Style de vie

Alfredo Meschi: 40 000 tatouages pour la cause animale

Article publié le 19 janvier 2017
Article publié le 19 janvier 2017

Alfredo Meschi a décidé de mettre l’intégralité de son corps au service de la libération animale. En se tatouant 40 000 croix sur le corps, l’activiste italien a développé un langage non verbal destiné à montrer que toutes les espèces se valent. Portrait à fleur de peau.

« Pourquoi j'ai quarante-milles tatouages végans ? Parce qu'il s'agit du nombre d'animaux massacrés dans le monde chaque seconde,  juste pour satisfaire notre palais. »Des mots simples, une prise de position forte : c’est ce qui semble être devenu le slogan d’Alfredo Meschi. Né à Livourne, cet Italien de 49 ans a d’abord travaillé dans le secteur des technologies de l'information puis celui des imprimantes laser, en collaboration avec de grandes marques telles qu’IBM et Siemens. Puis un beau jour, Alfredo décide de ne pas rempiler. Désormais, tous ses autres emplois auront une vocation sociale. Aujourd'hui, il est professeur de théâtre et écrivain de livres spécialisés sur la question de l’antispécisme, ce mouvement qui considère que toutes les espèces se valent. Alfredo est un artiste. Mais son engagement consiste avant tout à être un activiste végan en soutenant la lutte pour la libération animale. Et en marquant le coup : l’ancien employé s’est tatoué 40 000 croix noires sur le corps. Au début des années 2010, Alfredo se rapproche du végétarisme, puis tend naturellement vers sa version deluxe en 2014 : le véganisme. C’est ainsi que sa passion pour les animaux et la nature évolue vers un univers pourtant complètement opposé à son éducation. Son père, un chasseur, l'amenait souvent avec lui lors de ses voyages et battues en Afrique.

« Nous vivons dans une société où nous avons incessamment des moments d'amnésie. C'est comme si le courant qui alimente notre conscience de l'injustice, de la compassion et de l'empathie était un courant alternatif. Au début de mon engagement, j'ai donc cherché un moyen de résister à ces amnésies socialement induites, un moyen qui m'évoquait l'urgence de la lutte à chaque seconde de la journée. Et chaque seconde, près de 40000  personnes non humaines sont tuées uniquement pour satisfaire notre palais. J'ai voulu garder cela sur ma peau : cette seconde, ce nombre, cette conscience. J'ai choisi la X parce que c'est un signe neutre et anonyme, un symbole qu'on utilise lorsqu'on a fini de faire une chose, de compter une chose, de tuer une chose... »

S’investir corps et âme

Son choix est devenu un projet et un engagement quotidien. Un certain temps s'est déjà écoulé depuis qu'Alfredo a décidé de consacrer une grande partie de sa vie à développer et faire connaître son Progetto X. Une partie de son temps est destiné à sensibiliser les autres. Mais attention: sensibiliser ne veut pas dire convaincre quelqu'un de suivre son geste, souligne-t-il. Le projet en question se fonde sur une exposition intitulée Misoteria, qui le montre nu ou à moitié nu dans des milieux toujours différents. Ses tatouages - les 40 000 X - ont été réalisés à l’encre vegan afin de ne pas avoir recours à des substances testées sur les animaux. Le développement du Projet X repose exclusivement sur l’« économie de dons ».

« Chaque personne humaine que je rencontre et qui regarde ma larme faite de X tatouées, mon cou ou mes mains en hiver, ou bien la totalité de mon corps en été, devient commune une opportunité. C’est l’opportunité d’instaurer un contact, de débuter une conversation, de transmettre l’urgence de cette cause. Certains vont parfois en rire ou faire de mauvaises blagues mais c’est vraiment dérisoire face à l’intérêt et à la véritable attention que suscitent mes 40 000 tatouages », explique Alfredo.

​« Depuis plusieurs années, j’explore le potentiel des langages non verbaux, principalement par le biais du Théâtre Image. Concernant la question animale j’ai ressenti le besoin d’utiliser la première forme de communication non verbale et d’échange avec l’autre que nous avons : la peau. Le tatouage m’a semblé être le moyen idéal pour faire passer mon message, d’un point de vue artistique et communicationnel. » Remplir complètement son corps de traits d’encre vegan est bien évidemment un choix qui peut sembler étrange aux yeux de beaucoup, mais d’un autre côté l’engagement qu’implique ce choix est indéniable. Il suscite aussi le respect de la part de ceux qui en en connaissent l’histoire. 

La banalisation de la signification

« Sur le web on trouve de plus en plus d’articles de tatoueurs et tatoueuses désespérés par la banalisation de leur art, précise Alfredo. C’est un ‘inconvénient’ lié à la croissance exponentielle du nombre de personnes tatouées ces dernières années. Mais toujours plus de personnes, de galeries, de musées, de critiques d’art considèrent le tatouage comme étant un des principaux mouvements artistiques contemporains. Personnellement, je crois qu’au-delà de l’aspect artistique on doit aussi avoir la possibilité de véhiculer des messages sociaux et politiques importants. Je suis sûr que cet aspect émergera puissamment dans les prochaines années », poursuit-il. Son choix artistique concorde parfaitement avec sa prise de position intérieure. Un motif moral, un acte de conscience désormais associé à une sensibilisation de masse peu comprise, sauf pour la mode. Cela confirme que le végétarisme et le véganisme ne sont pas que de simples régimes alimentaires et que combattre pour une cause globale aussi importante se révèle être un choix très raisonné.

« Au-delà de la banalisation du message du véganisme, nous assistons à l’émergence de la dimension politique de la libération animale. Lorsqu’ils me voient ou voient mes photographies, les gens réagissent avec beaucoup d’enthousiasme ou par des critiques acerbes. Mais la réaction la plus intéressante est tout simplement l’attention. Le rapprochement pour s’informer, demander un contact sur les réseaux sociaux, pour moi il s’agit de précieuses opportunités pour débuter un parcours de prise de conscience. Je suis un activiste anti-espèce et je m’engage 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour que cet aspect devienne toujours plus fort », conclut-il. Ce qui ne signifie pas nécessairement partager une idée, mais savoir qu’elle existe et qu’elle est forte, intense, importante. Il faut le voir pour le croire. 

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Voglio Vivere Così est une collection de 8 histoires qui racontent des modes de vie différents, alternatifs et uniques. 8 articles sur 8 semaines, choisis par nos soins. La vie des autres n'aura jamais été si familière.