Style de vie

Freeday: le cyclo-moteur du vendredi d'Athènes

Article publié le 25 août 2011
Article publié le 25 août 2011
Chaque vendredi, à Agion Asomaton, au cœur d’Athènes, pas très loin de l’Acropole, c’est Freeday. Jusqu’à deux ou trois mille cyclistes font un solide tour, qui commence à 22h et à l’habitude de se terminer vers 3 heures du matin. Ce soir, destination Hasia, un petit village à 25 km au nord d’Athènes, autour du Mont Parnitha.

De fausses sirènes de police retentissent. Les gens rigolent et il y a des cyclistes de partout. Des centaines d’Athéniens en vélo ignorent les bus, taxis, voitures, motos, scooters et même les piétons qui les entourent. C’est vendredi, et Freeday parcourt la ville. Quelques conducteurs athéniens, surtout les plus âgés, crient, klaxonnent et tentent de se frayer un chemin parmi la foule à deux roues. La chaîne ne peut toutefois pas être brisée : les cyclistes interviennent avec des coups de sifflet sonores et des regards sévères qui indiquent que ce soir, la route est à eux. Freeday, c’est plus qu’un événement écolo dans la capitale grecque, et c’est aussi plus qu’une provocation insignifiante.

Dans les roues avec Thanos

En tant qu’étranger, je ne me sens pas toujours à l’aise dans ce chaos, et j’ai l’impression que nous agissons un peu irrespectueusement à l’égard des voitures. « Une des choses sympa avec le Freeday, c’est que nous montrons qu’on peut toujours s’amuser, même s’il n’y a pas beaucoup de choses qui vont bien en Grèce », me dit Thanos Andypas, un étudiant cyclo-enthousiaste de 26 ans venu du Pirée, la ville portuaire rattachée à la grande métropole athénienne. Il est là avec quatre amis qui partagent sa passion. Thanos se sent bien sur son VTT, et il fait l’idiot alors que nous cheminons sur les pentes du nord d’Athènes, vers notre but situé à 390 mètres au-dessus du niveau de la mer.

« Nous montrons qu’on peut toujours s’amuser, même s’il n’y a pas beaucoup de choses qui vont bien en Grèce »

Une fois éloignés du centre et arrivés dans les faubourgs plus paisibles d’une Athènes au trafic agressif, il est plus facile d’observer les différents cyclistes. Plusieurs groupes d’amis sont là, avec une légère majorité de jeunes mâles dans leur vingtaine ou trentaine, mais on remarque aussi de nombreux couples, et tous les âges sont représentés, des enfants à d’autres qui semblent avoir dépassé les 70 ans. Même un groupe de 19 jeunes Néerlandais ont rejoint la course dans leurs polos bleu, blanc, jaune. Avant de passer une semaine touristique à Athènes, ils ont entendu parler du Freeday par une tante qui vit dans la cité grecque. « Je suis déjà venu tout seul deux ou trois fois, et j’ai gardé contact avec plusieurs personnes que j’ai rencontrées ici. Et on se retrouve sur des évènements cyclistes ou juste pour sortir », explique Thanos.

« On est en Grèce… »

Un projet pour étendre les infrastructures cyclables athéniennes (incluant 250 kilomètres de pistes pour les vélos) est sur la table, mais Thanos est sceptique sur sa réalisation. « On est en Grèce… », dit-il avant de rire, faisant une pause pour voir si j’ai saisi l’idée. Même si tout changement prend beaucoup de temps à se mettre en place dans le pays, Thanos est fier de faire partie de la culture et de l’histoire grecques. « Certains disent que la Grèce est le dernier pays où nous apprenons encore à nous soucier de notre famille, de notre pays et de notre religion. Peut-être aussi parce que c’est l’une des dernières choses qui nous restent en ce moment », remarque-t-il un peu à contrecœur. Yannis Parasuivopoulos, membre du parti écologiste grec, affirme lui que le Freeday est le genre de mouvement social qui a le potentiel de développer le plus de solidarité sociale volontaire en Grèce, laquelle repose traditionnellement sur la famille et parfois sur le cercle professionnel.

Les organisateurs de l’évènement ne revendiquent pas d’objectif politique, certes. Pourtant, certains cyclistes utilisent l’initiative comme une manière de montrer leur indépendance des structures sociales établies (comme la voiture). Ils démontrent qu’en tant que groupe, il est possible de lutter contre elles. Parasuivopoulos soutient que dans la lutte pour la recherche de solutions à la crise financière, et notamment à la montée du prix de l’essence, les Grecs sont de plus en plus préparés à prendre le virage du développement durable. Préférer son vélo à sa voiture, ça peut être vu comme une partie de la solution. Freeday est aussi une pause vis-à-vis de la culture socialisante locale. « En ce moment, mes amis et moi, on ne peut pas se permettre d’aller aux bars tous les soirs. Au lieu de ça, on va parfois s’acheter des bières dans les kiosques, on va sur une place et on fait des rencontres. Freeday, c’est peut-être parfois un peu trop fou pour moi, mais je n’ai pas d’argent à dépenser dans l’alcool, je fais de l’exercice, et je rencontre de nouvelles personnes qui partagent ma passion », conclut Thanos.

Cet article fait partie de Green Europe on the ground 2010-2011, la série de reportages réalisés par cafebabel.com sur le développement durable. Pour en savoir plus sur Green Europe on the ground.

Photos : Une, cyclists © Freeday official facebook page; in-text bike lane © Ulrik Borch