Société

Web 2.0 : bienvenue dans le village planétaire

Article publié le 5 décembre 2007
Article publié le 5 décembre 2007
Avec les weblogs, podcasts, wikis et autres réseaux prétendument sociaux : la version 2.0 du web a propulsé le surfeur en haut de la vague. Une version virtuelle et vertueuse ['virtueuse'] de la mondialisation ?

Aujourd'hui, être ‘in’, c’est avoir son 'space'. Etaler à l’envie sa vie privée et ses hobbys dans le fameux « village planétaire ». Un village sans clôture où le voisinage compte 1,1 milliard de connectés autour du monde. Une perméabilité virtuelle qui fait l’aubaine des annonceurs publicitaires et nourrit un fantasme vieux comme le Big Brother de '1984', chef d'oeuvre écrit par le visionnaire George Orwell.

Outre la création simplifiée des pages perso et autres espaces intimes, la multiplication des relations humaines ou autres opérations du quotidien, via le net cristallise les angoisses : on craint que toutes les informations laissées comme des empreintes digitales sur des sites puissent être instrumentalisées par les pouvoirs publics afin de contrôler les populations. Le web ou une sorte de mémoire universelle indélébile ? Ainsi, les intellectuels comme le journaliste français Yves Mamou commencent à se demander si « Internet [ne] réussira [pas] là où tous les grands totalitarismes du XX siècle ont échoué ». A savoir contrôler la vie privée des citoyens.

Il faut bien admettre que cette crainte relève plutôt du fantasme, servi par une utilisation croissante du web, et quelques affaires de ‘Big brotherisme’, rares mais médiatisées. Dernier exemple en 2006, lors du scandale de la CIA, accusée d'avoir espionné les transactions financières réalisées par 'Swift', une société d’échange d’informations bancaires, basée à Bruxelles.

Le hic, c’est que l’on refuse aux administrations publiques ce que l’on tolère pour des entreprises privées : ainsi le ‘marketing viral’ et autres reventes des données personnelles des utilisateurs de sites communautaires connaissent un développement exponentiel.

Le 6 novembre dernier, Facebook proposait notamment aux annonceurs publicitaires d’avoir accès aux profils de ses 50 millions de membres, (sexe, âge préférences sexuelles, religieuses, politiques). L’espionnage informatique ne nécessite pas un grand renfort d’équipement technologique : Gmail (la messagerie de Google) utilise déjà l’envoi de publicités ciblées et Microsoft, autant que Google, développent des portails santé [‘Health portal’] destinés à stocker les informations médicales des 300 millions d’Américains pour mieux pointer leurs attentes.

La publicité, d’autant plus efficace qu’elle est ultra-ciblée, fait l’aubaine des annonceurs : et ce sont ces mêmes profits qui servent à assurer la gratuité des sites « mouchards », donc à garantir leur succès.

Législation online

De l'autre côté de l'Atlantique, les Français se gargarisent d’êtres protégés par la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés de 1978, qui a donné naissance à la Commission nationale du même nom, la CNIL. Sauvés par le droit ? Pas certain. Car cette Commission est impuissante pour intenter des actions lorsque les réseaux sociaux ne sont pas français, comme c’est le cas à l’heure actuelle pour les géants américains ‘Facebook’ et ‘MySpace’.

Des garde-fous existent cependant : le ‘Safe Harbour’ est un accord signé en 2000 entre les autorités américaines et la Commission européenne pour le respect de la directive européenne du 24 octobre 1995, relative à 'la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données'.

Ce texte a été transposé dans les nombreuses législations nationales de l’Union européenne mais la coexistence de différentes lois nationales pour régir une géographie virtuelle qui ne connaît pas de frontières pose des problèmes de cohésion importants.

Le forum des droits sur Internet dont Thibaud Grouas est chargé de mission a mené une grande consultation autour de l’idée de ‘«i»labellisation«/i»’ pour enrayer les risques et permettre d’évaluer si le site est de confiance ou non, une consultation qui a suscité de vifs débats relatifs à la liberté de la presse et au choix des 'responsables' de cette labellisation.

Réseaute ou crève !

Entre le déballage volontaire de son intimité -sa 'e-privacy'- et l’exigence de protection contre les intrusions extérieures, le paradoxe est évident. Chacun veut porter sa vie privée à la bourse du web 2.0 dans l'espoir d'en faire un capital qui va fructifier, un espace virtuel dont chacun voudrait tirer des bénéfices bien réels.

Plus que des lois, le net doit produire en même temps qu’il s’universalise des principes qui règissent la question des droits individuels. «L’avènement de nouvelles relations issues de l’Internet nécessite une nouvelle éthique [qui] devra protéger l’internaute comme individu», affirme à cet égard Limore Tagil, spécialiste des nouvelles technologies de communication.

Quoiqu’on vienne y chercher, entre liberté d’expression et reconnaissance virtuelle, le partage d’informations privées reste le prix à payer. Encore faut-il que le système d’éducation enseigne, du moins auprès des jeunes générations la vraie valeur de la vie privée - avant d’en permettre le troc.