Style de vie

Branco Stoysin : « On peut tout apprendre par soi-même ! »

Article publié le 3 décembre 2007
Article publié le 3 décembre 2007
Guitariste autodidacte originaire de l’ex-Yougoslavie, Branco Stoysin a vu son rêve se réaliser à Londres. Sa musique célèbre le soleil et les Balkans à travers des chansons folk et jazzy.

« Je suis né à Novi Sad. J’ai grandi très vite. A 10 ans, je faisais déjà 1,80 mètre. Maintenant je vis à Londres », s’exclame Branco Stoysin, en guise d'introduction. Cheveux longs, petite barbe et fines lèvres, mon interlocuteur est certes un grand gaillard. Cela ne saute pas aux yeux mais monsieur est coquet : il refuse de dire son âge.

Je parie sur la quarantaine. Cet auteur-compositeur est le maître des allusions. Avec lui, il faut donc savoir lire entre les lignes.

Nous sommes installés dans un café à cent mètres de la Tamise, au coeur de la capitale la plus rock’n’roll d’Europe. Pourtant, c’est de jazz dont nous allons parler : Stoysin peut se targuer d’être l’un des rares guitaristes serbes qui se produit en concert au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, tout en donnant des cours de guitare.

Autodidacte

« J’ai commencé à jouer à 15 ans. J’ai demandé à mes parents de m’acheter une guitare et j’ai appris tout seul ». Autodidacte et fier de l'être : « On peut tout apprendre par soi-même, c’est dur mais pas impossible. J’ai travaillé comme technicien pendant neuf ans après des études d’ingénierie en chimie, et à côté, j’écrivais des chansons et je jouais de temps en temps », se souvient Branco. «C'est seulement à Londres que je suis devenu musicien professionnel ».

Entre temps, au début des années 90, c'est l'éclatement de la Yougoslavie, un évènement qui le pousse à partir. « Les problèmes ont commencé, je pouvais voir la haine chez les gens... Je ne voulais pas faire partie d’une société divisée .» Silence : Stoysin ne souhaite guère s’étendre sur le sujet. A l'époque, il a simplement pris son baluchon et quitté son pays natal dans lequel il n’est jamais retourné.

Direction la Grèce, pour vivre un rêve de gamin : « Jouer de la musique pendant l’été et l’hiver, hiberner et écrire des chansons ». Il rit en se souvenant de ces quelques mois, tout en croquant dans bon cœur dans un beignet.

Et reprend son récit: l’arrivée à Londres en 1992, la galère et les premières années difficiles. En1998, finalement, son premier album est produit. Et c’est l’enchaînement : un autre album solo puis trois albums en trio sortent dans les bacs. Tous ont des titres évocateurs : ‘Something between the sea and the sky', 'Amber' ou 'Heart is the bridge'. Sur les pochettes rayonne chaque fois une nature apaisée.

Ecouter quelques extraits de la musique de Branco Stoysin

Lumière !

Ce n’est pas pour rien que Stoysin a appelé sa maison de production 'Sun Recordings' : son inspiration, c'est le soleil. « Les gens n’ont pas conscience du soleil, ils le prennent pour acquis. C’est une étoile formidable qui nous donne la lumière et la vie ! Cela m’énerve, qu’on l’écrive avec un petit 's' ... Je me suis battu, j’ai même écrit aux journaux et aux écoles pour demander que le mot soleil soit écrit avec un 'S' majuscule ! » Une requête originale qu’il formule encore à chaque concert.

Côté influences, ce sont Joey Bass, Charlie Parker, la musique brésilienne et la musique classique qui l’ont marqué, mais aussi et surtout la musique serbe traditionnelle. « Ma mère adorait cette musique, j’ai grandi dedans. Mais je n’en ai joué qu’en arrivant ici et j’ai réalisé que c’était magnifique. »

Finalement, « Quand on est au milieu de quelque chose, on ne le voit pas » ajoute-t-il comme une maxime qui s’applique à lui même conscient, comme il le dit, de la « frilosité » du bonheur.

Même s'il n'y est jamais retourné, Branco célèbre son pays natal dans une musique oscillant entre jazz et folk. L'image qu'il en garde reste pure et intacte. « J’utilise la musique comme un écrivain userait d'un livre », explique-t-il, considérant ses chansons comme des messages.

Quand je lui demande s’il se sent Serbe, sa réponse est inattendue : « Je me sens Yougoslave. Mais comme maintenant, la Yougoslavie n’existe plus politiquement, je n’existe plus…Tu es en train de parler à un fantôme ! »

Ecrire de la musique, jouer en concert avec son trio, donner des cours de guitare au Goldsmith Collège. Aujourd'hui Stoysin « réalise son rêve ». Même si la concurrence est rude et qu’il est difficile de se faire remarquer, il dit cultiver l’authenticité comme une religion.

En clair, pas question de vendre son âme en se pliant aux lois du marketing : le guitariste balkanique crée sa musique et ses pochettes lui-même, et le moindre détail est porteur de sens. Stoysin fustige Internet qui « déconnecte les gens », et résiste aux sites communautaires comme 'MySpace' ! «Pour quoi faire ? J’ai mon propre site ! ». Décalé et laconique, il affirme lui-même ne plus écouter de musique car il a « besoin de silence pour écouter ce qu’il y a autour de lui ».

Branco Stoysin sur ...

…la politique

I faut s’intéresser à la politique. La politique gâche notre vie !

… l’ironie de la vie

La veille de mon départ de Yougoslavie, on m’a offert un job permanent dans la musique à Novi Sad. J’ai répondu que c’était un peu tard ! Mais la tentation était grande.

… la musique gratuite sur le net

C’est mal ! Comment font les musiciens pour vivre ? Les gens se disent : pourquoi acheter un CD, quand je peux avoir la musique gratuite sur le net ? Mais si je pouvais rentrer dans un magasin et avoir la nourriture gratuitement, bien sûr que mes CD seraient gratuits ! Que je sache, ce n’est pas le cas !

Photo de Une: Branco Stoysin joue de la guitare Takamine(Mary Ryan/ www.brancostoysin.co.uk)Couverture de l'album(Branco Stoysin)