Style de vie

Héro, coke, shit, LSD : à quoi se shoote-t-on aujourd'hui en Europe ?

Article publié le 1 juin 2014
Article publié le 1 juin 2014

La toute der­nière édi­tion du rap­port eu­ro­péen sur la drogue a été pu­bliée hier. D’après ce rap­port, il semble que les drogues tra­di­tion­nelles, mal­gré leur po­pu­la­rité constante, com­mencent à las­ser les Eu­ro­péens. Des eu­ro­péens qui sont aussi de plus en plus conscients de ce que leurs phar­ma­cies de quar­tier ont à leur of­frir.

LES DROGUES TRA­DI­TION­NELLES

Le can­na­bis reste à la mode 

Selon le rap­port pu­blié par l’Ob­ser­va­toire Eu­ro­péen des Drogues et des Toxi­co­ma­nies (OEDT), les Eu­ro­péens consomment chaque année près de 2000 tonnes de ma­ri­juana et de ré­sine de can­na­bis. Le can­na­bis est aussi la drogue qui fait le plus fré­quem­ment l’ob­jet de sai­sies sur l’en­semble du conti­nent (80% du total des sai­sies). 18,1 mil­lions d’adultes âgés de 15 à 64 ans en ont consommé au cours de l'an­née pas­sée. Sur la même pé­riode, parmi les 15-34 ans cette fois, ils étaient 14,6 mil­lions à en avoir consommé. L’an­née der­nière, l’aug­men­ta­tion de la consom­ma­tion de can­na­bis chez les jeunes adultes a été par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible au Da­ne­mark, en Fin­lande et en Suède. Et si la ma­ri­juana que l’on trouve en Eu­rope est sou­vent pro­duite sur le conti­nent, la ré­sine de can­na­bis, elle, vient le plus sou­vent du Maroc.

LES OPIOIDES ET LEURS SUC­CES­SEURS

En Eu­rope, l’usage abu­sif des opioïdes est la cause de 75% des décès par over­dose. Dans cette fa­mille de drogues, la plus po­pu­laire en Eu­rope reste l’hé­roïne. On trouve en­suite la bu­pré­nor­phine, la mé­tha­done et le fen­ta­nyl. Chaque année, en moyenne 0,4% des adultes âgés de 15 à 64 ans ont un « usage pro­blé­ma­tique » des opioïdes (ce qui re­pré­sente 1,3 mil­lions de per­sonnes). Le sys­tème d’alerte pré­coce de l’Union eu­ro­péenne a en­re­gis­tré l’ap­pa­ri­tion sur le mar­ché d’opioïdes de syn­thèse uti­li­sés pour rem­pla­cer l’hé­roïne. Il s’agit sur­tout du fen­ta­nyl, pré­sent dans cer­tains pro­duits phar­ma­ceu­tiques. L’Af­gha­nis­tan reste lea­der mon­dial dans la pro­duc­tion illé­gale d’opium. D’ailleurs, la ma­jo­rité de l’hé­roïne que l’on trouve en Eu­rope vient de là-bas, ou dans une moindre me­sure, de l'Iran ou du Pa­kis­tan.

LA CO­CAINE ET LES AM­PHE­TA­MINES

Selon le rap­port, 0,9% des adultes de 15 à 64 ans (soit 3,1 mil­lions de per­sonnes) ont consommé de la co­caïne au cours de l’an­née pas­sée. Chez les jeunes adultes (les 15-34 ans), ce pour­cen­tage monte à 1,7% (2,2 mil­lions de per­sonnes). La co­caïne que l’on trouve en Eu­rope (et qui est déjà bien cou­pée) pro­vient presque ex­clu­si­ve­ment de Bo­li­vie, de Co­lom­bie et du Pérou. Elle ar­rive en Eu­rope par voie aé­rienne ou ma­ri­time, le plus sou­vent ca­chée dans l’es­to­mac de ceux qu’on ap­pelle les « mules ». Pour ce qui est de la fa­mille des am­phé­ta­mines (l’am­phé­ta­mine et la mé­tham­phé­ta­mine prin­ci­pa­le­ment), il y a l’an­née der­nière 0,4% des adultes de 15 à 64 ans qui en ont consommé (soit 1,5 mil­lions de per­sonnes). Mais elle est éga­le­ment pri­sée par les jeunes de 15 à 34 ans, puisque 0,9% des per­sonnes de cette tranche d’âge en ont consommé l’an­née der­nière (soit 1,2 mil­lions de jeunes). Comme la ma­ri­juana, ces drogues sont pro­duites en Eu­rope (no­tam­ment en Bel­gique, aux Pays-Bas, en Po­logne et dans les pays baltes).

