Style de vie

Entre Playboy et les machos : la Coupe du monde féminine de la FIFA

Article publié le 5 juillet 2011
Article publié le 5 juillet 2011
2011. Pour la femme et le foot dans les médias, ce n’est pas qu’un baiser volé entre Gérard Pique et Shakira, un strip-tease de Zahia ou une photo dénudée de la dernière petite amie de Cristiano Ronaldo, c’est une compétition internationale. Qui l’eût cru ? Le foot féminin fait de plus en plus parler de lui, notamment en Allemagne, où la Coupe du monde a lieu cette année.

16 équipes sont en lice pendant les trois semaines de la Coupe du monde féminine 2011 de la FIFA pour le titre de championnes du monde. Depuis la création en Angleterre en 1895 de la première équipe officielle de football féminin, les « British Ladies », le sport a quelque peu évolué. Pensons que, quinze ans durant, jusqu’en 1970, le foot féminin était interdit en Allemagne. La raison ? « La grâce féminine est mise à mal pendant la lutte pour la balle, le corps et l’esprit y subissent inévitablement des dommages et l’exposition des corps est un outrage à la décence et la bienséance. »

Aujourd’hui, l’équipe allemande féminine, emmenée par sa star absolue Birgit Prinz, est avec le Brésil ou les États-Unis la meilleure et la plus régulière des équipes nationales. Double championne du monde (dont la dernière édition, en 2007), sept fois championne d’Europe et une consécration : l’Allemagne est le seul pays au monde dont les équipes masculine et féminine ont remporté championnat d’Europe et Coupe du monde. De bonnes bases pour que le public s’intéresse de plus en plus au foot féminin, et pas seulement en Allemagne.

Ménagères, playmates, fashionistas…footeuses

La Une de Playboy, la base pour se faire connaître ?De grands projets sont en vue : avec la Coupe du monde, le foot féminin doit enfin sortir de l’ombre. Pour la première fois, tous les matchs seront retransmis en direct par la télévision allemande, l’excitation médiatique atteint des sommets et tout d’un coup, hommes politiques et grandes entreprises se découvrent supporters de l’équipe féminine. Il y a bien sûr encore des remarques négatives : les critiques visant un jeu trop lent, et même les commentaires machos, comme ceux d’un humoriste allemand déclarant « les hommes ont 100 g de cerveau en plus, c’est là que se trouvent, entre autres, les règles du hors-jeu ». Même certaines actions qui partent de bons sentiments tombent un peu à plat… Les clichés ont la dent dure. L’un des partenaires de la compétition est le magazine Brigitte, principalement connu pour son « régime Brigitte » ou ses articles « mode » vieux jeu. L’équipe nationale pose quant à elle pour une chaîne de magasins d’électro-ménager sous le slogan « la plus belle Coupe du monde de tous les temps ». Enfin, cinq joueuses allemandes posent, pas très habillées, pour Playboy, comme si ce sport devait, pour s’établir, passer par la case sex sells.

« Comme les physiques sont différents, le foot féminin n’est pas aussi rapide mais, du coup, il est plus tactique. La compétition est aussi moins déloyale chez les femmes, il y a beaucoup moins de grosses fautes. »

« Ce n’est pas mon truc, mais à mon avis chacun fait ce qu’il veut » : Sabrina Großer ne fait pas partie de ceux qui jugent les photos dénudées des footballeuses. La défenseuse de la 1. FC Union, club berlinois de troisième ligue, vient de passer son bac et joue depuis presque dix ans au foot. Quand on la croise dans la rue, on ne parierait pas que sa passion est un sport de balle. Trop souvent, l’image de la « machine de guerre » à l’allure masculine est encore présente dans les esprits mais la blonde menue ne correspond pas du tout à ce cliché. Jusqu’à présent, elle n’a pas eu souvent à entendre des commentaires idiots et quand c’est les cas « je dis simplement « viens nous voir jouer, tu verras » et la plupart des gens changent d’avis ensuite ». Elle ne voit pas non plus de vraie différence entre le football masculin et féminin. « Bien sûr, le foot féminin a l’air parfois un peu plus statique, surtout à la télé. Le jeu est plus lent que chez les hommes mais dans l’ensemble, c’est le même sport, on s’entraîne exactement de la même façon qu’eux ! » Sa collègue, Josephine Westphal, gardienne de but, est du même avis : « Comme les physiques sont différents, le foot féminin n’est pas aussi rapide mais, du coup, il est plus tactique. La compétition est aussi moins déloyale chez les femmes, il y a beaucoup moins de grosses fautes. » « Faites mieux, on verra après ! » répond-elle franchement aux râleurs et aux dubitatifs.

Son physique attractif et son charme ont fait d’elle une star de la pub et des médias. Sabrina Großer n’y trouve rien à redire « Le football féminin a absolument besoin de publicité »

1% du salaire de Schweinsteiger

La principale différence entre joueurs et joueuses reste celle des salaires. Quand Bastian Schweinsteiger, joueur professionnel allemand, gagne selon la presse autour de 13 millions d’euros, son homologue féminin, Birgit Prinz, gagne à peine 1% de cette somme. C’est injuste ? Peut-être, mais dans une perspective purement économique, un Schweinsteiger rapporte beaucoup plus en produits dérivés qu’une Prinz. Les sommes varient aussi selon les continents : aux États-Unis, les joueuses gagnent chaque saison en moyenne jusqu’à 40 000 $ (environ 28 000€), bien plus que la plupart des Européennes professionnelles. Beaucoup de joueuses ont un autre travail en plus de leur carrière sportive : Sabrina Großer a un petit boulot dans un supermarché en attendant de commencer ses études à l’école de police et Josephine Westphal est kiné.

Joséphine s’agace aussi de ce que le battage médiatique autour des matchs masculins soit toujours plus important que pour les matchs féminins : « On n’entend quasiment pas parler de la première ligue par exemple et la pub pour la Coupe du monde a commencé bien plus tard qu’il y a deux ans pour la Coupe du monde masculine ». Joue-là comme Beckham ? Joue-là comme Prinz ! C’est comme ça qu’on dit, en Allemagne au moins, et si les Suédoises, les Françaises, les Norvégiennes et les Anglaises se battent vaillamment, ce sera toujours ça de gagné pour le football féminin en Europe.

Photos : Une (cc)visiticeland/flickr; WM-Song (cc)YouTube; Birgit Prinz ©birgitprinz.de; Playboy ©playboy.de; Lira Bajramaj ©Page officielle  lirab.com; Vidéo Manifeste (cc)YouTube