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Conférence Le Web : vers une Silicon Valley européenne ?

Article publié le 21 décembre 2011
Article publié le 21 décembre 2011
Comme chaque fin d’année à Paris, se tenait la conférence Le Web qui réunit les plus grandes figures d’Internet afin de parler de grandes tendances futures. Sur scène, c’est le succès des grands groupes qui est consacré. En coulisse, c’est l’occasion pour l’Europe de rattraper son immense retard sur le prochain défi numérique.

Écran géant, micro-oreillette, néo lumineux, scène de concert… non ce n’était pas une nouvelle Apple Keynote mais la conférence Le Web 2011 qui célébrait en grande pompe sa huitième édition, le 7, 8 et 9 décembre dernier. Plus de 3000 participants étaient donc réunis pour vibrer aux enseignements des principaux acteurs des nouvelles technologies sur l’année écoulée. Lancée en 2004 par le blogueur et entrepreneur français, Loïc Le Meur, cette « geek-party » est surtout l’occasion de faire le point sur les grandes tendances du Web ainsi que sur les futurs outils high-tech. Si les principaux papes (américains) de l’Internet étaient présents à Paris (Eric Schmidt de Google ou Sean Parker, fondateur de Napster), cet évènement était surtout l’occasion de porter au grand jour les ambitions de l’Europe dans une importante course à l’innovation numérique.

« Les Français sont plus sophistiqués que les Américains »

Oui, car l’Europe est à la traîne. S’il veut avoir une petite place dans ce vaste écosystème, le Vieux Continent doit très vite mettre en place un arsenal de mesures vitales. La bonne nouvelle c’est que ces mesures ont été évoquées. Lors d’une table ronde, Nicolas Princen, conseille de Nicolas Sarkozy pour le numérique et Eric Van der Kleij, directeur d’une organisation chargée de développer la « City du Numérique » à Londres, ont exposé les initiatives capables d’attirer entrepreneurs et investisseurs du numérique en Europe. La mauvaise nouvelle, c’est la nature même de ces mesures. « Aides publiques », « infrastructures » et « mise à disposition des données collectées par l’ Etat », voilà les initiatives abordées. Autrement dit, le flou total. Donc rien sur les dispositions concrètes qui permettrait à l’Europe de se positionner sur un marché du numérique. Finalement, le salut de notre cher continent viendrait peut-être des Américains eux-mêmes. Guidé par sa maxime « Don’t be evil with the other » (« ne sois pas méchants avec les autres »), Eric Schmidt, le président exécutif de Google, a fait part de son désir de voir émerger une concurrence pour la Silicon Valley en Europe. C’est ainsi qu’il justifie la récente ouverture des locaux flambant neufs du nouveau centre culturel de Google, « Googleplex » à Paris, inauguré en présence du président de la République française.

A cette occasion, Schmidt a dragué la France. Dans une interview donnée à Libération et datée du 7 décembre 2011, il régale : « On a investi en Europe plus tôt que nos concurrents et les Français sont plus sophistiqués que les Américains. » Sûrement animé par la volonté de gommer les malentendus entre Google et les Français (dans la même interview, Schmidt indiquait : « le gouvernement de l’époque, le ministre de la Culture n’étaient pas contents de nous. Ils pensaient qu’on prenait les boulots français, sans investir ici, ni dans le développement de la culture française »), le CEO de Google ne s’arrête pas là. En effet, en pleine conférence, le voilà qu’il pointe les principales difficultés dont souffre actuellement la Silicon Valley. Et qui pourraient évidemment faciliter l’émergence de concurrents européens.

Le déclin de l’Empire américain

Ainsi, le secteur technologique américain souffrirait par exemple de problèmes de recrutement : les diplômés en sciences informatiques font l’objet d’une véritable guerre entre les startups d’un côté et les grands groupes (Facebook, Google et Microsoft) de l’autre. Cela dit, le mal est bien plus grand puisque c’est aussi d’un défaut de culture entrepreneuriale dont il s’agit. En d’autres termes, les firmes américaines recherchent désormais le profit maximum en vendant une start-up le plus vite possible pour recommencer un nouveau projet. Conséquence ? Une énorme perte d’innovation qu’a également soulignée Sean Parker, fondateur de Napster et principal actionnaire de Facebook.

Bref, ces failles dans la Silicon Valley sont autant d’atouts pour que l’Europe puisse se placer dans la course au défi numérique. Il manquerait juste au Vieux Continent la volonté d’abattre ces bonnes cartes. Et de s’inspirer de la seule entreprise européenne à avoir réussit à s'imposer sur le marché américain : le Suédois, Spotify.

Toutes photos : leweb3/flickr ; Vidéo : Le Web/flickr