Style de vie

Awa Ly : Modulations pop’n folk d’ici et d’ailleurs

Article publié le 2 juillet 2010
Article publié le 2 juillet 2010
Elle vient de Paris mais aussi un peu de Dakar, mais c’est à Rome qu’Awa Ly s’est découvert deux talents : une voix et une plume pleines d’énergie. Rencontre avec la plus italienne des chanteuses françaises d’origine sénégalaise.

Rendez vous à Ombre Rosse, café niché sous des arbres verdoyants, en plein cœur de Trastevere, centre ville de Rome. C’est un des bars préférés d’Awa Ly, c’est elle qui l’a choisi. Elle arrive un peu en retard, à l’italienne, salue un à un ses amis avec des éclats de rire spontanés et mélodieux. On s’installe à l’intérieur, parce qu’il fait plus frais en cet après midi de juin. Elle commande un thé glacé. Dans ce bar où elle vient régulièrement chanter, résonnent aujourd’hui les vuvuzelas d’un stade de foot sud africain où s’opposent une équipe européenne et une équipe africaine. « J’aimerais bien que la coupe du monde reste en Afrique » me glisse-t-elle.

« J’étais venue à Rome pour un stage… il y a dix ans »

Awa Ly est née en France, de parents sénégalais. Une grande partie de sa famille vit encore à Dakar. Elle, a choisi de vivre en Italie. « J’étais venue pour un stage, il y a presque onze ans maintenant ». Elle étudiait les langues, le commerce et le droit communautaire, à Rome elle s’est découverte chanteuse. « J’ai rencontré beaucoup d’amis musiciens ici, surtout dans le milieu du jazz. Ils m’ont emmené dans des clubs, voir des concerts. L’un d’eux,Emiliano Pari, m’a poussée à participer à des jam sessions. Et "piano piano", petit à petit, on a commencé à me demander pourquoi je ne faisais pas mes propres concerts, pourquoi je n’avais pas mon propre groupe. Je n’y avais jamais vraiment pensé avant ».

Elle commence à écrire ses propre textes, à se produire dans des bars, enthousiasmée au point qu’elle en oublie parfois de prendre son cachet à la fin de la soirée. « Je trouvais ça tellement improbable de vivre de ma musique ! » lance-t-elle dans un éclat de rire. Suit la rencontre avec Massimiliano Giangrande, son indéfectible compagnon de scène et l’enregistrement d’un premier album Modulated. En fonction de son public, Awa Ly parle en français, ponctué d’italien, ou l’inverse mais elle écrit et chante en anglais. « C’est peut-être parce que depuis toute petite j’écoute beaucoup de musique anglo-saxonne, de la pop, de la folk, du jazz. Je trouve l’anglais plus musical, plus adapté pour exprimer certains concepts. J’ai aussi écrit quelques textes en français, mais je ne suis pas encore assez satisfaite. Peut être que je ferai un jour un texte en wolof, pourquoi pas ? Mais pour l’instant c’est en anglais, parce que ça me vient comme ça…».

Une pop très folk avec des contaminations blues et jazz

Elle puise son inspiration en réécoutant à l’infini les grandes stars du jazz - Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Nina Simone - et en se laissant bercer par les voix et rythmes de la vague « world » actuelle : Susheela Raman, Rokia Traoré, Asa, Hindi Zahra… Le style musical d’Awa Ly ? « Un Pop très folk, avec des contaminations de blues et de jazz en même temps… en fait, c’est un mix de ce que je suis aussi dans la vie ». Awa Ly, c’est une sorte d’extraterrestre en Italie, pays où tous ceux qui ont la peau un peu plus colorée que les autres sont plus souvent étiquetés « extracommunautaires ». Mais en dix ans, elle confie n’avoir jamais souffert de la différence : « Le racisme vient de l’ignorance, mais personnellement j’ai toujours trouvé les Italiens très curieux de savoir comment j’étais arrivée là. Et surtout étonnés de savoir que j’étais née à Paris et que je vienne vivre à Rome !».

« La différence passe par l’underground »

"Il faut aller faire des "live" dans tous les petits bars pour te faire connaître"C’est pourtant en Italie qu’elle est « née artistiquement » et c’est presque un exploit. « Ici la musique est très commerciale, si tu ne passes pas sur les grandes radios, c’est vraiment difficile de se faire une place. La différence passe par l’underground. Il faut aller faire des "live" dans tous les petits bars, les clubs réservés pour te faire connaître ». A vrai dire, cela ne semble pas la déranger beaucoup. Awa Ly multiplie les concerts sur toutes les scènes romaines, mais aussi à Paris, à Berlin, à Munich… et vu qu’aucune frontière ne l’arrête, elle est même allée chanter au Japon. Depuis, sur scène, elle fait parfois le décompte en japonais mais c'est sur ses éclats de rire que ses musiciens finissent par s'accorder ! 

« On ne s’invente pas un métier »

De fil en aiguille, elle se retrouve sur des sets de cinéma à jouer dans des films. Son dernier rôle c’était dans La Nostra Vita de Daniele Luchetti, seul film italien de la sélection de Cannes 2010. Elle juge l’expérience intéressante, mais garde la tête froide : « On ne s’invente un métier, surtout pas celui d’acteur ». Au fil des anecdotes, l’heure a tourné, les glaçons ont fondu dans nos verres et le match de foot est terminé depuis longtemps. « Même si je rêve de plein de choses », confie enfin Awa Ly, « ma priorité, c’est la musique. Je veux continuer à faire mon métier en toute simplicité et surtout à le faire partager, et vivre, simplement ».

Prochains concerts : le 18 juillet à Fregene (Rome), le 23 juillet à Munich (Allemagne), 31 juillet à Maratea au Festival Incontro fra le arti… Le premier album d’Awa Ly, Modulated (Roadhouse), est sorti en 2010.

Photos : Une ©Fabiola Torres; Awa Ly face aux verres flottants : ©Shirin Amini; en live : ©Luca Innocenzi