Strasbourg

Les états généraux de l’Europe font l’état des lieux des relations euro-maghrébines

Article publié le 1 mai 2010
Article publié le 1 mai 2010
Par Hamid Derrouich Etats Généraux de l'Europe, 17 avril 2010 « Après l’est vient le sud » annonce avec un ton grave Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l’Institut Thomas More et animateur de l’atelier Europe Maghreb Afrique aux états généraux de l’Europe.
Pourtant, l’idée que l’Europe doit prêter une attention réelle aux aspirations et aux propositions des ses partenaires du sud de la Méditerranée, du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne plus particulièrement, n’est pas nouvelle.

Au lendemain même de la tenue de la conférence de Barcelone en décembre 1995 sous l’égide de l’Union européenne, nombreuses étaient déjà les études qui avaient douté de la valeur ajoutée du processus dit de Barcelone. Elles y voyaient une énième démarche enracinée dans la logique d’un Nord porteur de projets, et d’un Sud simple récipient desdits projets. Cette démarche est loin d’être partenariale. Elle relève plutôt d’un eurocentrisme en décalage avec les enjeux de l’aire post bipolaire.

Bien que consciente alors des lacunes de la nouvelle offre de Barcelone, l’UE décide de la maintenir et lui apporter des ajustements. Présentée au départ comme une offre globale de par son contenu et de sa destination, elle s’est rétrécie avec le temps. Ainsi, depuis l’entrée en vigueur des premiers accords d’association (Tunisie en janvier 1996, le Maroc en mars 2000), le processus de Barcelone s’est transformé en instrument de coopération bilatérale axée, qui plus est, sur des secteurs bien définis (l’agriculture ou la gestion des flux migratoire en sont exclues).

Or avec l’accélération du processus de la mondialisation et les enjeux qui en découlent (flux migratoires, terrorisme, raréfaction des ressources…), les agendas politiques au nord comme au sud se sont complètement métamorphosés. Jean-Thomas Lesueur insiste à juste titre sur la notion de « la responsabilité commune » qui, selon lui, suppose la prise en charge collective des enjeux économiques, sociaux et politiques dans les deux rives. Jean-Thomas Lesueur plaide ainsi pour un pragmatisme relationnel, car « la stabilité du sud, c’est aussi la stabilité du nord », estime-t-il.

Sur les traces de Robert Schuman

Dans le sillage de ce pragmatisme relationnel, Denis Badré, sénateur et vice-président de la commission des Affaires européennes, évoque l’esprit de travail de Robert Schuman pour qui une paix durable implique inéluctablement une action collective. Il rappelle que les grandes civilisations grecque et romaine qui constituent, avec les Lumières, l’essentiel de l’héritage européen se sont bâties en appréhendant intelligemment la Méditerranée. Aujourd’hui, et plus que jamais, l’UE qui continue son aventure de construction se doit de penser cet espace comme « continent liquide », affirme le sénateur en citant Fernand Braudel. La Méditerranée « doit être un lieu de rencontre ». L’UE doit y occuper une place prépondérante, sans être conquérante, force de proposition, mais aussi lieu d’écoute. Pour le sénateur, l’enjeu pour l’UE est de réussir l’instauration d’un climat de confiance avec ses riverains du sud de la Mare Nostrum. Pour cela, il appelle à une action commune entre le Conseil de l’Europe et l’UE en faveur des valeurs de paix, de démocratie et des droits de l’Homme, afin, dit-il, de « vivre ensemble le cheminement démocratique ».

Atelier_Maghreb_EGE_reduit.JPGVers une nouvelle approche de la sécurité

L’effacement davantage accru des frontières à l’aire de la mondialisation génère de nouveaux risques et menaces. « Aux défis classiques, affirme Mme Assia Bensaleh Alaoui, ambassadeur itinérant du Maroc, s’ajoute une série de nouveau défis qui appellent à une gestion commune ». Pour Mme l’ambassadeur, cette gestion commune suppose la refondation de la notion de la sécurité. Elle appelle à ce qu’elle a qualifié de « sécurité humaine ». Celle-ci ne signifie pas l’abandon des registres classiques de la Hard Security. Elle implique au contraire une « approche globale de la sécurité fondée sur le principe de la National Security Community ». Pour Mme Bensaleh Alaoui, ce principe repose sur triangle fondateur qu’il a appelé le triangle des trois C : Cohérence, Coopération et Communication. Tout discours sur la sécurité qui ne prend pas en compte ces trois éléments restera inaudible et inefficace.

L’Union pour la Méditerranée : la politique des petits pas

« L’Union pour la Méditerranée est née de l’échec du processus de Barcelone » déclare Bernard Ribiollet, de la mission Union pour la Méditerranée de la Présidence de la République. Le constat est peut-être vrai, car le mérite de l’UPM est qu’elle est une grosse pierre dans la mare. Elle bouscule bien des comportements et questionne les politiques et les institutions européennes sur la centralité de la Méditerranée dans la géopolitique de l’Union en général et de ses pays membres méditerranéens. Cela dit, attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La logique de l’UPM suit malheureusement celle des mécanismes qui sont succédés depuis les années 1960. Nous sommes pratiquement dans la troisième génération d’accords, et ce, bien qu’il s’agisse d’un cadre de travail dit « concert » plus que d’accords proprement dit. Par ailleurs, l’idée même de l’UPM doit faire ses preuves. Elle demeure à ce stade imprécise quant à son contenu. Ses objectifs restent à clarifier. Idem pour ses liens avec les politiques européennes déjà en place, à son financement, à sa valeur ajoutée, à sa mise en œuvre et la délimitation de l’espace qu’elle est censée couvrir.

Pour le moment, l’UPM a réussi à établir son secrétariat général à Barcelone…et la route est longue.