Style de vie

«Kussomaten» : «Montrer le sexe féminin comme il est vraiment»

Article publié le 8 juin 2011
Article publié le 8 juin 2011
Où s’arrêtera le féminisme nordique ? Depuis le 8 mars, à la faveur d’une idée de la fondation de K.Vinders Fond présentée à l’Institut Goethe de Copenhague, les femmes peuvent se faire prendre le vagin en photo. Et c’est dans une cabine de photomaton que le projet compte sensibiliser les Danoises à leurs corps. L’occasion de poser quelques questions à la promotrice de « Kussomaten ».

Mais pourquoi tout de suite construire une cabine pour faire une photo de vagin ? Les Danois sont-ils obsédés par le sexe ? On ne devrait pourtant pas être surpris. Ce n’est pas la première fois qu’ils utilisent la sexualité comme un moyen. En 2009, Karen, une mère célibataire, cherchait le père de son enfant via YouTube. Le message vidéo a ensuite été utilisé par le gouvernement pour promouvoir le tourisme national.

Trois ans plus tôt, une action avait été lancée pour restreindre la vitesse sur les routes. Les filles, seins nus, munies de panneaux de signalisation informaient les automobilistes des limitations de vitesse à respecter. Mais « Kussomaten » n’a rien à voir avec tout cela. Beate Detlefs est membre du conseil d’administration de la fondation K. Vinders Fond, une association engagée dans la sensibilisation et la diffusion des questions relatives à la gente féminine. En tant que promotrice du projet, elle explique que l’idée de la cabine de photomaton a été conçue par les femmes ou pour les femmes. Interview.

Cafebabel.com : C’est quoi exactement le « Kussomaten » ?

Beate Detlefs : C’est un projet créé par K. Vinders Fond, une association mise en place pour promouvoir la conscience et l’acceptation des femmes. Depuis 1975, l’association publie régulièrement le livre Kvinde kendo din Krop (Femme connais ton corps). L’année dernière nous avons décidé d’ajouter un supplément au livre et nous avons eu l’idée de mettre en place une cabine où la femme pourrait prendre une photo de ses parties intimes. Avec cette collection de photos nous encourageons les femmes à connaître leur corps et à l’assumer.

Cafebabel.com : A-t-on encore besoin de l'éducation sexuelle au XXIème siècle ?

Asseyez-vous et ... click !Beate Detlefs : Une enquête (Sex and Samfundet) faite par l’Association danoise pour la planification familiale a montré que 29% de jeunes femmes se sentent mal avec leur propre corps et en particulier avec leurs parties intimes. Beaucoup de jeunes femmes pensent qu’elles ne sont pas belles ou qu’elles sont mal faites. Elles ont tendance à se comparer aux mannequins lancés par l’industrie pornographique qui ont souvent subi une opération chirurgicale. La femme pense à se faire opérer parce qu’elle n’a aucune idée de ce que sont réellement les formes féminines. « Kussomaten » a pour but de montrer le sexe féminin tel qu’il est vraiment. Au contraire des hommes, dont la partie intime est plus visible, celle de la femme est cachée. Le projet promeut la conscience de la diversité de la morphologie féminine. Nous sommes convaincues qu’en voyant cette diversité les jeunes femmes auront plus confiance en elles-mêmes et en leur sexualité.

Cafebabel.com : Qui a construit le photomaton pour vagin ?

Beate Detlefs : Nous avons annoncé le projet par le biais de la base de donnée de la faculté d’ingénierie. Pas plus de vingt minutes plus tard, nous avons reçu la réponse à cette annonce. « Kussomaten » a été créé seulement en trois semaines par quatre étudiantes.

Cafebabel.com : Ça semble être un succès, mais comment a réagi l'opinion publique ?

Beate Detlefs : Certains ont décrit le projet comme une nostalgie féministe des années 1970. C’est faux. Dans la collection il y a non seulement des photos où la partie bikini est épilée mais aussi des photos où elle ne l’est pas. L’épilation n’est pas un souci. Ce sont plutôt des troubles mentaux qui sont en question, qui amènent à la popularité de cette pratique. Néanmoins la réaction des femmes était positive. Le 8 mars nous avons recueilli 70 photos. La file d’attente des femmes désirant exprimer leur approbation pour le projet dépassait largement le siège de l’Institut Goethe. Quand la cabine a été déplacée à la faculté de médecine nous avons fait 70 photos supplémentaires. L’initiative est apparue dans les médias danois où on y parlait en rigolant. Toutefois nous sommes sûres que l’objectif a été atteint. Même des dessins satiriques exprimaient beaucoup de respect envers le projet. Maintenant au tour de la presse internationale qui est en contact avec nous. Nous n’avions pas espéré une telle popularité.

Cafebabel.com : Considérant un tel succès, « Kussomaten » partira-t-il en tournée promotionnelle ?

Beate Detlefs : Oui et non. En juin, Kussomaten apparaîtra au festival de musique rock àRoskilde (un des plus grands d’Europe et qui se déroule au Danemark, ndlr). Il faut souligner que le photomaton pour vagin a été construit avec des matériaux bon marché. Il est fragile. Nous ne savons même pas s’il arrivera à supporter la pluie pendant le festival. San Francisco nous a fait une demande d’emprunt mais ce n’est pas notre priorité. Avec notre petit budget nous préférons l’utiliser pour réaliser d’autres projets. L’idée du photomaton a été bien accueillie et j’espère qu’elle servira. C’est le plus important. Le but, dont environ 100 photos, a été atteint. Nous sommes très contentes. Certains messieurs nous ont demandé de construire une cabine similaire pour eux.

Cafebabel.com: Dans ce cas-là on l’appellera « Pikomatten » non ?

Beate Detlefs : Oui mais les hommes doivent construire leur « Pikomatten » eux-mêmes.

L’idée de « Pikomatten » a plu au quotidien danois Politiken. Retrouvez la drôle de bande dessinée publiée sur ce sujet... Et les photographies du Kussomaten sur le site de la fondation.

Photo: © Beate Detlefs