Société

Y caille grave !

Article publié le 10 décembre 2008
Article publié le 10 décembre 2008
Alors qu'on enfile les manteaux d'hiver, tour d'Europe des jurons pour dire que mince alors, il fait drôlement froid.

En ces premiers mois de l'année, sur notre continent, la fée des neiges tarde à desserrer son étreinte de givre, les petites fleurs sous terre attendent rêveusement le retour d'un printemps lent à éclore. En février, sous sa couronne de frimas, l'hiver règne toujours en monarque absolu. Quand au petit matin, devant la porte bloquée par les congères, l'Allemand aux prises avec les cruelles intempéries, peut bien jurer contre un froid de cochon ( « Schweinekälte ! »©Ole) puisque ce dernier, à la couenne si convoitée, une fois débité en lard, jambons et saucisses, en sera pour ses...frais. Besoin de calories oblige !

Les Espagnols et bien d'autres peuples, face aux caresses sibériennes du climat ne voient qu'un temps de chien (« frio de perros »®Pedro), comme les Russes qui s'exclament « sa'batschij'holad » ou les Bulgares avec leur « Kutscheschkistud ». Non sans arrière-pensées gastronomiques, les Français, en grands gourmets friands de foie gras et autres succulents confits, se plaisent à qualifier ce refroidissement saisonnier de « froid de canard »©Jane. Pourtant, lorsque le chasseur gaulois, posté aux aguets sous un ciel glacial pointe son fusil en s'écriant « Ca caille ! »©Jane, ce n'est pas l'oiseau migrateur cousin de la perdrix qu'il désigne ainsi ! En bon latiniste, il suggère seulement qu'au-dessous de zéro, son sang risque de se figer (« Coagulare » ©Francesca étant devenu par déformations successives « cailler » ©Jane )

Face à ces excès d'hypothermie, l'Anglais, la goutte au nez se solidifiant peu à peu en stalactite, ne peut que constater, pragmatique... que ça gèle : « It's freezing ». Dans un registre plus étrange, une expression allemande dit : « Frieren wie ein Schneider »©Oleavoir froid comme un tailleur. Doit-on en conclure qu'autrefois, contrairement à leurs confrères européens, il ne vint jamais à l'esprit des tailleurs d'Outre-Rhin d'enfiler le premier chandail venu pour se réchauffer en hiver, alors qu'ils auraient pu aisément en extraire un de la montagne de fringues sur laquelle ils étaient assis ? Peut-être avaient-ils peur de de passer, aux yeux de leurs contemporains, pour une bande de poules mouillées peu aguerries aux rigueurs de l'hiver.