Style de vie

Dialogue avec ma grand-mère : une jeunesse sans erreur 404

Article publié le 18 février 2015
Article publié le 18 février 2015

Je crois que j'ai une indigestion numérique. J'ai 24 ans et mon quotidien ressemble de plus en plus à un circuit imprimé géant. Mamie, Mamie, c'était comment d'être jeune quand tous ces appareils du diable n'existaient pas ?

À mon âge, ma grand-mère, Viviane, était étudiante en médecine à Marseille. Fiancée depuis 4 ans à mon feu grand-père, elle était déjà mère de son premier enfant, mon oncle, alors âgé d'un an. Tous les trois vivaient dans un grand appartement avec ses parents, son oncle et sa tante. C'est dans ce même appartement qu'elle vit toujours, 60 ans plus tard.

cafébabel : Mamie, quels souvenirs gardes-tu de ta jeunesse ?

Viviane A. : Excellents. De très bons souvenirs. Je m’entendais bien avec mes parents, on n’avait pas une vie richissime, loin de là, mais j’étais bien chez moi. Il n'y avait pas de problèmes, je n’étais pas une ado torturée.

cafébabel : Que faisais-tu de ton temps libre le week-end, après les cours ?

Viviane A. : D’abord j’allais me promener, je sortais beaucoup. J’allais regarder les boutiques comme toutes les jeunes filles du même âge. J’allais sur la Corniche (boulevard marseillais au bord de la Méditerranée, ndlr), j’allais me baigner. Je sortais avec des copines, on se retrouvait, on bavardait. Enfin, une vie qui se fait encore maintenant je pense. A côté de cela, je lisais beaucoup de romans et de livres classiques. J’étais abonnée dans une bibliothèque, j’allais chercher au moins cinq à six livres par semaine. On passait beaucoup de temps en famille aussi.

cafébabel : Quelles étaient vos activités en famille ?

Viviane A. : On parlait beaucoup entre nous. Peut-être plus que maintenant. On se racontait ce qu’on avait fait, ce qu’on avait vu, les amis qu’on avait rencontrés, les cours qu’on nous avait donnés. Parfois il y avait des choses que je ne comprenais pas bien, je demandais des explications à mon père lui-même médecin. Puis on avait beaucoup de devoirs pour l'université quand même. Quand on avait le temps et que tout le monde en avait envie, on faisait des jeux. On jouait aux dominos, aux cartes. On tricotait aussi, on faisait de la couture. La couture, ça a complètement disparu. Maintenant on achète « tout fait », on jette « tout fait », si je puis dire. Tandis qu’à l’époque, on allait chercher un patron, on allait chercher son tissu. Moi je savais coudre, piquer à la machine. Broder, je n’aimais pas trop. Mais tricoter oui ! Le tricot c’est très bien parce qu’on peut bavarder en même temps. Avec ma mère ou même, si mon père était là et faisait ses mots croisés, je tricotais et on bavardait. On écoutait aussi beaucoup la radio. On écoutait certaines émissions mais pas beaucoup de musique. D'ailleurs je faisais du piano quand j’étais jeune, ça faisait aussi partie de mes activités. Mais la musique finalement je n’en ai pas fait beaucoup.

cafébabel : Comment t’organisais-tu pour retrouver tes amis sans mail, sans téléphone ?

Viviane A. : On se voyait à la fac. On se donnait rendez-vous et on faisait la Canebière (grande rue centrale, donnant sur le Vieux Port de Marseille, ndlr) de haut en bas, de bas en haut. Je me souviens d’un jour où ton grand-père était venu me voir pour l'une des premières fois. J'étais sortie et il avait demandé à mon père où je pouvais bien être, pour me retrouver. Alors Papa lui avait répondu « oh ce n’est pas difficile, vous allez sur la Canebière et vous la trouverez d’un côté ou de l’autre ». Ce qui ne se fait plus du tout maintenant.

cafébabel : Aujourd'hui tu utilises toi-même un téléphone portable, un ordinateur, une télévision. Que penses-tu de toutes ces nouveautés ?

Viviane A. : C'est très intéressant. Moi ça me plaît. Tant que tu ne les connais pas, tu n’en es pas privé(e). Maintenant que je les utilise, surtout à mon âge, je pense que c’est bien agréable, bien commode. D'ailleurs, à ton âge et même des années après, la télé on ne l'avait pas. On allait la regarder le jeudi chez une cousine.

Cafébabel : Tu penses quoi de tous ces jeunes qui ont toujours leur téléphone à la main et leurs écouteurs dans les oreilles ?

Viviane A. : Je pense que c’est excessif. J’en connais dont les grands-parents se plaignent parce que c’est presque toute une partie de la nuit qu’ils passent sur l’ordinateur. Ils sont obligés de se lever en pleine nuit pour éteindre l’ordinateur de leurs petits enfants car ils se sont endormis dessus. C’est comme la télé, il faut se limiter. Évidemment on ne doit plus beaucoup lire, c’est ça qui est dommage. Ceci étant dit, on ne lisait pas non plus des romans extraordinaires de mon temps. Il y avait les classiques, de beaux romans et de beaux livres. Mais il y avait beaucoup de livres, quand je les retrouve maintenant, je me dis « Bon… Ce que l'on voit à la télé, ce n’est pas bien pire ! ».

cafébabel : Si c’était à refaire, tu préfèrerais avoir grandi à quelle époque ?

Viviane A. : Je suis très contente de mon époque et de tout ce que j’ai vu. C’est vrai que j’aimerais être plus jeune pour voir encore ce qui va venir après mais c’est tout. Pourtant je suis une enfant qui a vécu la guerre, tu vois. Mais j’étais bien chez moi, bien entourée dans une famille unie et plutôt gaie. C’était peut-être le plus important finalement.