Style de vie

Dépréciation entre Européens : un Italien met les mains dans le cambouis

Article publié le 12 mai 2011
Article publié le 12 mai 2011
Entre Européens, on s’appelle par des petits noms rarement sympathiques. Ce phénomène s’appelle  l’« ethnophaulism » (« ethnophaulisme », langage dépréciatif des peuples ). Un Italien s'est penché sur les racines de ces expressions désobligeantes, lui qui a été confronté à des «  Eh, Ritals ! » plus d'une fois.
Les Italiens sont souvent associés à la focaccia, et ils appellent les Allemands crucchipain »)... Mais ils ont oublié que le terme crucchi ne venait pas d’outre-Rhin !

Et oui, car « kruh » veut bien dire pain mais en serbo-croate et c’est ce mot que les soldats croates de l’Empire Autrichien utilisaient pour réclamer de la nourriture aux Italiens durant la Première guerre mondiale. La plupart des surnoms péjoratifs que l’on se donne trouvent leur origine dans les conflits, souvent finis dans un bain de sang : ainsi pour les Allemands et les Autrichiens, les Italiens sont devenus les « Itaker » (« Italienischer Kamarad ») durant la Première guerre mondiale. Tandis que les Français ont rebaptisé leurs ennemis germaniques du nom de la tribu marocaine qui leur avait donné du fil à retordre durant l’époque coloniale : les « Chleuh. »

L’aspect physique rentre aussi en compte, voire même la consistance du crâne : « boche », en français, vient de « albosh » (contraction de allemand et bosh, c'est-à-dire « caboche »). Plus simplement, les Allemands ont la tête dure. Les Anglais, quant à eux, ont seulement besoin d’aller à la plage pour se faire remarquer, ils deviennent alors rouge comme un « rosbeef » (dans le Sud de la France), comme une « mangosta » (« langouste ») et comme des « cangrejos » (« crabes ») en Espagne.

La haine et le mépris se déchainent également quand on « vole » le travail des locaux. C’est la triste histoire des ritals, appelés ainsi à cause du R dur, par les habitants de Aigues-Mortes, ville de Salines du Sud de la France. Des dizaines de Piémontais ont été massacrés par leurs homologues français en août 1893, car ils acceptaient de travailler pour les deux tiers du salaire fixé. C’est pour le même motif qu’en France, les Polonais sont devenus les « polaks », et les Portugais, les « portos. »

La revanche sur les Français, ce sont les Espagnols qui la prennent en les appelant « gabachos » : la théorie la plus avancée est que ce terme provient du mot occitan « gavatx », qui veut dire grossier paysan, cruel comme les Galli (coqs) si l’on y songe bien. Les Français mangent des grenouilles donc il est facile pour les Anglais de les appeler « frogs ». Si l’on compare, « spaghetti » (en Espagne) et « maccaroni » (en Angleterre), semblent être un compliment pour nous autre Italiens !

Illustration : ©Henning Studte/www.studte-cartoon.de/