Style de vie

De New York à la Bulgarie : une épopée culinaire 

Article publié le 21 janvier 2015
Article publié le 21 janvier 2015

Qu'est-ce qui pousse une New Yorkaise à tout plaquer pour venir s'installer dans une bled bulgare ? L'amour de la terre et de la cuisine durable, tout simplement. Casey Angelova, Américaine expartiée, nous parle de culture culinaire en Bulgarie, qui n'est pas « un truc d'hippies extremistes ».

« Est-ce qu'on pourrait se voir avant la fin d'après-midi ? Après il faudra que je prépare le dîner... », demande Casey Angelova de sa voix calme et enjouée, bien qu'elle soit très occupée. Si tous les plats sont importants pour elle, celui du soir est un rituel qu'elle partage avec ses trois enfants. Et quand votre mère est experte culinaire, en jardinage, et consultante agricole, mais également militante alimentaire, le dîner ne peut être que délicieux...

« Pas un truc d'hippies extremistes »

Casey fait partie de l'antenne bulgare de Slow Food – un mouvement dédié à la qualité de la nourriture et à sa valeur. Elle est également une agricultrice innovante. Son blog Eating, Gardening and Living in Bulgaria (Manger, jardiner et vivre en Bulgarie ndt) connaît un certain succès. Casey vit à Kyoustendil (à l'extrême ouest du pays, ndlr) avec son mari bulgare depuis plus de sept ans. Casey est une femme très occupée, et même pour une simple conversation, le temps lui est précieux.

Casey est diplômée du Culinary Institure of America, et est toujours en train de travailler des projets innovants. Elle se consacre à donner des cours sur l'éducation alimentaire dans l'école de sa fille. Lors de ses cours, elle s'efforce d'encourager une attitude saine envers la nourriture et enseigne aux enfants comment choisir des aliments sains et nourrissants. 

« À en croire certains, accorder de l'attention à la nourriture et au vin est parfois délibéremment considéré comme une attitude snob, et il y a une part de vérité là-dedans, surtout si l'on se réfère à certains groupes de personnes qui utilisent ce "savoir" comme un indicateur de statut social. Mais ça n'est pas toujours le cas , affirme Casey. « Il ne s'agit pas non plus d'un truc de hippies ou d'extrémistes, ajoute-t-elle. Il s'agit de retrouver le plaisir de manger, de faire des choix engagés quant à la nourriture que nous mangeons. » « C'est une bonne chose que de connaître les personnes qui produisent la nourriture que vous mangez », souligne Casey, même si la plupart des gens ne connaissent que le supermarché où ils font leurs courses.

Une approche très terre-à-terre

Casey et son mari possèdent un vaste jardin où poussent épices, légumes, fruits, noisettes et citrouilles et dans lesquels ils puisent une alimentation équilibrée. Ils ont aussi des poules et des abeilles. Dans une autre parcelle, ils font pousser des cerises, des noisettes et des asperges qu'ils vendent sur le marché local. Les agriculteurs des environs la trouvent probablement assez étrange en raison des méthodes qu'elle utilise. Certains se demandent comment elle parvient à faire pousser des plantes sans produits chimiques. Si Casey en est capable, c'est qu'elle se tient informée des pratiques permettant une croissance durable et la préservation de la santé des sols.

Selon Casey, l'un des problèmes essentiels est le manque de respect et les stéréotypes dont sont victimes les personnes qui travaillent dans le domaine de l'agriculture en Bulgarie. « Les gens en Bulgarie pensent qu'il ne s'agit pas d'un travail intellectuel. Pourtant, ce sont des métiers qui demandent des connaissances et des savoir-faire. Par exemple, vous devez comprendre comment fonctionnent l'économie, le marché, ou encore la chaîne alimentaire », relève Casey, qui doit elle-même faire face à de nombreux facteurs changeants sur le marché des cerises de Kyoustendil.

Elle rencontre des problèmes tels que les coûts changeant en permanence et l'existence d'un monopole sur le marché qui empêche les petits cultivateurs de développer leur activité. Pour cette raison, la famille est en train de concentrer ses efforts sur la culture des noisettes et des asperges, pour lesquels une demande existe sur le marché mondial.

De New York à Kyoustendil

Casey est convaincue que les États-Unis sont actuellement entrain de se détacher du modèle fast food, pour revenir à un mode de vie plus sain et à la nourriture bio. Dans le même temps, d'autres pays comme la Bulgarie sont en ce moment confrontés au défi des conséquences liées au prêt-à-manger, telles que les maladies chroniques.

« Il ne faut pas se laisser tenter par les soupes en brique, les chips, les légumes tout prêts, qu'on trouve partout dans les magasins », affirme Casey, qui a pu voir par elle-même que la consommation de ces produits était courante aux États-Unis.

« On peut trouver étrange que j'aie quitté New York pour m'installer dans une petite ville, mais je me plais plus dans ce style de vie », nous confie Casey qui a donc mené plusieurs existences. Avant de cultiver son jardin, elle a travaillé dans le milieu de la télévision, à New York, pour ensuite devenir  chef dans un hôtel de luxe, en Bulgarie.

« Le style de vie de ces restaurant prestigieux ne me convenait pas, surtout quand j'ai décidé d'avoir des enfants. Dans le même temps, mes connaissances en cuisine se développaient constamment. J'ai pris conscience que, si dans l'avenir il se pouvait que j'ouvre mon propre restaurant, la prochaine étape consistait à se concentrer sur ce qui fait une bonne nourriture. Et tout ce que j'ai fait jusqu'à présent m'a conduite à la nourriture et à la terre, ces choses qu'on dit "fondamentales". Mes projets évoluent chaque jour, mais c'est toujours mon amour de la nourriture qui me guide. » Aussi chaleureux qu'un plat sorti du four.