L’ECS­TASY

L’ecs­tasy dé­signe ha­bi­tuel­le­ment la MDMA. D'après le rap­port, l’ecs­tasy a fait ré­cem­ment un re­tour en force dans l’Union eu­ro­péenne sous la forme de com­pri­més et de poudres de meilleure qua­lité. Ce qui n’em­pêche tou­te­fois pas la co­caïne de tenir le haut du pavé en ma­tière de sti­mu­lants à l’ouest et au sud du conti­nent. Ou l’am­phé­ta­mine de ré­gner en maître dans les pays d’Eu­rope cen­trale et d’Eu­rope du nord. L’an­née der­nière, 0,5% des adultes de 15 à 64 ans ont consommé de l’ecs­tasy (soit 1,6 mil­lions de per­sonnes). Ce pour­cen­tage s’éle­vait à 1,0% pour les 15-34 ans (soit 1,3 mil­lions de jeunes adultes). La pro­duc­tion eu­ro­péenne semble se concen­trer en Bel­gique et aux Pays-Bas (où de nom­breux la­bo­ra­toires ont été dé­man­te­lés, ce qui tend à pen­ser que la pro­duc­tion y était im­por­tante).

LSD, CHAM­PI­GNONS ET KÉTA­MINE

Les au­teurs du rap­port montrent que la consom­ma­tion de cham­pi­gnons hal­lu­ci­no­gènes et de LSD en Eu­rope est faible et stable de­puis quelques an­nées. Les études réa­li­sées au ni­veau na­tio­nal montrent que le pour­cen­tage de jeunes adultes (entre 15 et 34 ans) qui consomment des cham­pi­gnons hal­lu­ci­no­gènes se situe entre 0% et 0,8%. Pour le LSD, il se situe entre O% et O,7%. Le ni­veau de consom­ma­tion de GHB et de ké­ta­mine reste éga­le­ment faible. Au Da­ne­mark, 0,3% des jeunes adultes (15-34 ans) au­raient consommé de la ké­ta­mine au cours de l’an­née der­nière. Au Royaume-Uni, 0,8% des 16-24 ans ont dé­claré avoir consommé de la ké­ta­mine sur la même pé­riode. La baisse de la consom­ma­tion conti­nue donc après le pic de consom­ma­tion à 2,1 % at­teint en 2010.

LES NOU­VEAUTES SUR LE MAR­CHé ET LES PRO­DUITS VEN­DUS EN PHAR­MA­CIE

Ces der­nières an­nées, plus de 50 dé­ri­vés de la ca­thi­no­ne ont été iden­ti­fiés sur le mar­ché eu­ro­péen. L’exemple le plus connu est celui de la mé­phé­drone. Cela dit, cette sub­stance a perdu en po­pu­la­rité (la consom­ma­tion a di­mi­nué de 0,6% par rap­port à 2011-2012). Il faut avouer que les autres nou­velles drogues qui sont ap­pa­rues sur le mar­ché eu­ro­péen au plus tard en mai 2012 ont des noms qui res­semblent plus à des mo­dèles d’avions qu’à des noms de sub­stances psy­cho­tropes (25I-NBOMe, AH-7921 ou MDPV). Mais ce que les au­teurs du rap­port trouvent in­quié­tant, c'est le mode d'ad­mi­nis­tra­tion par in­jec­tion, et donc le risque élevé de contrac­ter plu­sieurs ma­la­dies.

Ces nou­velles sub­stances sont soit éla­bo­rées dans des la­bo­ra­toires clan­des­tins en Eu­rope, soit im­por­tées d’autres pays (comme la Chine, par exemple). Au­jour­d’hui, la plu­part de ces sub­stances sont dis­po­nibles sur In­ter­net (ou plu­tôt sur la par­tie d’In­ter­net qu’on ap­pelle par­fois le « dark­net »). En 2013, l’OEDT a iden­ti­fié 651 sites qui pro­po­saient aux eu­ro­péens d’ache­ter des « eu­pho­ri­sants lé­gaux ».

Les au­teurs du rap­port ont éga­le­ment at­tiré l’at­ten­tion sur le suc­cès crois­sant des sub­stances psy­choac­tives consom­mées de façon lé­gale, comme mé­di­ca­ments, et dis­po­nibles en phar­ma­cie (avec, ou même sans or­don­nance). Dans cette ca­té­go­rie, les sub­stances les plus pri­sées sont la pré­ga­ba­line, la tro­pi­ca­mide, le car­fen­ta­nil, le phe­na­ze­pam et le phé­ni­but.

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