Strasbourg

Sea Shepherd, les pirates « qui agissent »

Article publié le 23 mars 2015
Article publié le 23 mars 2015

Paul Watson, le fondateur de l’association de lutte contre la chasse à la baleine, a été l’invité de la 27e fête européenne de l’image sous-marine et de l’environnement de Strasbourg. Il y a donné dimanche 22 mars une conférence sur le bilan des actions de Sea Shepherd, presque 40 ans après sa création.

« On nous qualifie de pirates, mais ce sont les pirates qui agissent et qui obtiennent des résultats », a déclaré Paul Watson à la Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg. Le fondateur de l’association Sea Shepherd a dressé dimanche 22 mars, un bilan de son action, traduit par Lamya Essemlali, la présidente de l’association en France.

Son pavillon est connu en mer : un drapeau pirate noir, une baleine et un dauphin sous la forme du yin et du yang incrustés dans une tête de mort, un bâton de berger croisant le sceptre de Poséidon. Les marins savent que ses membres veillent au respect des lois. Le fondateur s’est félicité d’avoir sauvé près de 6 000 baleines en Antarctique.

Ses méthodes sont cependant controversées. Paul Watson est accusé d’actes de violences, notamment lorsqu’il sabote les filets de pêcheurs. Il a été inscrit sur la liste rouge d’Interpol, à la demande des autorités japonaises, pour conspiration d’abordage. Sa présence n’est pas la bienvenue dans toute l’Europe. « Si je vais en Allemagne, je serai arrêté pour être extradé au Japon, explique-t-il. Il s’est ainsi réfugié en France en juillet 2014. Le pays, qui a « reconnu que les charges étaient absurdes », lui permet d’expliquer librement les combats qu’il mène contre les bateaux qui pratiquent la pêche illégalement. Le Canadien se défend de toute accusation en affirmant qu’« on ne peut pas commettre de violences envers un objet inanimé ». « Nous n’avons jamais eu ou fait de blessés graves en près de quarante ans », tient-il à rappeler.

Une vérité qui dérange

Les qualificatifs d’éco-terroriste ou de pirate, qui lui sont attribués, ne le dérangent pas du moment que « cela fait connaître la cause » et « réfléchir les gens » sur leur mode de vie. « On n’a peut-être pas beaucoup de scientifiques ou d’avocats pour nous défendre mais on a Batman et deux James Bond », plaisante l’écologiste en référence aux nombreux acteurs qui le soutiennent.

Sea Shepherd a prévenu que son prochain objectif serait de faire proscrire en Europe les delphinariums. « Il y a déjà douze pays européens qui les interdisent, il faudrait généraliser cette décision, réclame Lamya Essemlali. Ce n’est pas naturel pour un animal habitué à parcourir des centaines de kilomètres par jour de rester dans un bassin de quelques mètres. Les delphinariums ne sont rien d’autre que des centres d’esclavage. »

Paul Watson milite pour que les Européens pensent à leur mode de consommation. Il affirme que 40% des poissons présents sur les marchés européens sont capturés illégalement. « Le Thunder, un navire pratiquant la pêche illégale, a retiré pour 60 millions de dollars de poissons de l’océan sur dix ans au profit d’une entreprise basée en Galice, en Espagne. Et cette entreprise reçoit des subventions de l’Union européenne », critique-t-il. Sea Shepherd dénonce aussi le fait que près de la moitié des produits de la pêche est utilisée non pas à la consommation mais à la fabrication de farines animales. « Les cochons mangent plus de poissons que les requins », fait-il remarquer.

Lors de son intervention, Paul Watson s’est justement attardé sur le sort des requins, le thème de la 27e édition de la Fête Européenne de l’Image Sous-Marine et de l’Environnement : « On les qualifie de monstres quand ils causent la mort de cinq surfeurs alors que nous, on en tue 75 millions par an. Les autruches tuent une centaine de personnes par an, il n’y a pas de plan d’éradication à leur égard pour autant. »

L’économie de l’extinction

Selon lui, les requins sont visés car ils gênent. « Nous sommes dans un monde où le profit a plus de valeur que la vie. » Paul Watson explique que les industriels n’ont aucune raison de protéger les océans : « Quand une espèce est en voie d’extinction, son prix augmente – ce qui exacerbe la demande et accroît leurs profits. Au Japon par exemple, un seul thon rouge peut valoir jusqu’à 50 000 euros. D’importants stocks sont constitués mais si la population de thon rouge se rétablissait, les prix chuteraient. »

Végétalien, l’activiste rappelle aussi que l’industrie de la viande est ce qui émet le plus de gaz à effet de serre. « Les écologistes disent ce que personne ne veut entendre, c’est pour cela qu’on a beaucoup d’ennemis. » Paul Watson voit pourtant le nombre de ses sympathisants augmenter. Une antenne s’est créée à Strasbourg, devenant le 13e groupe de Sea Shepherd en France.