Société

WikiLeaks : l'UNESCO « poke » mais ne « like » pas

Article publié le 14 décembre 2010
Article publié le 14 décembre 2010
Dans sa constitution, l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) affirme qu’elle se doit de promouvoir la libre circulation des idées au moyen des mots et de l’image. Faut-il s’étonner que l’UNESCO ne se soit pas prononcée dans l’affaire WikiLeaks ? Un expert des médias et employé de l’organisation a accepté d’expliquer à cafebabel.
com, sous condition d’anonymat, les raisons de ce silence.

cafebabel.com : Pourquoi votre organisation ne s’est pas exprimée sur le phénomène WikiLeaks ?

L’UNESCO est une organisation intergouvernementale, un secrétariat qui doit servir les Etats membres et essayer de suivre leur position politique. Evidement, les grands pays, les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, ont une force de parole plus forte que les pays moins avancés. Pendant que les Etats les plus puissants condamnent et accusent WikiLeaks, l’UNESCO se retient de tout commentaire pour des raisons diplomatiques. Mais la Fédération internationale des journalistes partenaire de l’UNESCO qui travaille sur des questions de liberté d’expression s’est fendu d’une déclaration sur cette affaire.

cafebabel.com : Pourquoi l’UNESCO n’aurait pas pu publier cette déclaration ?

Une telle déclaration est une question diplomatiquement très délicate et c’est extrêmement difficile de prendre partie pour la cause de la liberté de l’expression contre l’opinion des Etats membres les plus puissants. L’UNESCO a connu une période très négative et pénible quand les Etats-Unis et le Royaume Unise sont retirés de l’organisation. Elle a perdu une énorme partie de son budget mais aussi de ses ressources intellectuelles, scientifiques et culturelles… Ces entraves ont non seulement endommagé l’organisation mais surtout les Etats qui auraient pu bénéficier de son expertise dans le cadre de l’aide au développement. Il faut choisir.

cafebabel.com : Avec ce silence, on accorde beaucoup d’importance à Wikileaks. Pourquoi cette affaire est si perturbante ?

Ce scandale marque une étape extrêmement important dans l’histoire du monde. Il n’y a plus de secret. Pour la première fois, des secrets cachés, que le gouvernement a essayé de protéger, sont devenus connus de cette manière. De quoi prouver qu’il y a toujours des gens qui cherchent une justice sociale et morale et qui remettent en question les actions des gouvernements.

cafebabel.com : Et votre opinion personnelle sur l’affaire WikiLeaks ?

C’est une affaire complexe. On ne connaît pas exactement la motivation derrière la publication de ces informations. Plusieurs scénarios sont possibles : est-ce que WikiLeaks et Assange ont été manipulés ? On peut s’imaginer que les services secrets d’un Etat ou d’un puissant lobby aient voulu tester une nouvelle technologie de manipulation de l’opinion publique, ou désorienter des terroristes potentiels. Personnellement, je ne le pense pas, mais on ne peut pas exclure cette possibilité. Indépendamment des motivations de la publication des câbles diplomatiques, le public a appris quelque chose. C’est ce que j’apprécie dans cette histoire et je crois que ceux qui essayent de protéger Assange et ne participent pas à la « chasse » le font pour cette même raison.

cafebabel.com : Cette « chasse » comme vous dites, c’est de la censure pour vous ?

Oui. Pour la distribution de ces informations on ne peut pas le poursuivre, donc on a trouvé une autre raison. Je ne sais pas, mais à mon avis, ce viol - en réalité même pas un viol – n’est qu’un prétexte. L’UNESCO vise à « autonomiser les populations par la libre circulation des idées et par l'accès à l'information et au savoir. » A votre avis, la transparence créée par WikiLeaks, contribue-t-elle à atteindre cet objectif ?WikiLeaks contribue à une transparence tout a fait positive. C’est aussi une contribution à ce qui est inscrit dans la constitution de l’UNESCO, la circulation libre de l’information. Les citoyens, les contribuables, les consommateurs ont le droit de savoir ce qui se passe au sein de leur gouvernement.

cafebabel.com : Ne risque-t-on pas de voir la responsabilité jusqu’à présent détenue par les journalistes disparaître avec le web et les nouveaux médias ?

J’espère que non. Dans chaque métier on trouve des gens qui travaillent bien et d’autres qui travaillent mal, des gens compétents et d’autres moins, des ignorants qui sont dangereux et menacent la sécurité des autres, qui ne respectent pas le code éthique. C’est pour cette raison que le pluralisme des médias est si important, et les nouveaux médias sur Internet contribuent à ce pluralisme.

Photos : Une : (cc)Carolina Georgatou/flickr : Autruche : (cc)gerriet/flickr