Société

Zita Gurmai : « En Europe, les femmes travaillent 54 jours de plus que les hommes »

Article publié le 26 février 2009
Article publié le 26 février 2009
La socialiste Zita Gurmai rêve de dirigeants européens féministes. Alors qu’elle renouvelle sa candidature au Parlement européen, elle voit bien le chef des socialistes, Poul Nyrup Rasmussen, devenir président de la Commission.

« En tant que femme d’action, je crois que pendant ce mandat, on aurait pu faire plus »

Pour Zita Gurmai, suite aux référendums contestataires en France, aux Pays-Bas et en Irlande, les eurodéputés doivent mieux communiquer avec les citoyens. Son visage est véhément, tandis qu’un torrent d’idées s’échappe de ses lèvres à la vitesse d’une mitrailleuse comme si elle se tenait à une tribune. Elle n’a pas l’intention de laisser échapper le moindre électeur qu’elle croise. « En tant que femme d’action, je crois que pendant ce mandat, on aurait pu faire plus », annonce cette irréductible Hongroise qui lutte pour les droits de la femme et l’égalité des sexes. Elle pense cependant que le mandat qui s’achève maintenant en Europe a été satisfaisant du point de vue politique. Elle cite la directive Reach, pour protéger les citoyens des produits chimiques nocifs, et la directive de Roaming, pour baisser le prix des appels à l’étranger depuis les téléphones mobiles, comme les succès de ces cinq années. Elle affirme sans complexe qu’elle se sent « fière du travail réalisé par la commissaire libérale Viviane Reding ».

Comment le groupe des Socialistes européens a-t-il défendu les droits et les attentes des citoyens ?

Comme vous le savez, je suis présidente des femmes socialistes au Parlement européen, c’est pourquoi je vous donne l’exemple suivant : pendant la Coupe du monde de football en 2006 en Allemagne, nous, les femmes socialistes, avons fait pression pour que l’UE prenne position contre la prostitution, complètement banalisée durant le championnat. Nous sommes parvenus à ce que le commissaire conservateur Franco Frattini nous réponde et augmente le budget à cette fin, dans le programme européen Daphné d’aide aux femmes.

Quelle norme européenne déplorez-vous le plus ?

Celle que l’on n’ait pas parvenu à adopter. La commissaire Jo Leinen a voulu assurer la parité entre hommes et femmes au Parlement européen, mais tout le Parti populaire européen (PPE), hommes et femmes, a voté contre et on n’a pas pu voter cette norme. Le fait que le PPE ne s’engage pas pour qu’il y ait plus de femmes au Parlement me choque. J’ai toujours cru à une Europe « 50-50 » entre hommes et femmes.

Et la norme dont vous vous sentez la plus fière ?

Celle qui s’en prend à la différence de salaires entre hommes et femmes. À travail égal, les femmes gagnent 15 % de moins que les hommes. C’est comme si nous travaillions 54 jours de plus par an.

Vous définissez-vous comme une féministe ?

Oui, même si je sais que cela a des connotations négatives. Je veux faire un bon travail pour les femmes, les faibles, les handicapés ou les gitans. Le féminisme mérite un regard plus positif et il devrait y avoir plus d’hommes féministes. Regardez la société norvégienne : la loi oblige les conseils d’administration de ses entreprises à être occupés par 40 % de femmes…

Y a-t-il un autre leader européen non norvégien qui se rapproche de votre idéal de féminisme ?

Bien sûr, Zapatero ! Mais nous n’en avons pas seulement besoin à gauche, mais à droite aussi. Le commissaire hongrois, Vladimir Spidla, fait également beaucoup dans ce domaine. Tout comme le président Durão Barroso qui a remplacé par une femme chaque commissaire homme qui laissait son poste.

La situation des femmes dans les pays de l’Est est-elle meilleure que dans le reste de l’Europe ?

Durant le régime communiste, il y avait des quotas pour les femmes en politique. Il n’y en a plus maintenant et seulement 10 % des députés nationaux sont des femmes. Quant à l’aspect social, il y avait sous le régime communiste un système social stable, d’excellentes crèches…

Quelle doit donc être la priorité pour atteindre l’égalité des sexes en Europe ?

Premièrement, obtenir l’indépendance économique. Ensuite, comprendre qu’il n’y pas seulement un modèle de famille, celui traditionnel que l’on connait. Enfin, nous avons besoin que les hommes s’engagent plus dans la vie familiale. Je vous raconte ma propre expérience : mon fils aîné a 20 ans et n’a passé que ses trois premiers mois avec son père. Il ne s’est pas passé la même chose avec le second, et sa relation avec son père est totalement différente. Et une dernière chose, les hommes ont besoin de plus d’amour, parce que si tu as plus d’amour, tu vis plus longtemps, et si tu concilies travail et famille tu reçois plus d’amour.

L’Europe a-t-elle agi correctement dans la crise du gaz entre l’Ukraine et la Russie ?

Les énergies sont un ressort national. Dans le cas de la Hongrie, qui dépend à 90 % du gaz russe, cela nous permis de prouver notre solidarité avec la Slovaquie à qui nous avons fourni du gaz au moment le plus critique.

Qui voyez-vous comme prochain président de la Commission européenne ?

Si nous parlons de mon rêve européen, je dirais un socialiste. Mais je suis réaliste et je sais que tant qu’il y aura une majorité de gouvernements nationaux de droite ce sera un des leurs. Je verrais bien Angela Merkel : elle a fait un excellent travail durant la présidence allemande de l’UE. Je crois cependant que l’on va réélire Durão Barroso. Du point de vue de l’égalité des sexes, il a fait un bon travail.

Même si le parti qui recueille le plus de voix est le Parti socialiste ?

Alors je dirais Poul Nyrup Rasmussen. Il pourrait nous diriger vers une nouvelle Europe sociale.