Style de vie

Bruxelles, un Eldorado pour les jeunes européens ?

Article publié le 11 octobre 2016
Article publié le 11 octobre 2016

Malgré les événements tragiques de ces derniers mois, la ville reste bel et bien un endroit très prisé des jeunes citoyens européens en quête d’un travail. CaféBabel s’est penché sur le phénomène.

Bruxelles, capitale de la région Bruxelles-Capitale, capitale de la Flandre, capitale de la Belgique, certes. Mais Bruxelles reste avant tout, aux yeux de nombreuses personnes des quatre coins du continent, la capitale de l’Europe, dotée d’une grande force d’attractivité. Et pour cause, comme l’indiquait Le Figaro l’an dernier, elle est la deuxième ville dans le monde où le pourcentage de résidents nés à l’étranger est le plus haut, après Dubaï.

À l’heure où des centaines de jeunes affluent pour débuter leur stage dans les institutions de l’Union européenne ou dans les bureaux de lobbying, nous avons souhaité en savoir plus. Combien y a-t-il de jeunes expatriés à Bruxelles ? Que font-ils ici ? D’où viennent-ils ? Et qu’y trouvent-ils ?

Près de 400 000 expatriés à Bruxelles

Par « expatriés » à Bruxelles, on entend toutes les personnes, européennes ou non, qui ont quitté leur État d’origine pour venir s’installer dans la capitale belge. Il s’agit d’une définition très large, qui recoupe un ensemble de personnes et de motivations extrêmement différentes.

Cet ensemble hétéroclite représente quoiqu’il en soit plus d’un tiers de la population bruxelloise, soit près de 400 000 personnes, d’après l’Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA). Chez les Européens, les Français arrivent en tête avec plus de 60 000 ressortissants établis, devant les Italiens, les Roumains et les Espagnols.

Parmi eux, beaucoup de jeunes. Ainsi, Salvatore Orlando, responsable national de la clientèle expatriée chez BNP Paribas-Fortis, estime que « les jeunes de 18 à 35 ans représentent environ 30% de la clientèle expat’ ». D’après lui, ces derniers viennent pour deux raisons : étudier (surtout en master) ou trouver un travail. Ce qui fait de Bruxelles un carrefour, où se retrouvent des milliers de jeunes en quête d’un avenir meilleur.

« Parler trois langues, c'est presque obligatoire »

Les jeunes qui viennent sont avant tout à la recherche d’opportunités dans un environnement international unique sur le Vieux Continent. « Bien sûr, Bruxelles, c’est les 28 pays de l’Union européenne, mais pas que ça. Il y a beaucoup d’organisations internationales et d’organisations non-gouvernementales qui sont basées à Bruxelles », nous affirme Paul McNally, le rédacteur en chef du journal The Bulletin, qui s’adresse aux expatriés en Belgique. Martina, 22 ans, s’est expatriée à Bruxelles car « il y a beaucoup d’opportunités pour contribuer au projet européen, mais aussi un environnement très international ».

En effet, au-delà des institutions de l’Union, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a son siège à Bruxelles, quand l’Organisation des Nations Unies (ONU) ou l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) y disposent d’une antenne, sans compter les dizaines d’ONG de défense des droits de l’Homme, de protection de l’environnement et les innombrables bureaux de représentation d’entreprises internationales. Comme nous le rappelle Salvatore Orlando, « plus de 2 000 multinationales sont présentes à Bruxelles et plus de 20 000 lobbyistes gravitent autour des institutions des institutions de l’Union ». Autant d’opportunités pour des jeunes polyglottes assoiffés de découvertes et de rencontres.

La diversité linguistique est effectivement une des données fondamentales à Bruxelles, comme ajoute Paul McNally. « Une des choses les plus importantes sur le marché du travail à Bruxelles, c’est le fait de pouvoir parler plusieurs langues. Il y a un perpétuel besoin linguistique. » Effectivement, pas moins de 104 langues sont parlées dans la capitale de l’Europe.

Et ce multilinguisme se retrouve bien évidemment sur le marché de l’emploi. « Ici, il ne suffit plus de parler deux langues. Parler trois langues, c’est presque obligatoire, alors que certains en parlent quatre ou cinq. C’est un marché très compétitif », ajoute Salvatore Orlando.

Un an et demi de stage minimum pour trouver un travail

Compétitif, c’est l’adjectif qui qualifie par excellence le marché du travail bruxellois. En effet, des jeunes de toute l’Europe avec des diplômes et compétences similaires se côtoient dans cette « bulle » européenne et internationale. Si les opportunités sont nombreuses, la concurrence, elle, l’est tout autant.

Ainsi, de nombreux jeunes diplômés, à qui l’on avait promis un brillant avenir, se retrouvent sur le carreau une fois arrivés en Belgique. « C’est un marché qui est saturé, où il y a trop de personnes avec le même niveau de qualification », nous affirme Nuno Loureiro, cofondateur de l’association Brussels Interns NGO (BINGO), dont le but est de promouvoir des stages de qualité et d’aider les jeunes en recherche d’emploi et de stage.

Les stages justement, le prérequis essentiel pour démarrer sa carrière professionnelle sur le marché de l’emploi à Bruxelles. Ils sont nombreux à en accumuler deux, trois ou plus, afin de se constituer une expérience significative pour pouvoir prétendre à un poste. « Je dirais qu’il faut un an et demi, au minimum, de stage, voire deux, avant de décrocher un travail », ajoute Nuno.

Ce n’est évidemment pas une règle d’or, certaines personnes réussissant (heureusement) à obtenir le précieux sésame plus rapidement, à l’image de Margot, 24 ans, qui a obtenu un CDI après deux stages de quatre mois chacun. À l’inverse, Flora (prénom d’emprunt), 25 ans, en est à son cinquième stage, deux ans après avoir obtenu un diplôme de relations internationales.

Dans cette situation, il semble que deux cas de figure se présentent à ces jeunes expat’s. Certains renoncent suite à plusieurs stages et préfèrent rentrer dans leur pays d’origine pour chercher un travail dans un autre domaine ou reprendre une formation, comme c’est le cas de Guillaume, 26 ans. « J'ai choisi de rentrer à la suite de mon quatrième stage. J'ai mal vécu le fait de ne pas trouver de travail après de longues études. Le point de rupture à été atteint alors que je cherchais un emploi depuis deux ou trois mois. Ce jour-là, je prenais un verre avec une amie qui terminait son stage (non rémunéré) et était chargée de trouver un remplaçant. Bien que l'annonce n'ait été publiée que sur le site de son lobby, plus de 300 CV étaient déjà arrivés en moins d'une semaine », nous dit-il.

Alors que d’autres persistent dans cette voie, quitte à faire un travail alimentaire en attendant de trouver un emploi ici. « Moi-même j’ai insisté pour rester à Bruxelles. Rentrer au Portugal n’était pas une option pour trouver un travail. Entre le moment où je me suis dit ''J’arrête les stages'' et le moment où j’ai trouvé un emploi dans la bulle européenne, j’ai travaillé cinq mois dans un supermarché », nous confie Nuno.

Ainsi, si « la qualité de vie est agréable à Bruxelles » d’après Paul McNally, notamment en raison des nombreux événements culturels et d’un environnement très international,  la capitale belge n’est pas forcément l’Eldorado de l'emploi espéré par les jeunes expatriés.

___

Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée.