Style de vie

A Athènes, la crise noyée dans un café frappé

Article publié le 9 juillet 2010
Article publié le 9 juillet 2010
Mêler crise économique, manifestations anarchistes, corruption à tous les étages avec le farniente le plus sage et le plus sain, seuls les Grecs, peuple ô combien condamné à travers l'Europe, pouvaient obtenir un tel mélange de saveur. Tous ces ingrédients sont dans le café frappé, boisson officielle de la crise.

« Un café s’il vous plaît »… « Bah, un café quoi ! »… « Mais oui, un expresso, bien sûr ! ». Le serveur du café athénien me toise d’un air dépité. Tous autour de moi dégustent une boisson couleur marron dans un verre long et fin, aidés d’une paille qu’ils trempent environ chaque demi-heure. Je sirote le mien en une gorgée, et j’attends. J’ai soif. J’en reprendrais bien un autre. Nous sommes dans le quartier Exarchia, le coin des « anarchistes », des « communistes », des « drogués » ais-je entendu. Ce ne sont pourtant que joueurs de backgammon, liseurs et autres beaux parleurs qui peuplent la terrasse ensoleillée de la place. Le temps semble arrêté autour de cet étrange breuvage, comme s’ils n’auraient rien d’autre à boire de la journée. Je dois aller rencontrer Sudha Nair Iliades, la directrice de la publication du magazineAthensInsiders . C’est loin.

Accoudé à sa moto, un vendeur ambulant sirote le même liquide marron dans un gobelet en plastique. Etrange. Plus loin, vers la place Monastiraki, les vendeurs de cerises et autres fruits frais font une pause… Autour du même breuvage. C’est une invasion. Une drogue. Ça doit être une drogue. Un pays si durement frappé par la crise. Les pauvres. Ils ont succombé au désespoir et n’ont trouvé leur salut que dans cette étrange boisson qui doit faire l’effet de l’opium, faute d’avenir économique en vue. Rue Rizari, quartier chic autour de l’hôtel Hilton. Dans la rédaction d’Athens Insiders, je demande à Sudha si la crise se ressent au quotidien dans le mode de vie des Athéniens, une drôle de vision marron dans la tête. « Les Grecs ne sont pas du genre à s’enfermer chez eux et à déprimer quand l’économie dérive, me dit-elle. Au contraire, vous avez du voir que les terrasses sont pleines. Mais c'est que lesgens peuvent passer la journée assis autour du même café frappé. Cette boisson vous savez, c’est le meilleur moyen de continuer à vivre malgré la crise ». Café frappé. Une dose de café plongée dans de la glace, un nuage de lait par-dessus, dégusté avec une paille. Simple comme bonjour. Pas de drogue derrière tout ça. Juste une détente. Un symbole de vie. Presqu'un hymne à la bonne humeur. Sans conteste, la meilleure boisson européenne en cas de coup dur. Parole de Grec.

Recette :

Plongez un expresso avec du sucre et de l'eau dans un grand verre où vous avez jeté quelques glaçons. Faites-mousser du lait froid et ajoutez-y une paille, pour plus de délectation et de philosophie anti-crise... C'est prêt !

Photo : ©lapaola/Flickr; vidéo : BazarTV/YouTube