Style de vie

Digital detox : mes vacances sans URL

Article publié le 5 août 2015
Article publié le 5 août 2015

Il y a quelques jours, avec Monsieur-qui-partage-ma-vie, nous discutions de nos prochaines vacances. Une semaine au bord de la mer, loin du stress quotidien et de la pollution de la ville, avec le bruit des vagues pour seul environnement sonore.

C’est alors qu’il lâcha LA bombe : « Je mets une condition : tu ne prends ni ton portable, ni ton ordi, ni ta tablette. Pas question de consulter tes mails, ni de laisser Twitter, Facebook et l’actu européenne envahir nos vacances. »

QUOI ? Une semaine sans téléphone ? Sans Internet ? Sans lire un communiqué de presse, ni savoir si Schäuble et Tsipras ont fini par anéantir la Zone Euro ? Il plaisantait là ?

Bon c’est vrai je suis un peu (voire très) accro. Quand je ne suis pas devant mon ordinateur, c’est mon smartphone qui est greffé à ma main. Et le soir, même devant la télé je le consulte toutes les demi-heures. Mais quand même, une semaine…

Au fond du like

Voyant que j’étais au bord de la crise d’angoisse,  Monsieur me suggéra de me remémorer nos dernières vacances. Celles durant lesquelles j’ai moi-même décidé de faire l’impasse sur mes appareils. Pas possible, j’ai fait ça moi ? Mon esprit de junkie de la technologie avait dû occulter ce souvenir.

Mais à bien y réfléchir, il est vrai que l’été dernier j’ai passé une semaine entière sans toucher à mon téléphone, ni à mon PC. Sortant d’une année particulièrement intense, j’avais effectivement exprimé le besoin de me déconnecter de tout durant notre séjour. C’est devenu d’autant plus vrai lorsque je me suis aperçue que je ne faisais des photos qu’en imaginant le nombre de « Like » qu’elles recevraient. Accaparée par l’idée de prendre THE cliché, j’en oubliais de réellement regarder ce que je photographiais. Ça a été un signal d’alarme. Je devais cesser de me concentrer sur le virtuel pour me focaliser sur le réel.

Ce fût un véritable soulagement. J’ai senti disparaître cette obsession constamment présente dans ma vie, comme un bourdonnement en arrière-plan de tout ce que je fais. Plus de stress à l’idée de rater une info ou un mail, de vérification fébrile du nombre de visites sur mon blog... Je me suis sentie libérée.

J’ai recommencé à voir les choses pour ce qu’elles étaient vraiment, et non pour ce qu’elles donneraient en photo. J’ai à nouveau profité du moment présent sans me demander comment le formuler sur Facebook. Je me suis reconnectée à des sensations considérées à tort comme insignifiantes, alors qu’elles sont essentielles pour nous sentir en vie. Savourer le bruit des vagues, les odeurs charriées par le vent, la caresse du soleil, la chaleur du sable quand on s’y allonge, le plaisir de passer des heures à ne rien faire si ce n’est respirer, observer, ressentir, vibrer…Exister quoi ! 

Un annuaire et des cartes à puce

Je me suis laissée aller à des futilités. Lire des magazines féminins, faire les tests stupides qu’ils proposent, en rire avec Monsieur, flâner main dans la main sans but précis, ni précipitation de peur d’être en retard… Discuter de choses vraiment importantes, comme notre avenir, ou au contraire de bêtises, comme les tenues de certains vacanciers. Se reconnecter aux autres par des échanges concrets et non par clavier interposé. 

Durant une semaine, je n’ai pas pensé au boulot, à l’actu, à mes mails, à Internet…J’étais débarrassée de cette perpétuelle inquiétude de tout savoir en permanence et au plus vite (j’ai même cherché un numéro dans un annuaire, c’est vous dire !) J’ai eu l’impression de redevenir un être humain, avec des sensations humaines. Et non plus une machine. On croit toujours que les outils multimédias améliorent nos échanges. C’est faux. Il y a une période où lorsque je voulais avoir des nouvelles d’une amie j’allais jusque chez elle. Maintenant je lui envoie un sms. Et si elle ne répond pas, je lui envoie un mail. Du coup quand je la vois et que je m’extasie sur sa nouvelle coupe, elle me dit que ça fait trois semaines qu’elle est allée chez le coiffeur…

La technologie nous prive de contacts réels et de chaleur humaine. La place qu’on laisse à ces outils leur permet de nous transformer peu à peu en machines nous aussi. Et on court toujours plus vite pour y arriver. La société Epicenter propose désormais à ses employés de se faire implanter une puce d’identification pour remplacer leur badge d’accès, faire des photocopies, payer à la cantine, voire envoyer des informations à leur médecin. De là à se nourrir d’électricité, il n’y a qu’un pas. Je ne suis ni parano, ni adepte des théories de complot, mais on est quand même très proches d’une société dirigée par les machines. Les Wachowski savaient peut-être quelque chose lorsqu’ils ont réalisé Matrix

En attendant, je me prépare à renouveler l’expérience des vacances déconnectées. Je ne suis toujours pas sereine à 100% (et si je rate une info importante ?) mais mon cerveau a bien besoin de cette bouffée d’oxygène pour remplacer toutes les ondes qu’il absorbe en permanence…Et puis comme dit Monsieur : « T’inquiète, l’Union européenne sera toujours là quand tu reviendras ! »