Strasbourg

Stammtisch avec Alexander Milinkevitch

Article publié le 26 septembre 2007
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Article publié le 26 septembre 2007
Strasbourg, Conseil de l'Europe, 4 juillet 2007 Par Yulia Kochneva
37749_31Pour la deuxième année consécutive le Conseil de l’Europe a organisé l’Université d’Eté de la démocratie qui s’est tenue à Strasbourg du 2 au 6 juillet 2007. Réunis à cette occasion, les représentants des quinze Ecoles d’Etudes Politiques* ont pu débattre de l’Avenir du Projet européen. Dans ce cadre, le Conseil de l'Europe a accueilli et laissé la parole à des personnalités politiques européennes et internationales.

Parmi elles, Alexander Milinkevitch, leader du mouvement démocratique biélorusse Za svabodu ! (Pour la liberté). Bien que controversé au sein même de l’opposition nationale depuis les élections présidentielles, A. Milinkevitch demeure l’interlocuteur privilégié des « forces démocratiques » biélorusses auprès des institutions européennes. Il a d’ailleurs reçu en 2006 le Prix Sakharov ''pour la liberté de l’esprit''.

Cette année l’Université d’Eté de la démocratie du Conseil de l’Europe a été marquée par la création de l’Ecole d’Etudes Politiques biélorusse. Qu’est-ce que cela peut apporter à la Biélorussie ?

Les pays post-soviétiques souffrent d’un réel manque de culture politique ainsi que d’expérience en matière de culture démocratique. Par ailleurs, cela fait plus de douze ans que l’opposition biélorusse n’était plus au pouvoir. C’est donc toute une génération qui change : les gens n’ont ni l’expérience, ni les connaissances. Alors que l’expérience pourra s’acquérir quand nos députés seront réellement présents au Parlement et aux Conseils locaux, les connaissances, quant à elles, sont nécessaires dès aujourd’hui. C’est pourquoi la priorité réside dans la création et la formation d’une élite, en particulier chez les jeunes. Je suis très reconnaissant envers le Conseil de l’Europe pour sa décision de créer une Ecole d’études politiques en Biélorussie.

Ce genre d’école est une nouveauté pour votre pays. Pensez-vous qu’elle puisse avoir un impact important sur la société biélorusse ?

Il y aura certes des difficultés de travail parce que l’Ecole va s’installer dans les pays voisins : probablement en Lituanie, en Pologne et en Ukraine. Néanmoins, des experts, y compris biélorusses, seront d’une aide précieuse. Mais nous avons aussi besoin de l’expérience des pays voisins. Pour moi cette école est un grand pas en avant. Nous voudrions que sa création soit suivie plus tard par sa diffusion dans les régions. Les personnes qui auront acquis les connaissances ici pourront ensuite aller dans les régions et travailler avec les leaders régionaux. Ainsi, on se trouve dans une perspective de développement.

Quel est, selon vous, le rôle joué par le Conseil de l'Europe dans la démocratisation de la Biélorussie ?

L’idée même de création du Conseil de l'Europe était la mise en place de standards démocratiques dans les pays, en particulier dans les pays post-soviétiques et post- communistes. Il est bien sûr très important d’avoir un organe reconnu par la majorité des pays qui contrôlerait le respect des droits de l’Homme. C’est le rôle le plus important du Conseil de l’Europe. C’est un peu comme un conseil d’observation de la démocratie en Europe, et je parle de l’Europe géographique et pas uniquement de l’Union Européenne.

Que répondriez-vous à quelqu’un qui prétend que l’Europe s’arrête aux frontières de la Biélorussie ?

Je pense que nous trouverons toujours des arguments démontrant qu’historiquement la Biélorussie, aujourd’hui et demain, est un pays européen avec une culture et une histoire européennes. Bien qu’au cours de ces deux cents dernières années, notre pays n’ait pas pu se développer dans un contexte européen, la mentalité et la pensée biélorusses sont européennes. Nous ne pensons pas pour autant que l’entrée de la Biélorussie au sein de l’Union européenne soit une perspective proche.

Quel est votre sentiment sur l’avenir des relations entre l’Union Européenne et la Biélorussie ?

Quand nous parlons de l’intégration européenne, notre tâche prioritaire est avant tout de se rapprocher des standards européens, des valeurs sur lesquelles l’Europe s’est réunie. Pour cette raison, je ne pense pas que l’Europe doive se faire des cheveux blancs pour savoir si elle doit ou non accepter la Biélorussie dans l’Union européenne. Nous sommes des gens modestes mais persévérants. Notre modestie réside dans le fait que bien que nous n’exprimions pas la volonté d’intégrer l’Union européenne, nous sommes sur la bonne voie malgré le contexte dictatorial. Cette université est la preuve même que nous sommes sur le chemin de dé-soviétisation et de dé-communisation de la Biélorussie. Une fois au pouvoir, nous irons plus rapidement vers l’Union européenne. Les Biélorusses savent travailler, écouter et apprendre, ils veulent vivre dignement et peuvent y parvenir.

(Crédit photo : Conseil de l'Europe)

* Ecole d’Etudes Politiques La première Ecole d’Etudes Politiques du Conseil de l'Europe a été créée à Moscou en 1992 afin de former la nouvelle génération de responsables politiques, économiques, sociaux et culturels. Il ne s’agit pas d’un programme académique mais d’une série de séminaires et de conférences annuelles sur des thèmes tels que l’intégration européenne, la démocratie, les droits de l’homme, l’Etat de droit et la mondialisation. A ce jour, 15 écoles fonctionnent en Russie, Géorgie, Bulgarie, Moldova, Kosovo/UNMIK, « l’ex-République yougoslave de Macédoine », Serbie, Croatie, Roumanie, Arménie, Ukraine, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Albanie et Monténégro. L’école d’Etudes politiques biélorusse a été officiellement créée en juillet 2007, lors de la deuxième Université d’été.

* Voir aussi :

- Alexander Milinkevitch : « Je crois en une Biélorussie européenne »

- Alexander Milinkievitch : « L’adhésion de la Biélorussie à l’UE pourrait profiter à la Russie »

- Loukachenko prend les dirigeants européens pour des mollusques

- Biélorussie : l'opposition en difficulté

- La Biélorussie et son fantasme électoral