Style de vie

Ce que j'ai appris sur la cuisine allemande grâce à un supermarché

Article publié le 3 août 2015
Article publié le 3 août 2015

Oubliez les saucisses et les pommes de terre – la véritable cuisine allemande est bien plus diverse, et parfois beaucoup plus étrange, bien plus que ne le laissent penser vos stéréotypes. Témoignage d’une étudiante américaine au service d’un supermarché de Hambourg.

Je travaille dans une chaîne de supermarchés allemands, où je prépare les articles commandés en ligne par les clients. Dotée d’un petit scanner et d’un grand chariot, je dois découvrir l’emplacement de n’importe quel produit obscur, du Studentenfutter (que l’on pourrait traduire par « nourriture des étudiants » et qui consiste en un mélange de fruits séchés et fruits à coques) au babeurre à la mangue (oui, les Allemands boivent du babeurre pur) en passant par le Hüttenkäse (le « cottage cheese »).

Bonbons et bibine 

Ce boulot à temps partiel me permet de financer mes études de journalisme. Bien que ce job ne me déplaise pas, il est tout de même un peu déprimant de constater comment se nourrissent les gens – comme aux États-Unis, pizzas surgelées, soupes en boîte et plats micro-ondables semblent être la base de l’alimentation de nombreuses personnes. Sans mentionner les chips et les bonbons – j’ai découvert une vaste gamme de marques de bonbons allemandes autres que Milka, Haribo et Ritter Sport, et des parfums de chips dont j’ignorais l’existence, comme le bacon et le paprika. N’oublions pas l’alcool bon marché... Un client a commandé aujourd’hui 18 bouteilles d’un litre de gin Gordon, et 18 autres bouteilles de Schweppes Indian Tonic (soit ce client organise une soirée, soit il est alcoolique). Le prix de 18 litres à 40% d’alcool ? 180€, soit à peine 10€ la bouteille. 

J’ai également appris que les Américains ne connaissaient que peu de choses quant aux produits utilisés quotidiennement par les Allemands. Les denrées américaines se limitent généralement au lait, au beurre et au yaourt. Ici, nos grands supermarchés proposent aussi de la crème, du fromage à la crème, du cottage cheese, de la crème aigre, et même de la crème fraîche, si vous savez où chercher. En outre, les Allemands consomment du quark, une sorte d’épaisse substance laiteuse à étaler sur du pain ou à déguster à la cuillère. Chaque produit présente au moins deux pourcentages différents de teneur en graisse, même si elles diffèrent entre elles – au lieu d’1% et 2% de lait, vous trouverez 1,3%, 1,5%, 1,8%, 3,5%, et 3,8%, selon la marque. En dépit de leur amour pour le fromage de lait cru, vous ne dénicherez aucun lait cru en supermarché : à la place, vous vous tournerez au lait ultra-pasteurisé qui n’a pas besoin d’être réfrigéré. Des produits laitiers déclinés en plusieurs parfums, doux et fruités pour les yaourts et le babeurre, aux herbes, au paprika ou à l’ail pour le fromage à la crème, le quark et le beurre.

Comme si cela ne suffisait pas, vivre en Allemagne m’a permis de découvrir qu’il existait de nombreuses variétés de pains dans le monde, plus que je ne l’imaginais. L’habituel pain « grillé » n’est pas très apprécié ici, et le pain blanc demeure tout aussi difficile à trouver. Les Européens du Nord se tournent davantage vers des variétés comme le pain entier, le pain aux noix ou les pains de seigle noir. J’ai également vu du pain aux graines de tournesol, aux pépins de citrouille, aux carottes, aux pommes de terre, protéiné, pour n’en citer que quelques-uns. Si un Allemand vous invite pour un déjeuner, attendez-vous à au moins deux types de pains tranchés, accompagnés de garnitures telles que du quark, du fromage à la crème, des tranches de fromage, de la charcuterie, du beurre, de la confiture ou encore du Nutella. Aux Pays-Bas et en Belgique, le pain est saupoudré de vermicelles au chocolat. Dans cette partie du monde, ces mets sont considérés comme un véritable plat à part entière – à l’instar du plat national danois, le smørrebrød.

De l'eau dans le gaz

Un phénomène culturel étrange, dont je ne peux croire qu’il n’a pas rendu les Allemands célèbres hors de leurs frontières, consiste en leur amour pour l’eau gazéifiée. Les commandes de packs de six bouteilles d’eau d’1,5 litre ou des caisses de douze litres sont l’une des dernières commandes que j’aime réaliser. Gaspillage d’argent et destruction de l’environnement, transport difficile, et presque impossibilité à dénicher la demande exacte, en raison des diverses variétés, expliquent ce désamour. Outre les différentes marques d’eau en bouteille, il existe divers niveaux de gazéification, de l’eau plate ou naturelle à la minérale, la medium et la « sprudel ». Alors que mon colocataire et moi préférons ne pas dépenser nos maigres économies d’étudiants en nous approvisionnant au robinet gratuitement, la majorité des foyers allemands « convenables » disposent de réserves de bouteilles d’eau gazéifiée d’1,5 litre dans leur garde-manger, à boire à l’heure des repas. Demander de l’eau du robinet peut être vécu comme un affront à l’hospitalité de certains Allemands, qui me répondent « non, ne vous inquiétez pas, on a de l’eau minérale, vous n’avez pas à boire l’eau du robinet ».

Outre-Rhin, le début de l’été est synonyme de saison des fraises et des asperges. Ainsi, en mai ou juin, des centaines de petits étals en forme de fraise surgissent aux quatre coins de la ville, présentant des asperges fraîches locales et des fruits. Si les fraises demeurent la denrée la plus prisée, framboises, myrtilles et cerises sont également en vente. Les asperges occupent une place particulière dans la culture culinaire allemande. Même si je n’en ai pas bien compris la raison, il semble que ce symbole de l’été possède une signification spéciale aux yeux des gens, qui ont grandi en mangeant des asperges. Alors que je suis habitué aux asperges vertes du centre de Washington, consommées grillées, cuites à la vapeur ou fraîches, les Allemands préfèrent leurs homologues blanches, plus épaisses et insipides, cuisinées avec une crème également à base d’asperges blanches (l’attrait de ce plat m’échappe encore). De nombreux restaurants ont par ailleurs intégré un « menu aux asperges » spécial dans leurs menus habituels de la saison.

Bien que vous trouverez certainement une schnitzel (escalope à la viennoise) ou une wurst (saucisse) chez les grands-mères allemandes, l’alimentation quotidienne des Allemands d’aujourd’hui diffère grandement de ce qui était consommé il y a cinquante ans. Pizzas surgelées et bonbons font office d’attraction presque universelle en Occident, Allemagne compris. Quand vous séjournerez ici, essayez d’être à l’affût de ces curieux plats impliquant du lait ou des asperges…

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Cet article a d'abord été publié sur le blog d'Alison Haywood, Following the Wanderlust.