Strasbourg

Pierre Lellouche se trompe de tribune…

Article publié le 17 avril 2010
Article publié le 17 avril 2010
Par Marie Neihouser Comment se représenter l’intervention du secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes aux Etats généraux de l’Europe ? On aurait naïvement pu imaginer un discours convenu et formaté, un hommage à la langue de bois en quelque sorte. Les premiers mots de Pierre Lellouche n’ont fait que nous renforcer dans cette idée.
Et pourtant…

Après plusieurs longues minutes de considérations édulcorées sur notre continent, le secrétaire d’Etat français s’est soudain fait plus critique à propos de la situation de l’Union. Inespéré ! Une critique étonnamment constructive d’ailleurs !

Il a ainsi mis en évidence la lenteur de nos institutions et ses conséquences : « La vitesse de changement du monde n’a rien à voir avec le « temps européen ». Le monde bouge, l’Europe discute », s’est-il emporté, chiffres à l’appui. Plus de quinze ans de préparation pour aboutir au Traité de Lisbonne, quasiment neuf mois écoulés entre les élections européennes de 2009 et l’entrée en fonction de la nouvelle commission Barroso II… et pendant ce temps, le monde avance, et n’attend pas l’Europe.

Il a continué en développant les trois problèmes majeurs de l’Europe aujourd’hui selon lui : l’indifférence citoyenne, la montée de la xénophobie et enfin la tendance au « chacun pour soi ». Rien de nouveau, direz-vous, mais soulignons son courage de l’affirmer et de remettre l’UE en question. Evoquer les problèmes pour trouver une position européenne unique vis-à-vis de la Russie, rappeler le refus d’Obama d’assister au Sommet UE/Etats-Unis et mettre en évidence les interrogations que cela soulève quant au fonctionnement des institutions européennes ne lui a pas fait peur.

Et puis, insidieusement, le poison a été distillé, d’abord de façon insensible : « L’idée européenne est réversible, mortelle. Il faut aujourd’hui avoir le courage de la défendre », a-t-il commencé. Puis, les mots sont devenus plus appuyés : « Le volontarisme politique n’est pas un vain mot ».

C’est M. Sarkozy qui devait être content, et la suite n’a pas du le décevoir… En ces temps difficiles pour le chef d’Etat français, Pierre Lellouche s’est fait son héraut. Il a rendu hommage à son –trop plein ?- d’activisme en faveur de la ratification du Traité simplifié devenu Traité de Lisbonne, avant de sanctifier-le mot n’est pas trop fort-, son intervention dans la crise géorgienne lors de la présidence française de l’Union à l’été 2008. Le président « a su arrêter la guerre en Géorgie » a affirmé Pierre Lellouche. Il s’est alors souvenu de l’initiative du président pour impulser la réponse de la zone Euro à la crise financière grâce à laquelle l’Europe est aujourd’hui en mesure d’envisager « la relance ». Rien que ça…

Une sanctification du président Sarkozy qui n’a manifestement pas convaincu la salle : les huées se sont élevées dans l’auditorium A. Schweitzer du Palais de la musique et des congrès de Strasbourg. Ce qui n’a pas empêché Pierre Lellouche de poursuivre et d’évoquer la nécessité de tolérance dans la construction européenne… Un dernier pied-de-nez à son assistance lors d’un discours tristement à côté du sujet des Etats généraux de l’Europe…

Au moins, dans l’intervention qu’on imaginait, il se limitait à la langue de bois diplomatique, ce qui aurait été un moindre mal en l’occurrence…