.

Je suis ex­pa­triée al­le­mande à Bar­ce­lone et je sais qu'il y a peu de tra­vail et des sa­laires en consé­quence. J'ap­par­tiens à ce groupe de per­sonnes qui cherchent un moyen de vivre avec cette si­tua­tion, dans cette si­tua­tion et qui es­sayent d'en tirer le meilleur. Je connais­sais beau­coup de mou­ve­ments al­ter­na­tifs mais je n'avais jus­qu'ici pas en­core en­tendu par­ler du prin­cipe de la banque du temps. Un équi­valent de la banco del tiempo existe aussi à Bar­ce­lone. En Es­pagne ac­tuel­le­ment, les signes du temps se prêtent bien à la banque du temps.

Cet ar­ticle fait par­tie d'une édi­tion spé­ciale consa­crée à Sé­ville et réa­li­sée dans le cadre du pro­jet « EU-to­pia Time to Vote » ini­tié par ca­fé­ba­bel en par­te­na­riat avec la fon­da­tion Hip­po­crène, la Com­mis­sion eu­ro­péenne, le Mi­nis­tère des Af­faires étran­gères et la fon­da­tion EVENS. Re­trou­vez bien­tôt tous les ar­ticles à la Une du ma­ga­zine.